Juv., Sal., ni
LES JARDINS DANS L'ANTIQUITÉ
pelouses, des lacs, des forêts solitaires et des espaces ouverts à la vue, victoire obtenue par l'art et le génie sur une nature ingrate '. » C'est donc en grande partie chez les Romains qu'il faut chercher les origines de ces jardins de la nature, sur l'histoire desquels on est si peu d'accord.
Pour revenir au style architectural et se faire une idée approximative de ce qu'était un jardin urbain au temps d'Auguste, il suffit de se reporter aux emplacements que l'on peut encore étudier aujourd'lmi sur les ruines de Pompéi. J'en ai vu plusieurs en 1873, en visitant ce lieu célèbre. La maison de Pansa est de ce nombre. Dans celle de Marcus Lucretius on voit encore les tuyaux de plomb qui servaient à arroser les fleurs, dans des jardinières en terrasse. Après Yalrium, salle carrée, ouverte au sommet, souvent entourée d'arcades et au centre de laquelle se trouvait V iinplnriwn, bassin qui recevait les eaux pluviales, on voyait un petit jardin, plante d'arbustes et de fleurs, avec des fontaines en rocailles et coquillages. Souvent, <à l'intérieur des habitations, des niches étaient garnies de plantes. La salle à manger (iricliniwn) de la maison d'Auguste, à Rome, possédait une immense jardinière ovale, à étages, dont les fleurs se reflétaient dans des glaces autour de l'appartement.
Les villas de Pline au Laurentin et en Toscane paraissent ce que l'Italie ancienne a laissé de plus complet en matière de jardins. Les descriptions transmises par cet auteur sont assez fidèles pour que Félibien, en 1699, et Castell, en 1728, aient reconstitué idéalement et publié les plans de ces résidences. Pour ne prendre que sa grande villa de Toscane, on en trouvera la disposition résumée dans les détails suivants. Elle était distribuée en trois parties distinctes :
1° Les alentours immédiats de l'habitation, où se trouvait Vliippodrome, entouré de grandes avenues doubles de beaux arbres , et destiné aux exercices équestres. On y voyait la gestatio, Heu de repos où des esclaves transportaient leurs maîtres amollis par lo luxe, et le xysfus, parterre avec allées couvertes, situé près de la maison ;
2" Le labyrinthe, entrelacis d'allées droites et courbes, taillées dans un bois épais et embrouiUées à dessein. Ces modèles ont servi plus lai-d à l'établissement des premiers labyrinthes français ;
3° Le bois sacre, correspondant au hu as des premiers temps de Rome, sorte de vallon-prairie, entouré de bois, arrosé par une dérivation du Tibre et peuplé de temples dédiés à toutes les divinités du paganisme, de bains d'eau froide et d'eau chaude, de statues, de inniuli, etc.
Une profusion de sculptures, des arbres taillés de toutes manières, dos dessins en buis représentant des animaux ou des inscriptions, des eaux jaillissantes, des colonnades, de petits arcs de triomphe, tout cela conçu suivant les règles géométriques, formaient la décoration des jardins romains.