JARDINS ESPAGNOLS
Les Mores avaient envahi l'Espagne au viii* siècle et y avaient établ un puissant empire où les sciences, les arts et les lettres de l'Orient prirent rapidement faveur et profitèrent à toutes les nations occidentales. Jusqu'au XV' siècle leur puissance ne réussit à se soutenir que par des luttes continuelles ; mais, pendant cette longue période, les cités arabes de l'Espagne, Séville, Ségovie, Cordoue, Grenade, Tolède, furent ornées de toutes les richesses architecturales que les conquérants avaient introduites de leur pays natal.
Les jardins de la Ziza, à Palerme, avaient reçu d'eux des embellissements, sous forme de pavillons à coupoles dorées et à riches mosaïques, de portiques, de vastes pièces d'eau, dont les traces subsistaient encore au xvf siècle.
Au X' siècle, furent créées les célèbres Jmertas ou jardins potagers de Valence, si fertiles encore de nos jours.
Vers 1270, Mohammed-Abn-el-Hamer commença l'Alhambra (ou plus
correctement l'Alliànira) de Grenade, et il en enrichit le palais et les jardms avec une somptuosité inconnue jusque-là. L'achèvement de cette résidence royale n'eut lieu qu'en 13Zi8. C'est de toutes les créations de ce genre la seule qui ait conservé jusqu'à nos jours son aspect d'autrefois, ainsi qu'en font foi les descriptions des voyageurs. Les jardins suspendus, les oasis charmantes dans un paysage desséché, les eaux abondantes provenant d'un bras du Darro détourné, faisaient de ce heu un séjour enchanteur. On admirait surtout le Gcneralife, dont Théophile Gautier nous a laissé une si charmante description, avec ses avenues de cèdres, de lauriers roses (iScrhim oleaiiderj, de myrtes, de chênes verts, de pistachiers, de cistes énormes et d'orangers embaumés. La casa de annpo, ou pavillon champêtre, y était entourée de magnifiques eaux courantes. Le patio de los arrayanes, ainsi nommé à cause des myrtes taillés qui l'entouraient, et le patio de la Albcrca en sont encore deux vestiges curieux.
D'autres palais en Espagne, comme l'Alcazar de Séville et celui de la Galiana, près de Tolède, avaient aussi de superbes jardins, sur lesquels nous avons des notions moins précises.
On sait seulement que l'Alcazar, dont les jardins avaient été tracés par les Mores , était coupé d'allées pavées de marbre , orné de parterres, d'arbustes toujours verts et ombragé par des orangers, et que des bassins avec des eaux jaillissantes y rappelaient le goût arabe.
Pendant le xvn' siècle, les jardins de l'Escurial, à Madrid, créés par Philippe IV, ceux de Ildefonso ou de La Granja, près de cette capitale, ceux d'Aranjuez, dans les environs de Tolède, dont Lagasca nous a donné les descriptions, el Retira, près de Malaga, dessiné dans le style moresque, les jardins de Tarragone, enfin les jardins pui)lics ou Alamédas de Madrid (el Prado), de Ronda, de Grenade, de Séville, furent, en Espagne, les théâtres de splendeurs dont on chercherait vainement les traces de nos jours.
En Portugal, on cite principalement les anciens jardins de Bélem, conçus dans le style géométrique et sans caractère particulier.
Tous les dessins de ces jardins étaient symétriques et tracés à la manière orientale, suivant les traditions asiatiques qui n'avaient point passé par Rome et s'étaient conservées à Byzance. Il ne paraît pas que des formes nouvelles, à l'exception des détails, fouillés et variés à l'infini, s'y soient manifestées, et surtout que la culture des arbres et des plantes d'ornement ait été enrichie par des introductions d'espèces exotiques nouvelles. Cette pauvreté relative dans les ornements végétaux des jardins subsista encore pendant plusieurs siècles après les Mores d'Espagne.