JARDINS ITALIENS
Ce n'est qu'au xiv* siècle que nous trouvons le premier livre traitant avec quelque détail des jardins et de leur composition. Il était dû à la
LES JARDINS CL/VSSIQUES
plume d'un sénateur de Bologne, nommé Pietro de Crescenzi (Pclms de Crcsrciitiis). Cet ouvrage, composé vers 1305, imprimé pour la première fois en là7l, est intitulé Opus mralmm commodorum, libri XII; il avait été traduit en français en 1373, d'après les ordres du roi de France Charles V. Dans la huitième partie de son traité, l'auteur divise les jardins de plaisir en trois classes, suivant la fortune des propriétaires, et indique le mode d'ornementation de chaque partie. Tous doivent être ornés de gazons, arbustes, fleurs aromatiques, et les jardins royaux comprennent une ménagerie et une volière. On voit que l'idée du premier jardin d'agrément au moyen âge était une sorte de parc zoologique.
Les bons conseils de Crescenzi n'eurent guère d'effet. En Italie, les Goths et leurs successeurs immédiats s'enfermèrent dans des forteresses, et les couvents étaient eux-mêmes autant de citadelles où le jardinage orné ne pouvait guère s'établir. On pourrait peut-être, au moyen de quelques descriptions de ces temps demi-barbares, reconstituer par la pensée le dessin de ces jardins de prison. Un grand seigneur fantaisiste a même cherché h les imiter à Wilhelmshœhe, près Cassel, dans la partie du parc qu'il a nommée Lœweiiburg, et que je décrirai plus loin de vLsu. M. Meyer a voulu à son tour reconstituer un jardin gothi([ue d'autrefois*, mais son idée est conjecturale et n'offre d'ailleurs qu'un intérêt archéologique fort restreint, les matériaux puisés à des sources authentiques manquant presque complètement.
C'est à Florence qu'il faut chercher la renaissance de l'art des jardins, vers la fin du xv^ et au commencement du xvi* siècle. Laurent de Médicis, surnommé le Magnifique, le protecteur de Michel-Ange, le rénovateur des arts, voulut avoir de superbes jardins. Ses créations ont aujourd'hui dispai-u en partie sous les transformations dont la n'ftù dei fiori a été l'objet, mais on en retrouve assez de traces pour démontrer qu'elles avaient été inspirées par les souvenirs des villas de la Rome antique. Le genre symétrique et architectural fut donc mis en honneur. On dit même que le goût d'orner les jardins de statues vint par hasard du cardinal d'Esté, qui ayant à former des jardins sur le site de l'ancienne villa Adriana, voulut utiliser les nombreuses statues et les ruines qu'il y rencontra. Quant au rôle des plantes dans les jardins de cette époque, il était encore très-effacé. On en pourra juger par l'estampe suivante, pubhée en 1617 par G.-B. Andréini, de Florence, dans un poëme intitulé VAdamo-. On y voit l'image du paradis, où croissent des arbres à fruits, des bois remplis de fleurs, de petits parterres et des arbres taillés en colonnes, avec un portique fleuri, un jet d'eau, et des animaux vivant dans la plus touchante intimité (fig. 5).
Dès le xv'' siècle, les jardins d'Italie avaient fait de grands progrès