LES JARDINS FRANÇAIS
La France n'attendit pas la renaissance italienne pour se livrer à la culture et au dessin des jardins. Dans la période qui s'étend entre la mort de Charlemagne (814) et le commencement du xvi" siècle, on trouve la trace d'un jardinage peu développé sans doute, mais dénotant une certaine recherche. Déjà il existait des curieux, — c'était le nom des amateurs de jardins d'agrément ou de propreté. Le soin des jardins potagers, la connaissance et la culture des simples, — comme on appelait alors les plantes médicinales, — tenaient une place importante dans les travaux des résidences rurales.
Ce ne fut pas, — comme on l'a. dit, — de l'Orient, de l'empire byzantin que nous vint cette préface de la Benaissance, mais simplement du réveil naturel qui se faisait de toutes parts dans l'esprit humain et auquel les jardins ne pouvaient rester étrangers. Vers le xni^ siècle les ruines faites par l'écroulement de l'empire romain commencèrent à se relever, et en moins de deux cents ans on passa des ténèbres de la barbarie à une civilisation qui marchait à pas de géant. Colomb découvrait l'Amérique et Vasco de Gama la route des Indes; Gutenberg inventait l'imprimerie; le premier
L'ART DES JABDINS.
livre sur l'histoire naturelle paraissait * ; l'astrolabe était appliquée à la navigation, de même que la boussole, et la conquête du monde était désormais assurée. C'est encore vers le xv" siècle que la canne à sucre commença à se répandre, que la houille fut plus généralement employée, et que l'industrie prit son premier essor. La médecine et la science étaient encore entre les mains des alchimistes, mais déjà l'anatomie, fondée par Mondini et Guy de Chauliac, avait fait de rapides progrès. Dans les arts du moyen âge, après les admirables cathédrales gothiques, de nouveaux monuments, la statuaire, les fresques et les miniatures attestaient le génie des architectes, des sculpteurs et des peintres religieux de ce temps. Dante et Pétrarque avaient déjà laissé dans les lettres leur trace lumineuse, Giotto et le Ghirlandajo annonçaient au monde Michel-Ange et Raphaël.
Pour rester dans l'art plus modeste des jardins, on peut dire que si c'est au xv^ siècle que remonte en Italie sa véritable restauration, le même mouvement se produisit également en France, quoique sur une moins grande échelle. Tout d'abord ce fut par les jardins médicinaux et par quelques publications sur le jaixlinage d'utilité que le goût se répandit. On a vu plus haut que les premiers jardins botaniques avaient été créés à Pise et à Padoue, vers la moitié du xvi® siècle.
Ch. Estiennc avait publié en 155/i son Prœdimn mstiami, traduit dix ans plus tard par son gendre Liébault sous le titre de Maison rustique; Merlet donnait V Abrégé des bons fruits en 1575, et Bernard de Palissy, en 1580, mettait au jour sa longue description du jardin délectuble, comme il l'avait imaginé dans sa naïveté ingénieuse.
Mais déjà le règne de François I" avait jeté sur la France un grand renom artistique. C'est de ce temps que commence véritablement chez nous l'art des jardins.
La sécurité croissante avait fait jeter bas nombre de murailles et de forteresses; on se prenait à aimer l'air libre, la campagne; on respirait enfin, après avoir étouffé dans des donjons pendant de longs siècles. Le roi donnait l'exemple : il réparait Fontainebleau et construisait Chambord. Pour cela, il avait appelé à sa cour, à grands frais, les premiers artistes de l'Italie : Benvenuto Cellini, Andréa del Sarto, Rosso, le Primatice, Léonard de Vinci, Vignole, pendant que les Pierre Lescot, Philibert Delorme, Jean Goujon et autres architectes, peintres et sculpteurs français marchaient sur les traces de ces génies venus de l'autre côté des Alpes.
Les historiens ne parlent des jardins de Chambord que pour citer la belle ordonnance de la forêt (jui entourait le château et où avaient lieu de magnifiques chasses.
Fontainebleau, au contraire, subit évidemment, dans les embellisse-