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La toise est égale à 1 mètre 91904 (presque 2 mètres

3. On voit que les éléments de l'ornementation o.ientale avaient déjà pénétré en France.

spéciale est consacrée aux eaux plates et jaillissantes. Une autre s'applique aux volières et surtout aux grottes qui doivent être « faites de pierres spongieuses et concaves, de rochers, de cailloux bizarres, de congélations et pétrifications étranges, et de diverses sortes de coquillages qui, parleurs formes et leurs couleurs bien ordonnées, font de beaux enrichissements ».

D'autres jardins, au dire de Ducerceau et divers auteurs, étaient célèbres en France vers cette époque : Blois, avec ses vignes et ses avenues d'ormes; Chenonceaux, avec son beau parterre de Diane, dont on a retrouvé le dessin; Vallery, près de Fontainebleau, entouré de vignes, de vergers, orné d'une « héronnerie » et d'une longue galerie; Beauregard et Bury, avec leurs carrés subdivisés et leurs beaux pavillons; Montargis, avec ses lierres; Verneuil et Gaillon, dans la vallée de la Seine.

Presque à la même époque, en 1580, Bernard Palissy avait mis au jour son traité De la nature des eaux et fontaines, des niétuu.r, des terres, des (•maux, dans lequel il jetait les bases de la géologie moderne. Un long chapitre était consacré, dans sa forme habituelle de dialogue, à son projet d'un « autant beau iardin qu'il en fut iamais sous le ciel, hormis le iardin du paradis terrestre » . Il plaçait ce lieu idéal au pied d'une montagne où se trouverait une source, pour la « faire dilater à ses plaisirs par toutes les parties du iardin ». Il le divisait en quatre parties égales et apportait surtout une grande attention aux huit cabinets de dessins divers et à l'amphithéâtre qu'il proposait pour ces carrés.

Les quatre premiers cabinets de Palissy, situés aux quatre angles du jardin, étaient des grottes dont la première comportait des colonnes architecturales, émaillées et colorées de diverses manières, avec un grand luxe ; la seconde était ornée de statues, de dieux termes à la place des colonnes; la troisième présentait un rocher artificiel, avec des ornements d'émail blanc et moucheté de diverses couleurs à l'intérieur ; la quatrième était une véritable grotte de rocailles naturelles. Des eaux s'échappaient des fissures de ces grottes et allaient aussi rafraîchir les quatre autres cabinets, faits de verdure, entourés d'ormeaux taillés, pourvus en dedans de sièges et tables à manger et ornés de ces « rustiques figulines » qui ont rendu le nom de l'artiste si célèbre. Au centre du jardin était un neuvième cabinet, entouré d'eau, formé par des peupliers plantés en rond et dont les pointes étaient rassemblées au sommet de manière à simuler un toit conique, au-dessus duquel l'artiste j)laçait une sorte de musique composée de « flaiols » que le vent devait faire « sonner ».

Cette conception étrange , et qui heureusement ne semble pas avoir reçu d'autre application qu'une certaine fontaine exécutée par Palissy à Chenonceaux, avec l'aide de Philibert Delormc et par ordre de Catherine de Médicis, n'a pas laissé de traces ni fait naître d'imitateurs.

Quelques années après, en l(30Zi, paraissait le Théâtre de l'agricidture et mesitagc des elian/ps du « père de l'agriculture française », Olivier de Serres.

LES JARDINS CLASSIQUES

Cet ouvrage, remarquable à tous égards, fruit de quarante années d'ol)servation, écrit dans un style naïf et noble à la fois et résumant de main de maître l'état de l'horticulture à cette époque, ne nous a rien apporté de vraiment neuf sur l'art des jardins proprement dit. Mais on y trouve une liste détaillée des arbres et arbustes employés à cette date à la plantation des jardins, et ces documents sont précieux pour marquer l'une des étapes de l'horticulture française. Il faut lire ces expressions admiratives sur les orangers, les plantes pour bordures, surtout le bonis, ressource suprême pour faire des « dessins, devises, chitlres, armoiries, cadrans, édifices, navires, bateaux, gestes des hommes et bestes, etc. ».

Le jardin du Luxembourg, à Paris, avait été « dessigné », en 1612, par de Camp, maître jardinier, qui y traça des parterres, boulingrins, etc., ainsi qu'il appert d'un manuscrit de Marie de Médicis contenant ses comptes de dépenses et conservé à la Bibliothèque nationale. Ce jardin, après les embellissements qu'y apporta Jacques Desbrosses, était bordé de deux murs en terrasse, de hauteurs inégales, avec des plates-bandes de fleurs; des jets d'eau, bassins et rigoles, des ifs et des buis. Une partie de ce parterre subsiste encore près du palais.

Parmi les arbres et arbustes le plus fréquemment employés à l'époque des Mollet et jusqu'à la fin du xvi° siècle, on compte les ormes, chênes, charmes, hêtres, pour les avenues et les berceaux; les tamarix, romarins, lilas, seringats, boules de neige, chèvrefeuilles, gatiliers (Vitcx Agiius cas/iisj, cyprès, ifs, buis, rhododendrons, sureaux, arbres de Judée, daphnés mézéréons, genêts d'Espagne, cytises faux-ébéniers, rosiers de provins, centfeuilles, musqués, jaunes, etc. Dans les arbustes d'orangerie on notait les nérions (lauriers-roses), les myrtes et les jasmins. On faisait aussi grande consommation d'herbes aromatiques : thym, hyssope, marjolaine, fenouil, sarriette, lavande, sauge, rue, absinthe.

Parmi les fleurs, on cultivait surtout les roses trémicres (passe-roses), belles de nuit, muguet, soucis, amarantes, soleils, œillets d'Inde, œillets ordinaires à fleurs doubles, pensées, violettes, pâquerettes, armérias, giroflées, auricules, primevères, camomille, pieds d'alouette, ancohes, pavots, pivoines, iris, et un grand nombre de plantes bulbeuses, jacinthes, tulipes, narcisses, anémones, renoncules, couronne impériale, etc.

Mais le style français proprement dit n'était pas encore créé.

Il allait paraître et se développer, sous le règne de Louis XIV, par la main d'André le Nôtre, une de nos gloires artisti([ues, que Loudon lui-même appelle « le plus grand jardinier français qui ait jamais existé ». Le Nôtre était né à Paris en 1613. Son père, surintendant des jardins du roi, le voyant passionné pour les arts, l'envoya étudier dans l'atelier du peintre Simon Vouet. On rapporte que l'élève a laissé quelques beaux paysages, mais on ne sait ce qu'ils sont devenus. Toujours est-il qu'André le Nôtre abandonna bientôt la peinture pour s'occuper d'horticulture, jusqu'à ce

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qu'il obtînt la survivance de l'emploi de son père et pût donner libre carrière à son génie créateur, dans les nouveaux jardins du roi et des grands seigneurs de France.

On dit que c'est à Gaillon, et dans les jardins que Richelieu avait plantés à Rueii et qui surpassaient tous ceux d'alors, que ce grand artiste puisa ses premières idées sur les jardins.

Le caractère distinctif des ouvrages de Le Nôtre, bien qu'il rapportât tout à la ligne droite, au dessin régulier, à la symétrie, était la grandeur, la majesté. Il lui fallait de grands espaces où il pût se développer en toute liberté. Sous son inspiration les résidences royales furent entourées par des cadres somptueux, ornées de vastes terrasses connue à Saint-Germain, d'escaliers monumentaux comme à Versailles, et d'une profusion de statues, de fontaines, de bassins, de jets d'eau, d'arcs de triomphe, de cascades, de charmilles, d'avenues en arcades, tic parterres de broderie, qui dans leur proportion calculée et leur tenue irréprochable faisaient sentir l'influence du grand roi jusque sur les objets naturels qui l'entouraient.

De tous les jardins de Le Nôtre : Vaux, Trianon, Clagny, Marly, Meudon, Saint-Cloud, Sceaux, Chantilly, Fontainebleau, Versailles, ce dernier est un chef-d'œuvre qui commande l'attention même de ses détracteurs. On peut, en effet, ne pas en aimer le style et le trouver monotone, même ennuyeux, mais qui oserait refuser au parc de Versailles une largeur de conception en rapport avec les lignes monumentales des bâtiments qu'il accompagne et avec l'éclat des costumes et l'élégance de la cour contemporaine?

Le Nôtre avait commencé à être connu après le coup d'éclat qui suivit l'inauguration du château de Vaux, dont il avait tracé les jardins ])our le surintendant Fouquet. Après la disgrâce de celui-ci, le roi fit demander au grand artiste des plans pour Versailles et il en commença sans retard l'exécution, qu'il poursuivit sans regarder à la dépense. Ce parc immense est tellement connu qu'il serait superflu d'en donner ici une description qui reste })résente à toutes les mémoires.

Cet éminent artiste fut comblé d'honneurs et de dignités. Il eut la gloire de voir adopter partout, de son vivant, le genre ([u'il avait créé. L'Angleterre, à Greenvich et à Saint-James, la Suède, l'Allemagne, l'Espagne voulurent avoir des jardins dessinés par lui. Il fit même en 1078 un voyage dans cette Italie qu'il avait entendu vanter connue le berceau de son art et oii le pape. Innocent XI, l'appelait pour lui demander des conseils. Il n'y trouva, — dit-on, — (jue peu de choses dignes de son attention, et revint après avoir tracé les plans de deux l)elles résidences de ce tempslà, les villas Pamphili et Ludovisi.

Le Nôtre sut faire adopter ses théories par ses contemporains et releva le jardinage par le charme et la distinction de sa personne. Les grands seigneurs de son temps, dont il était devenu l'égal depuis que le

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roi l'avait anobli, en l(î65 ', avaient accueilli avec empressement ses nouvelles créations. Il avait répandu partout l'amour des jardins. Saint-Simon raconte sur lui de nombreuses et spirituelles anecdotes. Boileau lui demanda plus d'une fois des conseils pour son jardin d'Auteuil ; Lamoignon l'emmenait à Baville; Bossuet lui-même causait volontiers avec lui et se mettait pour un moment à aimer les plantes. On peut s'en étonner si l'on songe que le jardinier du grand évêque de Meaux disait un jour à son maître : « Si je plantais des saint Augustin et des saint Clirysostome, vous les viendriez voir, mais pour vos arbres, vous ne vous en souciez guère. »

On a beaucoup parlé de la magnificence des compositions de Le Nôtre. Elles ont été louées et critiquées outre mesure, pendant sa vie et après sa mort, arrivée en 1700. Ce genre tout artificiel, mais qui se rapportait si bien au faste qu'aimait Louis XIV, à cette cour brillante et passionnée pour les grandes fêtes auxquelles les jardins faisaient le plus somptueux des cadres, fut l'objet d'un engouement excessif, parce que les imitations qui en furent faites copiaient les procédés seulement, sans avoir pour excuse le génie du grand homme. Le dénigrement le plus injuste les attaqua aussi. Au. siècle suivant, on déclara ces jardins mortellement ennuyeux parce qu'ils étaient en opposition avec ce naturalisme de convention que J.-J. Rousseau devait mettre si fort à la mode. L'Allemand Hirschfeld, dans la première section de sa Théorie de l'art des Jardins, ramassis de descriptions indigestes en cinq gros volumes qu'il mit cinq années à laborieusement compiler, s'élève contre ces jardins d'un « raffinement outré et déplacé où il régnait quelque goût, mais du mauvais ». Le marquis de Girardin, le créateur d'Ermenonville, déclare^ tout net que Le Nôtre acheva de massacrer la nature en assujettissant tout au compas de l'architecte.

Ces tristes attaques n'ont point touché à la gloire de Le Nôtre, qui restera comme la personnification la plus éclatante de l'art des jardins du grand siècle; elles n'ont amoindri que leurs auteurs.

En quoi consistaient les dispositions principales des jardins sous Louis XIV? On les a trop souvent discutées vaguement, à grand renfort de littérature et de poésie déclamatoire; examinons avec Le Blond, au point de vue technique et pratique, d'après quelles lois ils étaient établis.

Après avoir choisi l'emplacement, qui devait être dans une plaine, ou mieux à mi-côte, afin de placer l'habitation au dessus, et à l'exposition du midi ou du levant, on avait à considérer quatre points fondamentaux :

1° Ne pas trop faire céder l'art à la nature ^ c'est-à-dire ne pas enclore le jardin de hautes murailles, ne pas l'encombrer de fontaines trop déco-

4. Louis XIV lui avait accordé en mc^me temps la croix de Saint-Michel. Le Nôtre disait en riant que ses armes étaient « trois limaçons couronnés d'une pounne de chou ».

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