LES JARDINS TURCS
Nous avons dit, au commencement de ce chapitre, que l'art des jardins avait passé de Rome à Byzance à la création de l'empire grec, mais qu'il avait procédé plutôt de la civilisation orientale que de la Grèce ou de la ville des Césars. Il se modifia peu pendant de longs siècles et n'a laissé presque aucun souvenir jusqu'au début du xvni'^ siècle.
Une relation intéressante des anciens jardins du sultan à Constantinople a été donnée d'abord par lady Montagu en 1717, puis par Pouqueville, qui les visita en 1798 et les décrivit avec une grande exactitude. Les portes d'entrée étaient de marbre blanc flanquées de colonnes, d'un goût assez contestable. Une galerie en treillage garnie de jasmin sambac, divisait 1^ jardin principal et laissait quatre carrés libres, ornés de fleurs, avec deux ])assins et des jets d'eau au centre. Une des extrémités de ce treillis conduisait à un superbe kiosque d'où la vue planait sur le Bosphore. Le plus grand jardin avait 120 pas de long sur 50 de large; on y cultivait surtout les plantes odoriférantes que préfèrent les Orientaux.
Les jardins du harem, de forme carrée, mal tenus, plantés de quelques julibrissins {Acacia Jidibrissin), de lilas, de jasmins et de saules pleureurs penchés au-dessus des bassins, n'étaient pas davantage à la hauteur des descriptions brillantes de lady Montagu. Il faut rabattre beaucoup de ces splendeurs orientales qui ont été si souvent dépeintes. Kraft en a publié un dessin qui ne montre guère qu'une agglomération de bâtiments, un tracé bizarre de jardins coupés sans harmonie, et une série de formidables murs d'enceinte.
Delille a chanté les jardins de Bouyouckdéré, dont les platanes sont restés célèbres. La promenade de Dolma-Baktché à Constantinople, est encore réputée; les jardins du sultan Achmet III à Kiat-Hava, étaient conçus dans le style symétrique de Versailles ; Sultanié-Baktchési possédait de superbes parcs à l'orientale et un kiosque magnifique ; enfin les cimetières et les jardins des mosquées en Turquie étaient l'objet de vastes plantations de cyprès et de platanes d'un caractère particulier, imposant, dont les vestiges étonnent encore le voyageur. On remarquait principalement le grand et le petit champ des morts, à Péra, plateaux ombragés de pins, de cyprès et de figuiers sycomores, d'oii l'on apercevait le sommet de l'Olympe de Bithynie.
Au Caire, les jardins qui ont précédé immédiatement ceux de Méhémet-Ah rappelaient les jardins de Constantinople, et la fameuse allée, plus moderne, des sycomores de Choubrah, a conservé jus(ju'ici une grande réputation.
LES JARDINS CLASSIQUES
Si Ton suit Chardin dans ses voyages en Perse, on verra que les jardins persans suivirent longtemps les traditions antiques, et que les avenues droites, les terrasses, les fleurs odoriférantes se retrouvaient partout. Les jardins de Mazendéran en étaient la plus complète expression, et peu d'avenues au monde égalaient celle d'Ispalian, qui était longue de 3,000 mètres sur 100 de large.
En résumé, les jardins de l'Orient, même en leurs plus beaux jours, étaient loin d'égaler ceux des Mores d'Espagne et de répondre à l'idée que les poètes des « pays du soleil » en ont fait concevoir.