W. Chambors, Disserlalioii on oriental Gardening , Mil
3. De la composition des paysages, par R.-S. Gérardiii, vicomte d'Ermenonville
LES JARDINS PAYSAGERS.
en Angleterre avait fait parler de lui de ce côté de la Manche. Latapie venait de traduire (en 1771) les Observations on modem Gardening de Whately, et il y avait joint une préface historique très-intéressante. Certainement le marquis de Girardin connaissait cet ouvrage et avait ouï parler des nouveaux jardins de l'Angleterre; quelques passages de son livre l'indiquent clairement. Whately avait donné véritablement le premier traité didactique de la matière, et il avait appuyé ses préceptes, peut-être un peu peu trop encadrés dans des considérations métaphysiques hors de propos, par des descriptions prises dans les plus beaux jardins faits en Angleterre depuis Kent. Son ouvrage était divisé en nombreux chapitres, comprenant les terrains, les bois, les eaux, les rochers, les bâtiments, etc. Chacune de ses théories est accompagnée d'exemples pris dans les jardins déjà existants de l'Angleterre que l'auteur avait visités.
Whately avait la plus haute idée des jardins comme on les concevait alors en Angleterre. Il disait que cet art était « aussi supérieur à la peinture des paysages que la réalité est au-dessus de la représentation ».
Dans la première partie de son livre, qui traite du terrain, il distingue les situations du jardin de niveau, du jardin concave et du jardin convexe; puis le rapport des parties avec le tout, la variété, le contraste, les effets des bois sur la configuration d'un terrain, et ce qu'il appelle les effets extraordinaires, comme ceux de la colline de Ham, dans le Derbyshire, oîi les aspects pittoresques, autour d'une petite montagne formant le centre d'un pays très-sauvage, étaient d'un caractère exceptionnel.
Il parle ensuite des bois, sous le rapport de leurs divers effets de feuillages et du mélange des verdures, des bois grandioses, des bois pittoresques, des bois clairs, de leurs lignes extérieures ou silhouettes, de leurs parties intérieures, enfin des massifs et des arbres isolés.
Les eaux sont l'objets d'une étude détaillée, et cette partie des paysages y est traitée pour la première fois avec art. Les lacs, les rivières, les ruisseaux, les cascades, les ponts, sont autant de sujets discutés avec goût et dont les meilleurs exemples sont^ puisés à Blenheim, dans la célèbre propriété du duc de Marlborough, et à Wotton.
Les rochers enfin, parmi les ornements naturels, sont divisés en rochers majestueux, rochers terribles et rochers merveilleux, avec des descriptions prises à Middleton, Matlock, Bash, New-Weir et Dovedale. Ici l'auteur se livre à une de ces fantaisies de style qu'on a appelées plus tard romantiques et qui ne sont que ridicules dans leur exagération.
Parmi les ornements artificiels sont les bâtiments, que Whately envisage au point de vue de leur destination et de leur effet dans le paysage. Les constructions de la ferme sont l'objet de tous ses soins, de même que les
Genève, 1777. (Le marquis René de Girardin avait d'abord écrit Gérardin, sans doute en souvenir du nom de ses ancêtres, qui descendaient des Gherardini, de Florence.)
terrains qui les environnent, et c'est lui ({ui donna le premier les différents caractères de la ferme pastorale, de la ferme simple et de la ferme ornée, représentée par celle de Woburn.
La terre de Pains-Hill lui fournissait le modèle de ce qu'il appelait le parc /m;n';îr par un jardin, et Ilagley tl'un \M\rc. mclâ avec un jardin. Selon que le jardin environnait un enclos ou qu'il occupait tout cet enclos, comme Stowe, il différenciait encore les noms. Il avait imaginé, sous le nom de riding, une immense promenade pour cavaliers traversant toute l'étendue d'une grande propriété, dans ses parties les plus riantes et les plus pittoresques. Il y faisait entrer des villages et tout le pays d'alentour, effet qui ne peut guère s'obtenir (jue dans les immenses propriétés patrimoniales de l'Angleterre.
Enfin Whately s'était occupé pour la première fois de rédiger des lois esthétiques, que Walpole et les poètes qui avaient déjà chanté les jardins avaient vaguement indiquées. Il considérait ce ([u'il appelait des « effets d'occasion », par exemple le soleil couchant sur le temple de la Concorde à Stowe, la lumière suivant les différentes heures du jour et les saisons de l'année, comme du ressort de l'artiste qui compose les jardins. Il en était de même du rapport de l'habitation avec le jardin, des effets divers d'une scène réelle et d'un tableau, et des caractères spéciaux de chaque paysage qu'il nommait respectivement emblématique, imitatif ou origiiuil.
Sans doute il y avait bien quelque exagération dans tout cela, mais il obéissait alors à cette sorte de mode qui, à force de prendre la nature pour modèle, voulait l'imiter jusque dans ses excès. C'est ainsi qu'on a reproché à Kent d'avoir placé des arbres moris dans les jardins de Kensington, pour leur donner un air plus naturel, assertion cent fois répétée, dont je suspecte fort l'exactitude.
Quelques années plus tard* parut l'opuscule du marquis de Girardin, qui eut une très-grande vogue et fut traduit en anglais par Daniel Malthus. Sous un faible volume, l'ouvrage du créateur d'Ermenonville renfermait la substance d'un gros livre, et sans entrer dans les longues dissertations métaphysiques qui envahirent ensuite l'art des jardins en Angleterre et en Allemagne, il contenait un petit nombre de préceptes qui révélaient un esprit éclairé, plein de goût, et une main rendue habile par l'expérience.
L'art des jardins, ainsi épuré par la main d'un Français plein du sentiment du beau et du vrai, entrait dans une phase nouvelle. De cette époque datent les beaux jardins de France, composés d'après les règles tracées par Girardin. Ces règles se résument à peu près dans les lignes suivantes :
L'art des jardins a pour but d'embellir et d'enrichir la nature. Les jardins symétriques sont nés de la paresse et de la vanité; il faut donc les proscrire. Mais l'effet contraire s'est fait sentir, après que Chambers eut préco-