C'était en 1777; il y a juste un siècle
LES JARDINS PAYSAGERS.
misé les jardins chinois, tourmentés à l'excès et qui ne valent pas mieux. Il faut donc, pour créer un jardin, choisir d'abord un paysage infcressanl et chercher l'effet pittoresque avant tout. L'idéal est de composer, non en architecte ni en jardinier, mais en poëte et en peintre.
Avant tout, on doit se préoccuper de l'ensemble. Tout doit se lier harmonieusement; les détails viennent ensuite. La nature, la vérité, doivent être les maîtres de l'artiste et diriger son sentiment. Quand l'idée d'ensemble s'est fait jour, il faut, pour procéder à l'exécution :
1° Faire l'esquisse au crayon, chercher les masses sur le papier, bien réfléchir, puis arrêter son plan ;
2" Disposer les masses de plantations en plans distincts ou coulisses;
3° Se rendre compte de l'eff'et des constructions sur le terrain par des carcasses simulant l'effet total de façade ;
II" Figurer sur le sol le contour des eaux par de grandes bandes de toile blanche ;
b" Arrêter ensuite le tracé par des piquets en courbes, reliés par un cordeau le long duquel on découpe une ligne dans le sol;
(i" Pour placer les groupes et arbres isolés, planter des piquets en croix avec des écriteaux sur lesquels on marque l'essence des arbres.
Non-seulement l'ensemble de la scène doit être étudié, mais aussi ses rapports avec les objets extérieurs et tout le pays d'alentour. Pour horizons, on doit emprunter les fonds du pays et multiplier les plans dans les jardins pour repousser vigoureusement les lointains. Ainsi le cadre, dans les paysages, est aussi important que dans les tableaux des peintres. Pour avant-scènes, des masses vigoureuses au premier plan, puis d'autres plans étagés, plus légers, dans le désordre apparent (jue nous présente la nature. Mais il faut se garder des excès. Découvrir tout le pays, c'est avoir une vue géographique vague, c'est-à-dire ennuyeuse, comme sur une carte ; au contraire, une vue pittores([ue et bornée, sur un simple vallon bien encadré, repose et charme le regard.
L'ensemble est dicté par le caractère du pays ; les détails par le caractère local. Il faut parler non-seulement à l'esprit et aux yeux, mais au cœur*. L'ensemble, c'est un grand tableau d'histoire ; viennent ensuite les petits tableaux de chevalet; un sentier sinueux et ombragé conduisant à un bocage orné de fontaines; un bois mystérieux avec des rochers et des urnes ; le bois touffu des « amants heureux » ; un passage étroit découvrant tout à coup une cascade, un torrent, etc., scène supérieure se détachant en clair-obscur; un vallon étroit, solitaire; des bois de cèdres sur une montagne; une scène de lacs et de rochers ; une métairie bien située, un verger