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Delille a dit plus tard

Je préfère un ami qui me parle du cœur.

même, tout cela bien encadré et d"un accès rendu facile par de bons chemins unis et empierrés à la manière anglaise.

Les situations sont presque toutes favorables, pour un homme de talent. Il y a des scènes peuplées, riches, variées, aquatiques ; une plaine même peut être arrangée avec art. On 'y peut avoir de beaux gazons sur lesquels paissent des chevaux en liberté, des ménageries, des cabanes rustiques, des laiteries, une maison de jardinier, un jardin fleuriste, un jardin d'hiver avec des orangers en pleine terre, etc. Sur les montagnes, on plantera des bois, des sapins, des ifs qui pourront encadrer quelque temple. Les chemins publics, qui sont le désespoir des propriétaires obligés de les garder comme servitudes, sont un ornement pour Girardin, qui les aime pour l'animation qu'ils prêtent au paysage.

Nous arrivons ici à un passage où malheureusement le goût dominant du temps fait aussi irruption dans les jardins en France, comme nous l'avons vu tout à l'heure en Angleterre. Notre auteur veut des jardins à la « convenance de tous propriétaires ». On aura, selon lui, des paysages héroïques, nobles, riches, élégants, voluptueux, sohtaires, sauvages, sévères, tranquilles, frais, simples, champêtres et rustiques. Les palais des rois auront droit aux jardins héroïques ; ils seront plantés d'arbres majestueux ornés des trophées de la victoire, de fabriques^ (monuments) de grand style, etc. Nous n'insistons pas sur ces pucrihtés, de peu d'importance d'ailleurs dans l'ensemble du livre. »

L'imitation joue un grand rôle dans les jardins, mais il ne faut imiter que la nature, ne pas chercher à copier le jardin de son voisin, et ne prendre que ce qui va au caractère du heu. Par exemple, dit-il, n'allez pas entasser des rochers gigantesques; « les grands objets sont comme les seigneurs; tout ce qui est disproportionné est bientôt fatigant; c'est avec les bonnes gens et les objets doux qu'il faut vivre.

Un chapitre important est celui des plantations. Un paysage se compose de divers matériaux, dont les principaux sont les plantations, les eaux et les fabriques \ Cinq considérations capitales doivent dominer dans les plantations :

1° Les disposer en plans ou coulisses pour faire valoir les fonds ;

2» Former des plans d'élévation , c'est-dire étager les arbres pour donner du relief aux terrains plats ;

3° Dissimuler les objets d-'un aspect désagréable ;

lx° Donner une plus grande étendue fictive aux objets intéressants, en cachant leurs extrémités dans des plantations ;

5° Donner, par les plantations, des contours agréables aux surfaces d'eau et de terrain.

1. On entend par fabrique, dans l'art des jardins, toute construction d'utilité ou d'agrément (jui sert d'ornement au paysage.

LES JARDINS PAYSAGERS.

Trois natures d'arbres sont à distinguer : les forestiers ou de grande masse, les aquatiques et les montagnards {généralement résineux). Les plus grands arbres doivent être sur le premier plan pour faire fuir les lointains, plantés en essences plus petites. Il faut peu s'occuper des nuances de feuillage, que la nature arrange toute seule au bout de quelque temps. Et comme il faut imiter la nature avant tout, on doit généralement proscrire les arbres exotiques, qui se relient mal au paysage.

Les eaux doivent être placées dans les fonds, de manière à paraître toujours naturelles, et en suivant les pentes naturelles du terrain. Il faut bien considérer les proportions d'étendue et d'espace et la situation, par exemple ne pas mettre une rivière sous bois et un ruisseau en plaine. Les eaux se divisent en cinq catégories : les cascades écumantes, qui doivent être situées de manière à produire des effets de clair-obscur et des jeux de lumière; les cascades suaves, aux eaux transparentes, très-éclairées ; les eaux rapides, descendant de pentes escarpées; les rivières, coulant lentement dans les vallées, et les eaux calmes, lacs et étangs, traitées d'après l'effet général. Il vaut mieux n'avoir pas d'eaux que d'en avoir de laides, et, dans ce cas, s'en tenir à des effets de vallons et de prairies, sur lesquels la lumière produit aussi de très-jolis effets.

Les fabriques doivent être distribuées suivant les convenances locales et les convenances particulières. Elles doivent ajouter au pittoresque de l'ensemble, être étudiées suivant la distance des points de vue pour faire valoir leurs formes et leurs proportions, et indiquer clairement leur destination.

Les heures du Jour ont une grande importance dans l'effet paysager. Les objets de grand relief veulent la lumière du matin, les eaux celle du midi, et le soir est favorable aux scènes douces, comme les arbres et les prairies. Le pouvoir du paysage sur nos sens et sur notre âme peut être assez grand si nous sommes en présence de scènes vraiment pittoresques et non de eonrenlion. Une situation romantique (le mot est lâché!) nous inspire un sentiment profond; « chaque bachelette au gentil corsage me paraît une nymphe. » Là le noble marquis recommence à mêler le sentiment à la mythologie et il y réussit moins bien, il faut le dire, que dans ce qui précède.

Où nous le suivons volontiers, c'est lorsqu'il préconise les avantages de la campagne, le bien qu'on y peut répandre autour de soi, et les bienfaits qui en découlent pour ceux qui se retrempent sagement dans la vie des champs. Mais bientôt il nous apprend emphatiquement que « faire ce qu'on peut, c'est la liberté naturelle ; faire ce qu'on veut, c'est le caprice ou le despotisme; faire ce qui nuit aux autres, c'est la licence. Il faut faire ce qu ou doit, c'est la liberté civile, le résultat du contrat de société », qui conduit au bonheur, au bien-être de tous, et a prouver « la nécessité que tout ce qui respire soit nourri ». C'est par une longue tirade philosophico-socialiste, assez étrangère en apparence à l'art des jardins, que le marquis de Girardin

Ed. André. 6

termine son travail. Il subissait évidemment l'influence de l'auteur du Contrat social et de VÉmilc, son ami, qui mourut dans cet Ermenonville embelli sous son inspiration et oii Girardin lui donna pour sépulture l'île des Peupliers, restée célèbre depuis cette époque.

Désormais l'art des jardins paysagers va marcher de pair en France et en Angleterre, et de ce temps datent des créations dont plusieurs sont restées des modèles de beauté. M. de Laborde, fermier général, voulut embellir sa terre de Méréville, en Beauce, et de même qu'il s'était trouvé des peintres et des poètes dans la Grande-Bretagne au temps de Kent pour créer des jardins, de même le grand paysagiste français Hubert-Robert se consacra à ceux de Méréville et à plusieurs autres.

D'ailleurs, presque en même temps que l'ouvrage du marquis de Girardin, un autre livre, beaucoup plus importants paraissait en France sous une forme plus didactique que le premier. Son auteur s'appelait J.-M. Morel. Il était architecte à Lyon, et avait dessiné lui-même de beaux jardins, notamment ceux de Guiscard, ancien parc à la française transformé par lui en parc paysager, et Ermenonville, dont il commença mais ne termina point les travaux.

Le livre de Morel fut manifestement inspiré par la lecture de l'ouvrage anglais de Whately, et c'est pour cela qu'il offre moins d'intérêt que celui du marquis de Girardin, bien qu'il soit plus étendu et plus complet. Il montre d'ailleurs un sentiment plus vrai des beautés naturelles et proscrit ces ornements de faux goût, temples, ermitages, obélisques, inscriptions, dont Girardin avait reçu l'idée de l'Angleterre et qu'il avait imités à Ermenonville, comme Vatelet l'avait fait au Moulin-Joli, près Paris. On en voit la preuve dans la longue description de ces jardins, publiée par Hirschfeld dans son ouvrage en cinq volumes in-Zt", où cet auteur se fait également l'adversaire des jardins réguliers.

Puis vint Delille, le « chantre des jardins », qui emprunta au livre de Girardin les plus beaux passages de son poëme - et traça en vers harmonieux les préceptes de l'art nouveau qui sont encore en vigueur aujourd'hui. Mais il rendait aussi justice à la magnificence des jardins de Le Nôtre et fit preuve d'un éclectisme véritable dans ses leçons, dont il avait d'ailleurs épuré la théorie par l'étude des plus Idéaux jardins de l'Angleterre, qu'il visita pendant son exil volontaire.

Malheureusement ces sages avis n'eurent guère de succès tout d'abord. Les créateurs de jardins reproduisirent plutôt le style chinois avec ses mille et un sentiers et l'exagération de ses ornements, temples, kiosques, pagodes, ponts, rochers, etc. On y voyait des autels « avec des troupes de

\. La première édition de la Tfiéorie des jardins, de Morel, parut en 177G; l'ouvrage de Girardin date de 1777, mais il était prêt à être publié dès 177o. 2. Delille, les Jardins, 1782.

LES JARDINS PAYSAGERS.

pantomimes (jui portaient des offrandes et faisaient des sacrifices à l'antique ».

Cette manie de décoration venait de produire un nouveau travers. Tant il est vrai que le beau et le simple ne suffisent pas toujours à l'homme et que de tout temps le mieux a été l'ennemi du bien. Le genre roma/iiiqnc fit irruption dans les jardins. Les ornements simples et agrestes : chaumières, bancs de bois, bancs rustiques, ne contentèrent plus le besoin tle nouveauté qui s'empara des dessinateurs. La couleur archaï(jue, qui dominait dans la littérature du temps, et le ferment de républicanisme (jui germait dans tous les esprits, eurent de l'influence même sur l'art des jardins.

Il n'y eut bientôt plus de coin de parc sans son temple de Diane, son île de Lesbos, sa grotte de Cacus. Des tombeaux, des urnes funéraires, des inscriptions à l'amour, à l'amitié, aux grands hommes et... jusqu'à quelque chien lidèle, furent les ornements obligés de tout paysage de ce genre.

Les écrivains de l'époque donnèrent tous dans ce travers d'ornementation. Ils épousèrent chaleureusement l'allégorie du mode antique et, brochant sur le tout, enfouirent l'art des jardins dans des dissertations esthétiques auxquelles, les premiers, ils ne comprenaient rien. On ne saurait croire à quelle démence conduit une idée fausse poussée à bout.

C'est alors que furent imaginés le style terrible et le style mélancolique, les dolmens druidiques et les ruines éeherelâes, que devaient accompagner des arbres déracinés levant au ciel leurs racines éplorées, comme des bras décharnés, suivant l'expression d'un de ces visionnaires.

Le malheur fut que tout cela fut pris au sérieux, sinon dans les jardins (qui, malgré toutes ces aimables choses, ressemblèrent comme de coutume à des jardins, et non pas aux horreurs du Ténare et du Styx) au moins dans les nombreux traités (jui parurent en France avant la fin du siècle dernier.

Cependant l'exagération s'appliquait surtout aux accessoires. Quelques parcs bien dessinés datent aussi de ce temps. On peut citer Bagatelle, planté, en 1779, par le comte d'Artois; Monceau (aujourd'hui le parc municipal de Monceau), dessiné par Carmontelle; le petit Trianon, si aimé de Marie-Antoinette; Méréville, en Beauce, oii le fermier général, M. de Laborde, dépensa, dit-on, neuf millions, et détourna la rivière la Juine pour arroser ses jardins. Ces parcs, tracés du reste avec goût et plantés de beaux arbres, présentent des exemples frappants de l'exagération dans les ornements accessoires, conçus dans un style faux, sans grâce et sans à-propos, et mal placés dans des paysages choisis où tout devrait garder le ton de la nature.

Pendant ce temps les jardins qui, en Angleterre, étaient tombés dans le mauvais goût inspiré par une armée d'artistes au rabais que la nouvelle « fashion » faisait sortir de partout, commençaient à se relever sous l'inspiration de quelques hommes de talent, à leur tète Bepton et Uvedale Price.

Repton était un dessinateur habile; il créa plusieurs centaines de parcs

en Angleterre et avait retrouvé les véritables traditions de Kent et de Bro^Yn. Il avait la mémoire de ce dernier en haute estime et lui trouvait un génie créateur de premier ordre. C'est Repton qui, le premier, appliqua dans ses ouvrages ' illustrés l'usage des feuilles de retombe ou eoiilisses -, qui donnaient l'ancien aspect du lieu et qui laissaient voir, quand on les relevait, la scène transformée selon les vues de l'auteur. Il avait surtout les idées larges et vraiment naturelles et entendait les paysages en grand artiste et en praticien consommé. Les pages qu'il a écrites sur les plantations, la distribution de la lumière et ses effets dans la nature, la relation des objets entre eux, sur la vision dans les scènes naturelles, révèlent un homme d'autant plus supérieur qu'il avait mis en pratique toutes les règles qu'il invoquait et que sa théorie était le résultat du dépouillement de ses carnets (red books) rédigés sur le terrain.

Un seigneur artiste du temps, sir Uvedale Price , lui fit une guerre acharnée, prétendant que Repton ne prenait pas assez ses inspirations dans les peintres de tableaux, et qu'un paysage sur le terrain devait se composer comme un paysage peint. Repton lui répondit que l'imitation simple de la nature ou des règles de la peinture, n'était qu'une part de l'art des jardins, et malgré les gros volumes où Price entassa le fatras d'une érudition inopportune et de considérations artistiques le plus souvent étrangères au sujet, la victoire resta à Repton pour tous les hommes de goût, de tous les pays et de tous les temps. Loudon, le compilateur érudit qui a tant fait pour l'horticulture anglaise, se range cependant du côté de Price, mais son autorité est contestable, car bien qu'il ait aussi dessiné des jardins, on ne peut rien citer de lui qui fasse autorité dans la matière.

Si l'on jette un regard sur les principaux auteurs qui ont écrit sur l'art des jardins depuis la naissance des parcs-paysagers jusqu'au commencement de ce siècle, on trouvera qu'ils se succèdent à peu près ainsi :

1770. Whatoly. Ob.sercalions on modem '/(vilcuiiig.

1772. Mason. TheEiifjlishGarden,T^oëmQ.

1776. Morel. Théork cJ ex jardins.

1777. Giranlin. Composition des paysages. 1782. Delille. Les Jardins, poëme.

1784. H. Walpole. Essay on gardening.

1779-1785. Hirschfeld. Théorie de l'art

des jardins.

1786. Prince de Ligne. Coup dœil sur Delœil.

1792. Gilpin. On picluresque beauty.

1798. Weivcrt. Die schône landbuukunst.

1800. Baumgartner. Idées pour la décoraliun des jardins.

1802, S\ogc\. Descrij)! ion des jardins mo-

dernes.

1803. Ropton. Theory and practice of

landscape gardening.

1807. Curten. Essai sur les jardins.

1806. J. Loudon. Trcatise on forming country résidences.

1810. S. Uvedale Price. On the picluresque.

■I. Fragments on landscape gardening, 179o; — Skelches and [Unis on landscape gardening, 1803; — Theory and pralice of landscape gardening, 1803.

2. Ce procédé était déjà employé depuis un certain temps pour l'enseignement de l'astronomie.

LCS JARDINS PAYSAGERS.

Pendant cette période, la Révolution française avait passé sur l'Europe, comme une grande tourmente où les beaux -arts avaient momentanément disparu. Quand ils revinrent à la lumière, sous l'Empire, les jardins eurent une assez faible place, et les ornements dont on les surchargea à cette date, ainsi que les ouvrages du temps en font foi, furent d'aussi mauvais goût que l'architecture de ce temps.

Si de rares particuliers n'avaient conservé malgré tout les bonnes traditions, et surtout si l'impératrice Joséphine, avec l'aide de Berthoud, n'eût apporté des soins aux jardins de la Malraaison, on chercherait en vain des traces de beaux parcs créés sous la Répul)lique et sous l'Empire.

Jusqu'à la Restauration, nuit complète. A peine suit-on de loin, par de pâles imitations, les excellents modèles fournis par Ermenonville, par Mortefontaine et Trianon.

Il fallut le talent d'un nouvel arrivant pour rénover le style paysager dégénéré. Après avoir dessiné un grand nombre de beaux parcs, conçus pour la première fois selon des règles fixes, Gabriel Thouin publia le résultat de ses travaux, en 1819, sous le titre de Plans raisonnes de Jardins. Ce hvre avait été précédé, deux ans avant, par la Description des nouveaux jardins de France, où M. de Laborde avait groupé les principaux parcs, exécutés dans le genre de Méréville, à grand renfort de dépenses, sinon de talent.

L'ouvrage de Thouin eut un succès justement mérité. Il ramenait le tracé des jardins à des règles meilleures, les encadrant tous dans une allée de ceinture, coordonnant toutes les scènes comme dans les beaux parcs anglais, donnant pour la première fois une large part aux vues, et ajoutant sur les marges de ses plans des dessins d'ornements rustiques appropriés avec goût aux sites qu'ils devaient accompagner.

On lui reproche pourtant, et avec raison, l'abus des allées. Saint-Ouen, une de ses meilleures œuvres , dessiné par lui pour M'""" de Cayla , présente ce grave défaut. Les chemins trop multipliés coupent le jai-din en tous sens, diminuent les pelouses et les bosquets, ôtent l'ampleur à la conception. La promenade est embrouillée et pénible; les masses de bois, trop disséminées et trop faibles, se présentent à chaque instant sans offrir de scènes tranchées, sans les contrastes qui sont la surprise et le charme des beaux sites.

A ce moment, le goût des jardins reprit faveur. On avait déjà sous les yeux de nombreux modèles; le style français avait à peu près disparu de partout et l'on n'en connaissait plus guère que les grandes reliques conservées dans les résidences opulentes. Un petit coin de Versailles, qu'on nomma « le petit jardin du roi », fut arrangé suivant la nouvelle manière.

La duchesse d'Angoulême embellit YiUeneuve-l'Étang. La paix était revenue ; les propriétaires avaient acquis de nouveau des loisirs dont leurs jardins profitèrent.

MM. Doublât, à Épinal ; Tcrnaux, à Saint-Oueii; l'amiral Tchitchagoff, à Sceaux; Bcrthoux, à Cliautilly; Soulange-Bodin, à Fromont; Boursault, à Paris, suivirent le mouvement et créèrent des propriétés qui devinrent célèbres sous la Restauration et sous le règne de Louis-Philippe.

Le tracé de ces jardins ne montre pas une grande amélioration dans le dessin. Le choix des sites et la richesse de la décoration végétale ou artistique en font les principaux frais. C'est ainsi que le jardin de Fromont, planté de I8IZ1 à 1830, avec un soin persévérant, réunissait le plus grand nombre des arbres exotiques apportés de l'Amérique du Nord par notre compatriote André Michaux. Celui de M. Boursault était plutôt un établissement d'horticulture monté avec luxe, qu'un assemblage de beautés uniquement artistiques ou naturelles.

Aucun nom de talent ne se présente à l'historien pendant cette période de transition, si ce n'est Bellangé, qui planta avec beaucoup de goût le jardin de l'Elysée-Bourbon, à Paris, en 1828. Le style adopté alors fut la plus libre fantaisie et le plus souvent le goût le plus contestable. Les petits jardins foisonnèrent dans les villes. Ils présentaient, sous le nom de parterres, un assemblage confus de plates-bandes rectilignes et d'allées courbes sans grâce et sans deàsin. Pendant que les Hollandais et les Anglais développaient avec talent dans leurs petits jardins de ville le genre parterre dont ils avaient déjà les modèles au temps de Le Nôtre, la France n'eut pour tout partage qu'un genre bâtard, fait de pièces et de morceaux disparates.

Les jardins publics des grandes villes n'étaient ni mieux conçus ni mieux ornés. Excepté les Tuileries et le Luxembourg, à Paris, dessinés suivant les principes de Le Nôtre, la capitale de la France n'avait aucun jardin vraiment digne d'elle.

" Les grandes villes de province n'étaient pas mieux partagées. Rouen, Lyon, Reims, Nîmes, Montpellier, qui seules ou à peu près possédaient le privilège de jardins et de promenades dignes de remarque, n'offraient guère que de grandes avenues et de maigres plates-bandes, entretenues sommairement. Seuls, les jardins botaniques présentaient quelque intérêt au point de vue pittoresque ; et encore prenaient-ils leur principal attrait dans les collections des plantes exotiques dont ils étaient remplis.

C'est dans les créations particulières, de 1830 à 1850, qu'il faut chercher les traces d'une sorte de Renaissance dans le goût des jardins paysagers en France. Pendant cette période, si rien de saillant comme style ou comme proportions ne vint attirer l'attention pubHque, au moins trouve-t-on un certain nombre d'exemples de beaux parcs dont les principaux sont dus à MM. Joly, Duclos, Bûhler et à plusieurs autres hommes de talent.

MM. Bûhler dépassèrent de beaucoup leurs contemporains. Des premiers ils raisonnèrent le tracé des allées dans les parcs et tracèrent des courbes harmonieuses se liant les unes aux autres sans se heurter jamais. Jusque-là, on ne s'était guère préoccupé des allées que comme de chemins

LES JARDINS PAYSAGERS.

dont le tracé n'avait pour but que de conduire vers un but déterminé. Pour eux, la forme de l'allée elle-même fut un ornement, une beauté. L'art de grouper les plantations fut également perfectionné d'une manière importante.

Jusqu'à l'avènement de Napoléon III, les choses restèrent ainsi dans un état somnolent qui n'attendait qu'une vive impulsion pour se réveiller.

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