‹ L'art des jardinsChapitre 68 sur 341 · On piclvresque beautij · texte numérisé non relu

On piclvresque beautij

DU SENTIMENT DE LA NATURE

le pittoresque. Un vieux moulin, des arbres morts, nous donnent l'idée actuelle du pittoresque et en même temps de la beauté qu'ils ont possédée autrefois. Mais une chaumière couverte de mousse et à moitié croulante, un cheval de labour, un groupe de gitanas d'Espagne ou de mendiants romains sont incontestablement des objets pittoresques sans être beaux, et cependant ils nous intéressent et nous plaisent. La beauté produite par la seule harmonie des lignes, des couleurs, par la relation des parties, est parfois complète, comme dans les tableaux du Corrège, mais elle peut devenir ennuyeuse, comme Guido Reni nous l'a prouvé dans plusieurs de ses compositions fastidieusement belles , tandis que nous sommes charmés par celles de Salvator Rosa, le plus fougueux, le plus pittoresque des peintres.

On pourrait donc appeler pittoresque un objet ou une scène à la fois agréable et étrange, et d'un grand effet en peinture.

Les qualités du beau et du pittoresque peuvent parfois se confondre ; mais souvent elles sont opposées \ Les unes sont fondées sur la douceur, les autres sur la rudesse. Ainsi la symétrie, qui s'accorde avec le beau, est contraire au pittoresque. Un arbre de forme régulière et dans la plénitude de son développement est beau ; irrégulier, il est pittoresque. Dans les êtres vivants, tout signe de maladie est exclusif de la beauté. Cicéron l'a dit : « La beauté et la perfection du corps ne peuvent être séparées de la santé -. » Cependant nous savons qu'un être malade peut rester pittoresque, qu'il soit arbre ou animal.

Le pittoresque exerce sur nous une séduction que la beauté seule ne saurait produire ; toujours nous avons besoin du merveilleux. Ainsi un cheval richement harnaché, un arbre suspendu au-dessus d'un abîme, une femme belle et parée d'ornements bien choisis, nous plairont davantage que s'ils restaient dans leur beauté et leur simphcité naturelles.

Le « sublime » est cette forme du beau qui comporte une certaine somme d'horreur. 11 se rencontre souvent dans la nature : la mer pendant la tempête, les sommets des Alpes, les rochers suspendus sur des abîmes, présentent des spectacles remphs de terreurs et de sublimes beautés. Il est au-dessus des forces humaines de créer ou de reproduire ces scènes grandioses. Mais il est du domaine du dessinateur de jardins de les faire entrer dans un paysage et de les enfermer dans un cadre favorable, s'il n'ignore pas les ressources de son art et s'il sait diriger à propos les vues sur ces grands spectacles de la nature.

Si le sublime est hors de notre atteinte, il n'en est pas de môme du pittoresque. Une école nouvelle, établie en France, en Angleterre et en Allemagne, s'est créé une sorte d'idéal de la beauté des jardins qu'on

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