rs est celure arlem (Ciciîron
rel de chercher à en augmenter fictivement l'étendue. Il est bien rare que l'artiste ait à sa disposition un espace immense, comprenant des milliers d'hectares, où son imagination puisse se donner libre carrière, et qu'il puisse traiter un pays entier comme un seul jardin. On trouvait encore d'assez nombreux exemples de situations analogues à la fm du siècle dernier, et les grands parcs anglais, comme Blenheim, ou en France ceux d'Ermenonville et de Mortefontaine, en sont de remarquables échantillons. Mais ces grandes terres deviennent de plus en plus clairsemées ; la division de la propriété s'accentue chaque jour davantage, et il ne se passe pas d'année sans que quelques-unes de ces anciennes et magnifiques créations disparaissent, morcelées et perdues pour l'art des jardins. Nous verrons plus loin quelle est la voie à suivre pour rembelhssement de ces vastes espaces.
Mais, dans le plus grand nombre de cas, il s'agira de parcs de moyenne
Fig. 31. — Limite cachée par un saut-de-loiip. — Profil.
OU de faible étendue, où l'illusion à obtenir, en dissimulant les clôtures, est le premier objet à atteindre. Je ne parle pas ici des jardins de ville, de petites dimensions, dans lesquels l'espace doit être rempli sans se préoccuper de cette fiction paysagère.
L'étendue apparente peut s'obtenir par différents moyens agissant séparément ou simultanément. Le principal est l'effacement des limites de la propriété, de manière à faire embrasser à l'observateur l'ensemble du paysage sans aucune interruption. Si l'habitation est située sur une élévation et que la clôture soit placée de l'autre côté d'une vallée parmi des massifs d'arbres, rien de plus facile que de la faire disparaître dans le bois. Dans les endroits découverts, on emploie avec succès le saut-deloup, représenté par un simple fossé si la distance est grande, ou par une tranchée A à bord antérieur surélevé B si l'on est près de la bordure à cacher (fig. 31). Des haies vives, mais tenues basses, des palissades placées au fond d'un fossé, des murs masqués par des arbustes ou par des lierres, mais ne laissant pas soupçonner de loin leur existence, sont les moyens généralement usités.
On ajoute considérablement à cet effet en mettant à profit les règles de la perspective que nous avons examinées au commencement de ce chapitre. Ainsi, ce n'est pas créer un paysage ou le faire entrer agréablement
dans le champ de la vision que se contenter de dissimuler les clôtures qui le séparaient du parc. Pour que la scène naturelle se mêle heureusement avec la scène créée, la gradation de l'une à l'autre doit être continue. La forme et la couleur des derniers champs et des derniers arbres du parc doivent s'unir avec la forme et la couleur des premiers champs et des premiers arbres du paysage extérieur. C'est une nécessité à laquelle on doit parer d'abord, soit que le terrain en présente les moyens, soit par des procédés artificiels que nous indiquerons.
La grandeur des pelouses et leur encadrement judicieux contribuent puissamment à ce résultat. En tenant compte de l'ouverture de l'angle nécessaire pour embrasser à chaque fois une belle partie du paysage, on disposera le relief du terrain et les plantations latérales de manière à les unir avec l'extérieur. Mais ce serait une erreur de croire que de vastes espaces ouverts sans interruption donnent une idée de grandeur. C'est la
Fig. 32. — Profil d'une allée dissimulcc.
comparaison des objets entre eux — nous l'avons vu — ({ui nous fait juger de leurs dimensions exactes ou relatives. On pourra donc, en tenant compte de la position où les objets paraîtront dans leurs plus grandes dimensions, rapprocher ou reculer les perspectives. C'est ainsi que des groupes d'arbres placés avec discernement à des distances calculées, comme des coulisses de théâtre, peuvent augmenter l'effet des lointains par la variété et la succession de la lumière sur leurs masses. La dentelure des massifs boisés qui encadrent les perspectives est aussi un moyen puissant pour unir le parc avec la scène extérieure, et l'adjonction des arbres isolés sur les bords ajoute encore à ce mélange heureux.
Le tracé et la formation des allées sont également d'une grande importance dans le feint agrandissement des parcs. Ces chemins peuvent gâter une vue en la traversant trop près du sommet de l'angle de vision, où leur surface grise ou jaune, venant barrer le paysage, produit le plus désagréable aspect. On évite cet effet en enfonçant légèrement l'allée, de manière que son bord antérieur A se projette sur le bord extérieur B, et que l'œil C ne l'aperçoive pas (fig. 32). D'ailleurs, les allées devront être le moins possible découvertes. Elles seront combinées de telle sorte que leur surface soit le plus souvent ombragée, sans chercher à en faire un prétendu ornement, et qu'elles conduisent à des objets dignes d ètre vus.
Tous les éléments du paysage extérieur ne sont pas également agréables à voir, et il en est qu'il faut s'appliquer à cacher. Si une chaumière pittoresque, une ruine, un vieux pont, une ferme, des clôtures, même lorsqu'ils sont irréguliers, peuvent former dans le lointain de jolies touches de détail pour l'ensemble du tableau, on ne devra les admettre que placés à la distance convenable et les masquer impitoyablement s'ils sont trop rapprochés, eussent-ils môme quelques qualités décoratives. En les laissant, on diminuerait l'étendue de la perspective, qu'il s'agit au contraire d'augmenter. Mais, comme il n'est pas souvent possible de cacher ces objets de partout à la fois, on devra au moins les dissimuler de quelques points principaux, comme des fenêtres du salon ou de la salle à manger, du milieu d'une véranda, ou du terre-plein devant l'habitation. Dans ce cas, on se souviendra des règles que j'ai rappelées précédemment, en plaçant l'écran végétal à un point assez rapproché de l'œil pour que, sous une petite dimension, il masque entièrement l'objet sans détruire l'effet d'ensemble. Un arbuste à vingt pas produira le même effet qu'un grand arbre à cent (voir fig. 23, p. 122).
Si des objets élevés, malgré qu'ils n'offrent pas en eux-mêmes une beauté marquée, sont néanmoins d'un elfet pittoresque dans le paysage, comme clochers, tours, phares, ruines, sommets de montagnes, on augmentera leur éloignement et en même temps leur effet en dirigeant la vue sur eux, à travers le feuillage, par des percées étroites et habilement dirigées. Si l'on est situé sur une colhne boisée, on peut même donner un aspect particulièrement agréable à ces percées en les traitant en lunettes aériennes, c'est-à-dire en ne les faisant pas descendre jusqu'au sol, mais les taillant irrégulièrement dans la masse du feuillage à liauteur de l'œil. Un résultat analogue, mais plus frappant encore, sera obtenu, si l'on encadre ces objets dans une ouverture de forme architecturale, dont le profil vigoureux fait l'office du cadre d'une peinture. Je citerai deux exemples de cette disposition; l'un dans le parc de Brooklyn, près New-York, où un coin de paysage vu dans le cadre circulaire de l'arche d'un pont donne la plus charmante scène et produit une illusion d'éloignement considérable; l'autre en Angleterre, à Fountains' Abbey, dans le nord du Yorkshire. Au sommet d'une colline couverte de vieux hêtres plantés en forêt compacte, on arrive brusquement le long d'une porte en bois le long de laquelle le guide vous place le visage en avant. Puis, d'un geste brusque, il écarte les deux battants, et vous avez sous les yeux, admirablement encadré, le ravissant tableau de la rivière et de ses chutes, d'une riante vallée et des ruines imposantes de la vieille abbaye.
Le traitement des premiers plans est le moyen le plus puissant pour éloigner les perspectives. Nous dirons, dans un chapitre spécial, les procédés à employer pour obtenir ce résultat, (jui dépend du groupement des végétaux, du relief du sol, du choix des essences, généralement à feuillages
simples et persistants, et surtout de la position des coulisses et de la division des scènes.
Les eaux viennent s'ajouter aux éléments qui précèdent pour apporter à l'illusion de l'étendue un précieux contingent. Nous avons déjà vu que, si leurs bords étaient plats, elles reflétaient plus de lumière et que les objets situés sur le bord opposé ne se doublaient dans leur miroir que si l'angle de réflexion ne passait pas au-dessus d'eux. 11 en résulte que, en plantant fortement les bords accidentés situés à l'extrémité d'une pièce d'eau opposée au spectateur, on la rapprochera de lui par la vigueur des ions qui se reflètent dans l'eau; tandis que, en laissant ces bords dépourvus de ])lantations, ils se perdront dans le vague d'une abondante lumière et reculeront la perspective. Cet effet sera encore augmenté, si l'on établit avec soin la succession des masses de feuillage qui dirigent le regard depuis le point d'observation jusqu'à la nappe d'eau. Rien n'est plus nu (ju'une vaste pelouse ininterrompue dans toute sa largeur jusqu'au bord d'un lac, tandis que quelques groupes isolés placés auprès du spectateur guident ses yeux et lui laissent l'itlée d'unité, sans entraîner une impression de nudité. En dirigeant les percées ol)liquement, on obtiendra mieux encore l'illusion de l'étendue, la longueur de la ligne d'eau étant plus grande que par le travers du lac. Par la même raison, toutes les fois qu'il sera possible de voir le cours d'une rivière dans sa longueur, l'effet sera plus complet que dans sa largeur, la ligne d'eau étant plus étendue.
Pour ajouter à cette variété des vues dirigées sur les eaux, on aura encore le choix des essences qui reculent les distances, et nous verrons plus tard comment on peut obtenir de remarcpiables résultats en réservant les feuillages simples et noirs pour les premiers plans, et plantant dans les lointains des arbres à feuillage composé ou penné, ou de couleur cendrée.