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DES GENRES

Tout paysage, naturel ou modifié parla main de l'homme, a son caractère propre, sa manière d'être particulière, son genre, en un mot. J'ai conseillé de respecter ce caractère, et j'ajoute que tout effort pour le transformer dans son entier reste vain ou va généralement contre son but. Quand il s'agit d'un paysage d'une grande étendue, on est surpris de voir le peu d'influence que le travail humain exerce sur l'aspect général. Pour peu que l'horizon ait de développement, les plus grands mouvements artificiels du sol, les plus vastes plantations, les travaux d'art les plus compliqués n'ont qu'un effet médiocre dans l'ensemble ou plutôt n'y produisent que des disparates. On croit avoir fait un grand effort et créé — au moins pour l'avenir — des résultats grandioses en plantant des massifs de plusieurs hectares, et l'on n'aperçoit, au bout de quelques années, que quelques taches de verdure

différente de celle des bois environnants et qui trahissent la main de l'ouvrier, au lieu de la cacher. Il en est de même des eaux et des rochers, qui, modifiés par artifice, ne peuvent produire que des scènes locales intéressantes sans doute, mais impuissantes à imprimer une autre apparence au pays.

Traitez donc chaque heu suivant son genre. Ornez-le, augmentez l'attrait du tout et l'harmonie relative des parties; mais n'essayez pas de le détruire et d'en créer un autre à sa place; vous n'y réussiriez pas. Pénétré du caractère de l'ensemble, que tous vos efîorts tendent à faire, du point sur lequel vous opérez, la partie la plus agréable, le noyau du paysage auquel tout viendra se rapporter. Là résident à la fois le charme à obtenir et la difficulté à vaincre. Ne tombez pas dans ces distinctions subtiles qui gâtent les meilleures choses. Caractérisez, par un dessin sûr et des traits bien tranchés, un petit nombre de genres, sans vous laisser aller à ces exagérations tout artificielles, dans lesquelles certains auteurs sont tombés. Un écrivain du siècle dernier a énuméré une kyrielle ridicule de paysages qualifiés d'héroïques , nobles , riches , élégants , voluptueux , sauvages , sévères, tranquilles, frais, simples, champêtres, rustiques, philosophiques, que sais-je encore? Ces puérihtés — qui ne sont d'ailleurs que déclamation pure — doivent être évitées avec soin.

Il suffit de distinguer trois genres principaux dans les paysages :

Le genre 7iohle ou grandiose;

Le genre gai ou riant;

Le genre pittoresque ou sauvage.

Ces trois modes sont souvent déterminés avec netteté; souvent aussi ils se mélangent dans une certaine mesure. C'est surtout dans la définition des scènes de la nature que l'expression juste est rare, que la vérité est complexe; « qu'il est difficile — comme l'a dit Sainte-Beuve' — de la résumer et la formuler d'un mot, sans qu'il faille y apporter aussitôt des correctifs et des explications qui l'adoucissent et la modifient. » Il faut donc s'en tenir à la note dominante, pour sentir et exprimer le genre dans lequel rentre un paysage.

Genre noble. — Le genre noble ou grandiose, qui se découvre dans les panoramas de montagnes, la vue de la mer, les futaies séculaires, les paysages semés de ruines géantes, les grands fleuves à bords pittoresques, commandent au dessinateur de jardins la plus grande sobriété dans les travaux d'art. Son but constant sera d'en respecter la grandeur et le calme. S'il est consulté sur le style à donner à l'habitation et aux communs, il conseillera des formes imposantes, à silhouettes variées et élancées, s'il s'agit d'un paysage accidenté; à lignes horizontales, simples et pures, au contraire, si le pays est plat et l'horizon très-étendu. Au lieu de varier les

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