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AMÉLIORATION DES RÉSIDENCES RURALES

Le sentiment et le goût de la nature, l'attrait de la vie à la campagne, dont nous avons suivi le développement à travers les temps, depuis l'indifférence où la majorité des anciens l'avait laissé jusqu'aux excès de faux sentimentalisme oii il était arrivé à la fin du xviii" siècle, a revêtu dans la société moderne une forme rationnelle et poétique à la fois, (jui paraît, sinon définitive, au moins très-près de le devenir.

La nature exerce une si grande influence sur notre àme, (ju'il est bien peu d'hommes qui n'éprouvent pas le besoin de se retirer aux champs à une certaine période de leur existence. Tous les âges y trouvent des plaisirs. S'il faut une initiation préalable pour goûter les séductions de l'art et de la civilisation, il ne faut qu'un instant pour se complaire dans le spectacle de la nature. Chacun est touché par la grâce du printemps, la richesse de l'été, l'abondance des récoltes de l'automne, et l'hiver lui-même a des charmes, dans certaines régions, pour des organisations spéciales.

Tout esprit élevé, tout cœur sensible doit éprouver ces sentiments, auxquels s'ajoute le désir d'une existence plus libre, i)lus facile, plus indépendante, plus saine pour le corps et pour l'intelligence que celle des villes. L'activité dévorante qu'exige la vie des hommes agglomérés se change ici en calme et en repos. Loin d'exciter outre mesure ses facultés, l'homme y peut exercer sa vigueur physique et morale d'une manière pleine et normale, sans être tenu à cette contrainte fatigante, à cette perpétuelle 'observation de lui-même qui résultent de l'état de société comme nous l'a fait la civilisation moderne. Là seulement la vie de famille peut se développer avec tous ses côtés aimables ; les enfants y sont plus près de leurs parents et en suivent plus aisément les leçons et les exemples : le souci des affaires, les luttes de l'ambition, les basses jalousies, la guerre des intérêts en sont exclus, si le propriétaire est un homme sage. Vivant sur son domaine, il peut répandre le bien autour de lui, se complaire dans ses travaux, améliorer les hommes en même temps que le sol, choisir ses amis, rendre tout heureux et souriant dans son entourage et traverser ainsi la vie de la manière la plus utile, la plus aimable et la plus profitable à lui-même, aux siens et à son pays.

La voix de la nature éveille chez tout homme un invincible besoin de bonheur. Ce besoin est légitime, mais sa satisfaction conduirait bientôt à des excès, s'il n'était contrebalancé par notre nature morale, faisant contrepoids à notre nature passionnelle. C'est à la raison que nous devons de connaître le devoir, qui met un frein à nos passions, le devoir auquel on ne peut manquer sans remords et dont l'accomplissement nous donne des mérites devant nous-mêmes et surtout devant Dieu.

Le bonheur terrestre serait la satisfaction de tous les besoins de

riiomme résultant de l'emploi de toutes ses forces. Bien que nous ne puissions atteindre ici-bas à cette félicité si cherchée, à cette satisfaction de nos désirs qui est notre premier mobile et le but de tous nos actes, l'appétit qu'elle excite en nous est invincible.

Mais ce besoin de bonheur, si naturel, auquel nous possédons un droit indéniable s'il est tempéré par notre devoir, c'est-à-dire s'il ne porte aucun préjudice à autrui, est doublé d'un sentiment plus généreux, parce qu'il est désintéressé. Je veux parler de l'amour du bien.

Dès qu'il apparaît à notre intelligence, le bien nous séduit et nous attire avec une force croissante. Il ne nous incite à satisfaire les besoins de notre nature qu'autant que notre conscience les approuve, à ne pas nous opposer à ce que nos semblables cherchent les mêmes satisfactions que nous, enfin à sacrifier notre bien-être personnel si notre prochain doit en retirer des avantages et si nous devons concourir ainsi au bien universel. La servitude volontaire au bien nous ennoblit, parce qu'elle est le plus bel usage que nous puissions faire de notre liberté.

Nulle part nous ne rencontrerons un plus beau champ pour exercer ces vertus qu'en vivant à la campagne, où tant de circonstances nous portent naturellement aux bonnes actions.

En contemplant la nature, nous trouvons à chaque pas l'ordre, l'harmonie, les beautés qui élargissent nos facultés affectives et qui provoquent la vertu en détruisant l'égoïsme. Le champ de l'idéal s'élargit et remplit agréablement la vie, qui s'embellit encore du souvenir des autres scènes que les voyages nous ont révélées et que nous comparons à celles dont nos yeux sont quotidiennement frappés.

Le plaisir que nous procurent les arts est passager, la satisfaction que donne l'étude des Sciences est mêlée de sécheresse; au contraire, la contemplation de la nature apporte une impression aussi agréable que soudaine, en même temps que durable. C'est surtout à propos de cette émotion que les Anglais ont pu dire que la vue d'une belle chose donne une joie éternelle

C'est ainsi qu'en élargissant le domaine des joies pures, on augmente la somme de bonheur, dont la progression va des plaisirs des sens aux plaisirs de l'esprit et à l'amour du bien.

Chacun dans sa sphère peut goûter ce bonheur, depuis le négociant retiré à la campagne et y répandant parmi les paysans de saines notions sur le maniement des affaires, la gestion des finances, soignant les malades, •et répandant plutôt l'aumône de son cœur que celle de sa bourse, jusqu'au riche propriétaire réalisant de grands travaux agricoles ou industriels, améliorant les conditions économiques de tout un district et emportant la reconnaissance des populations rurales.

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