‹ L'art des jardinsChapitre 81 sur 341 · A Ihing of beaiily is a jo)/ for cvcr · texte numérisé non relu

A Ihing of beaiily is a jo)/ for cvcr

Sous le rapport du progrès agricole comme sous celui du bien-être des habitants, cet homme sera le sujet d'éloges mérités, soit qu'il ait entrepris le reboisement d'un pays de montagnes dénudées, l'irrigation d'une vallée desséchée, le drainage et l'assainissement d'une contrée tourbeuse, la construction de fermes ou de métairies perfectionnées.

La société en général en retirera de grands biens, et les habitants des campagnes principalement. La richesse des individus fait la richesse des nations, et c'est sur l'agriculture que repose le plus solide fondement de cette abondance. En employant dans un pays un plus grand nombre d'ouvriers d'une manière régulière et augmentant proportionnellement le nombre de ses habitants, on rend service à l'État par l'accroissement de la population et des produits du sol, car une position sédentaire provoque les mariages et augmente les familles. De plus, l'influence du bon goût est contagieuse. On a remarqué que, dans les pays déserts et misérables, couverts d'ajoncs e( de bruyères, comme la Sologne et les Landes, les paysans sont apathiques, sans passions, indifférents, sans affection pour la patrie comme soldats et comme citoyens. Sont-ils originaires de pays riches et bien cultivés, mais plats et uniformes comme la Beauce, on les trouve assez souvent grossiers, âpres au gain, cruels, jaloux des étrangers, accapareurs du sol, incapables de sentiments poétiques. Au contraire, on sait quel est le touchant attachement des montagnards pour les scènes accidentées de leur pays ; le patriotisme des Suisses et des Savoisiens est proverbial. Il en est ainsi sur la terre tout entière.

L'influence de la nature ne produit pas seule ce résultat, et l'exemple des belles choses créées par un propriétaire éclairé sera fécond en résultats heureux sur l'élévation intellectuelle et morale de son entourage.

Tout instigateur d'un progrès réel dans une contrée agricole est aimé et admiré, — tôt ou tard, — s'il a montré du désintéressement et un véritable amour du bien des autres. Non-seulement ses voisins l'estiment et le louent, mais leur jugement est bientôt ratifié par l'opinion publique. Nul changement politique n'altérera les bienfaits qu'il a légués à l'avenir, et sa réputation grandira, même et surtout après sa mort.

Ses efforts auront d'abord pour résultat d'accroître la valeur de sa propriété, soit par un produit immédiat quand ses travaux sont essentiellement agricoles et conduits avec économie, soit pour l'avenir, en donnant une plus grande valeur vénale à sa terre, si les circonstances le forçaient à l'aliéner. Une plus grande production sur une surface donnée, la valeur forestière que prendront un jour les plantations d'ornement, un fonds de propriété connu au loin, apprécié et envié, en seront les principaux effets. J'ajoute que la plupart des embellissements d'une résidence, en ce qui concerne plus spécialement l'art des jardins, sont productifs. Les gazons font des pran-ies fécondes; les plantations d'arbres bien choisis fournissent des bois précieux; les eaux d'ornement peuvent servir en même temps aux iiriga-

fions, à la pisciculture, à l'action des machines; les bâtiments accessoires à des services d'utilité.

Si les avantages matériels et sociaux de la vie à la campagne sont incontestables et s'ajoutent aux satisfactions toutes morales que j'ai indiquées, il convient d'y ajouter aussi les bienfaits qu'en retirera la famille. Toutes les fois qu'il sera possible d'élever les enfants à la campagne jusqu'à l'âge où ils doivent être initiés au combat de la vie publique, on en obtiendra les meilleurs effets. Non-seulement leur développement physique sera incomparablement supérieur h celui qu'ils pourraient atteindre dans les villes, mais en vivant au milieu de la nature, leur apprentissage pratique de la vie reposera sur des bases rationnelles que toutes les théories de l'école ne sauraient leur donner. Dans l'existence artificielle que nous font l'enseignement du collège et la vie urbaine, il manque une foide de connaissances primordiales que doit posséder tout homme au début du développement de sa raison sous peine d'être incomplet, quel que soit l'emploi f|ui lui soit réservé dans la société. Seule la vie aux champs peut lui donner ces notions vraies et nécessaires.

Les qualités morales s'ajouteront à la vigueur physique de l'enfant et à cette éclosion normale de la raison et de la 'notion des choses premières de la vie. L'exemple de ses parents sera toujours présent à ses yeux; toutes ses actions seront sous un contrôle permanent sans être inquisiteur; les coupables pensées lui viendront difficilement, les mauvaises actions seront aisément évitées, la dissimulation aura moins d'occasions de se faire jour, toutes les facultés seront mieux pondérées et prêtes à fournir un vigoureux et honnête effort au moment propice.

Enfin le sentiment patriotique, qui ne fait jamais défaut à tout cœur bien né, se développe mieux dans le calme de la nature qu'au milieu des villes. Il semble, — on l'a souvent constaté, — que la patrie soit plus chère quand elle est plus intime.

Ornez donc le lieu qui fut votre berceau ou celui de vos enfants. Pensez en même temps à votre propre bonheur, au bonheur de vos proches, de ceux qui vivent à votre ombre. Sachez aussi qu'orner sa résidence, c'est ajouter à la richesse et à la beauté de son pays, en contribuant à en embellir les paysages et à les faire admirer par les autres peuples. Loués et honorés par vos concitoyens, justement réputés au loin, bénis par vos enfants, vous aurez passé en faisant le bien et en méritant qu'on appli(}ue à votre mémoire ces belles paroles que je ne croyais guère trouver un jour gravées dans un pauvre village de l'Amérique espagnole : « Le juste meurt à son tour; mais il tombe comme la fleur, en laissant dans le sol le fruit qui lui survit M »

1. « El justo imiere lambien; perOj caijendo como las flores, deja en la lierra el friilo que le sobrevive ». (Ckspi';dès Fornario).

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