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FORME ET NATURE DU SOL

La forme du terrain peut se présenter sous plusieurs aspects; elle est plane, inclinée, convexe ou concave.

Si le terrain est horizontal, je ne conseille pas d'y essayer des travaux importants de terrassement qui ne le modifieraient jamais assez pour rendre vraisemblables ces accidents du sol, et ([ui pourraient au contraire y créer une œuvre de mauvais goût. Des cas exceptionnels, imposés par les circonstances, peuvent seuls rendre acceptable un emplacement absolument plat.

Je recommande en ce cas de placer l'habitation, s'il est possible, vers le milieu de la propriété, afin de pouvoir mieux dissimuler les limites; d'élever cette construction, pour la faire valoir et l'assainir, non sur un tertre important, mais simplement d'une hauteur égale à des soubassements ordinaires, deux mètres ou un peu plus. On l'accompagnera, sur deux faces, de perrons à grand développement, pourvus de vastes caisses de maçonnerie à remplir de plantes à fleurs. Je dirai ultérieurement mon opinion sur le style convenable à une habitation dans de telles conditions, en traitant de l'architecture au point de vue de son effet dans les parcs et dans les jardins.

Un terrain dont le niveau général ou moyen serait presque horizontal ou en faible pente, mais qui comporterait une série d'ondulations irrégulières s'harmonisant avec le caractère du paysage tout entier, permettrait à l'art d'aider la nature pour placer l'habitation. On pourrait choisir l'une de ces éminences les plus caractérisées, celle par exemple qui permettrait la série la plus complète d'embellissements vus de ce point. On en augmenterait sensiblement la hauteur ; ainsi l'œil plongerait des appartements dans les dépressions diverses du sol ondulé, où des eaux pourraient prendre place.

Les dimensions de l'habitation doivent toujours être appropriées à celles du tertre où elle sera placée. Si cette éminence est allongée suivant la pente d'une colline, la façade aura une assez grande longueur relative, et l'épaisseur du bâtiment sera diminuée. Si, au contraire, le sommet du tertre est réguher, assez étroit, et que le terrain descende également de tous les côtés, la silhouette se rapprochera de la forme carrée, avec quelques décrochements pour varier les ombres et égayer l'ensemble.

Si la façade était trop longue pour le tertre, l'espace environnant serait trop étroit ; l'habitation semblerait placée sur un maigre piédestal, l'approche en serait difficile, et les proportions seraient manquées.

La forme du plan de la maison est donc motivée par la forme du terrain.

Une allée d'arrivée, tracée en montant vers l'habitation, produira un effet excellent, surtout si les ondulations du sol sont variées en restant douces, et fournissent des' oppositions de lumière et d'ombre par la projection des plantations sur les pelouses.

La pente générale d'un emplacement de parc étant du nord au sud, sans aucune variation ni ressaut, il convient de l'interrompre pour y asseoir l'habitation principale et les communs. Après avoir calculé la hauteur à laquelle on se placera sur le coteau pour satisfaire à la fois aux exigences d'une route d'accès à pente douce, et choisi l'altitude suffisante pour embrasser la plus grande partie des vues sans être trop exposé aux vents, on dégagera, pour y planter la maison et ses dépendances, un terre-plein qui interrompra artificiellement la rampe de la colline et qu'il ne sera pas diffi-

cile d'arranger avec goût et d'une manière naturelle. Si la pente A D est douce, un terrassement dit de corupensudoii B C, en enlevant quelques mètres d'un côté et remblayant d'autant de l'autre, permettra de former les pentes gazonnccs A B, C D, sans choquer le regard ni faire craindre les éboulements (lig. 33).

Fig. 33. — Profil des pentes douces rectifiées.

Mais si le sol est fortement incliné El (fig. 3Zi), on pourra le couper à pic, à une certaine distance derrière la maison, et le soutenir par des roches artificielles F G, que l'on peut rendre vraisemblables. Ces profils sont presque toujours d'un heureux aspect, surtout si l'on soutient les remblais par une terrasse H du côté de la façade antérieure.

rig. 31. — Profil des pentes abruptes rectifiées.

Un sol convexe, ou dont la partie médiane offrirait une colline dominant tout le parc, indiquerait assez clairement le point-sommet pour l'emplacement de l'habitation. Mais il faudrait appuyer la construction par de forts groupes d'arbres s'il n'en existait pas déjà, rien n'étant plus disgracieux qu'une maison dressée, dans sa solitude et sa nudité, sur le sommet d'un tertre. Cette disposition du terrain serait d'ailleurs la plus favo-

rable au développement des vues sur les pelouses, si le sol se creusait en cuvette et se relevait après que l'œil en a parcouru l'étendue. Cependant je ne l'approuve guère; elle montre tout d'un seul coup d'œil et ne laisse rien à deviner. Ces sortes de jardins deviennent aisément fastidieux.

La surface concave est ordinairement détestable pour la position d'une maison. L'humidité s'accumule au point bas et pourrit les fondations en rendant l'habitation malsaine; les vues, allant de bas en haut, manquent de grâce; on étouffe dans un trou sans air. On peut subir ces conditions à son corps défendant, on ne doit jamais les faire naître.

La nature du terrain joue un très-grand rôle dans le choix d'un site. Nous verrons, dans un chapitre spécial, ce qui caractérise les diverses espèces de sol en rapport avec les plantations. A première vue, on sait à quelle formation il s'agit de s'attaquer. Si le sol est calcaire, il forme d'excellentes terres à blé ; pourvu qu'il ne soit pas trop maigre et ne repose pas sur ce tuf desséché, feuilleté, qui constitue les plateaux d'une grande partie du centre de la France. Les sols calcaires sont généralement jaunes, durs, séchant très-rapidement, collant au pied dès qu'ils sont mouillés, favorables d'ailleurs, quand leur sous-sol est fissuré, à la croissance des arbres et notamment des conifères.

Le sol argileux, de couleur jaune, rougeâtre ou noirâtre, quoique fertile, est souvent défavorable. Compacte et ne laissant pas écouler l'eau dans le sous-sol pendant l'hiver; dur comme la pierre pendant l'été, il est trèsdifficile à cultiver et doit être drainé avant tous autres travaux.

Le sol sihceux est léger et bmlant, l'été; sans consistance, l'hiver; sans pouvoir végétatif, mais facile à cultiver; agréable, parce qu'on y peut introduire des essences à croissance rapide, pins, bouleaux, etc. Il constitue de vastes propriétés sans grande valeur, dans la Sologne, les Landes, dans les plaines de diverses régions pauvres de la France.

Le sol arénacé, ou de grès décomposés, comme à Fontainebleau, peut donner de bons résultats, s'il est mêlé d'humus et si les plantations sont bien exécutées.

Un sol argilo -calcaire, mélangé d'humus et adouci par la chute des feuilles des forêts y accumulant leur terreau, est ce que le paysagiste et l'horticulteur peuvent désirer de plus favorable à leurs projets. Si le sol est un peu léger, on peut l'additionner de terre argileuse; sa porosité, ajoutée à l'emploi de l'engrais, en fait le meilleur instrument pour la végétation des plantes.

Si le sous-sol ne répond pas aux bonnes qualités du sol, c'en est fait de l'espérance de belles et durables plantations. Le gravier épais ou l'argile compacte sont de mauvais sous-sols. Les fonds de roches calcaires, à base fissurée, ou de sable, sont les meilleurs.

Je ne parle, on le comprend, que des sols envisagés au point de vue de la croissance des arbres; pour l'agriculture, le terrain léger et humeux

n'aurait pas assez de consistance. Les qualités spéciales à chaque espèce de terre ne peuvent être discutées ici, et seront examinées aux chapitres des terrassements et des plantations.

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