‹ L'art des jardinsChapitre 91 sur 341 · RESSOURCES FINANCIÈRES · texte numérisé non relu

RESSOURCES FINANCIÈRES

On pourrait s'étonner de voir relégué au dernier plan ce titre qui, aux yeux de bien des gens, devrait primer tous les autres.

Sans méconnaître que l'argent — le nerf de la guerre et aussi de la paix — est le premier moteur de tout grand travail matériel, et que, sans lui, les arts ne sauraient se manifester, je ne crois pas qu'il soit bon de le considérer comme devant nécessairement tout dominer.

Si le propriétaire, désireux de se constituer une résidence rurale, doit, avant toutes choses, en proportionner l'importance, l'étendue, la valeur, à sa situation de fortune, et, par conséquent, savoir si tel emplacement est accessible à ses moyens, il n'en est pas de même pour l'architecte-paysagiste, chargé de l'assister de ses conseils.

Celui-ci doit être et rester un artiste. Il doit arriver à ce point d'indépendance d'esprit qu'il juge toute situation à la lumière de l'art, après avoir satisfait à la question d'utilité en se conformant aux vues économiques de son client. Consulté sur le choix d'un site, soit vierge de tous travaux, soit déjà bâti et planté de main d'homme, l'opinion qu'il exprimera sera basée non sur la possibihté d'embellir à grands frais un lieu déterminé, mais sur le meilleur parti artistique à en tirer par les moyens les plus simples et les moins dispendieux'.

S'il peut disposer des avantages d'une grande fortune, aborder sans hésiter les grands travaux et appeler à son secours les ressources de l'industrie et du luxe appliquées aux jardins, sans doute il devra profiter de ces circonstances et faire appel à son imagination, sans s'arrêter aux difficultés d'exécution. Mais c'est à condition que le paysage naturel se prête déjà à ces embellissements, et que le résultat final soit digne des moyens employés. Un exemple : à dix lieues de Paris, sur une des routes de Normandie, un financier acheta, il y a quelques années, une propriété de médiocre étendue, couverte d'une pauvre végétation, bordée par le chemin de fer et présentant une de ces situations vulgaires que l'art le plus consommé ne saurait transformer en un parc vraiment beau. Quelques milliers de francs employés avec discernement lui eussent donné tout l'attrait qu'elle pouvait comporter. Mais ce n'était pas le compte du financier, qui voulait, avant tout, éblouir ses voisins par un luxe inusité. Il trouva un prétendu paysagiste, qui, en peu de temps, couvrit cette maigre pièce de terre de

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