‹ L'art des jardinsChapitre 10 sur 74 · FIG. II. — POMPF.I. — JARDIN DE LA MAISON' DE SALLUSTK · texte numérisé non relu

FIG. II. — POMPF.I. — JARDIN DE LA MAISON' DE SALLUSTK

marbre ou une statue et des sièges placés tout autour pour permettre au promeneur de se reposer un moment. » Ici est une balustrade, un vase, un bas-relief; là, des Priapes, des Hermès, tout un panthéon mythologique, où se coudoient les dieux de la Grèce et de Rome ; un silène et une nymphe, dans le jardin des Thermes, près la porte de Stables, à Pompéi, une colonnade dans la villa de Diomèd.e, un terme, un Jupiter ou Zeus, Héra ou Junon, Aphrodite, Vénus, Artémis, Diane dans tel autre.

Tout est ordonné avec un soin jaloux par l'architecte. U ne faut pas oublier, en effet, et on ne peut assez insister sur cette idée, que le jardin romain est œuvre d'architecte, que tout y est subordonné à l'architecture. L'architecte

dessine des allées, qui partent de la maison « sablées pour les promenades à pied, d'autres dont le sol est plus ferme, et qui conviennent mieux aux courses en litière, enfin, pour ceux qui veulent aller à cheval, un vaste hippodrome, formé d'une longue allée, droite et sombre, qu'ombragent des platanes et des lauriers ». 11 dresse partout des portiques, dans toutes les expositions, pour le soleil

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(D'après une peinture. i

OU pour Tombre, pour les spectacles de la nature à toutes les heures du jour, les exèdres favorables aux conversations, les grottes de rocailles, où les poètes Imaginatifs croient entendre la voix harmonieuse des nymphes accoutumées, les cubicula si chers à Pline le Jeune, qui allait y rêver ou y travailler, les serres enfin, que l'antiquité a connues sans conteste.

Pour avoir des roses précoces, comme celles de Campanie ou de Carthagène S on se borna d'abord à verser de l'eau chaude dans les vases qui contenaient des roses

' Jorel. La rose dans l'antiquilc cl un iiioycn àgc. p. 41

indigènes. Puis, Pompée importa un mode de Cilicie consistant, selon Columelle, à « couvrir de plaques transparentes les plants des jeunes concombres, afin de pouvoir les mettre sans danger au soleil par les jours sereins, mais froids ». M. Joret cite dans La Rose une épigramme de Martial, qui fait allusion à cette coutume : « L'habitant des bords du Nil, jaloux de vous faire sa cour, vous avait envoyé, César, des roses d'hiver, présent d'un genre tout nouveau. Mais on vit le nautonnier de Memphis rire des jardins de TÉgypte, quand il eut passé le seuil de votre ville : telle était la douceur des parfums du printemps et la beauté de Flore, tant on pouvait s'y croire dans la splendeur des bosquets de Poestum ! De quelque côté qu'il portât ses pas et ses regards, toutes les rues étaient éclatantes de roses tressées en couronnes. O Nil! puisque tes hivers sont forcés de céder aux hivers de Rome, envoie-nous tes moissons et accepte nos roses. »

Les jardiniers encadraient ces élégances architecturales ou sculptées dans les charmes de la flore. Gaston Boissier semble s'être un peu mépiùs à cet égard quand il dit à propos des jardins de Rome que " les anciens ne possédaient pas tous les moyens de les varier et de les embellir que nous possédons aujourd'hui. Plusieurs des arbres qui en font rornement leur manquaient ; leur flore surtout n'était pas aussi riche ; leurs jardins étaient donc moins susceptibles que les nôtres d'ornements naturels ; aussi y tenaient-ils beaucoup moins que nous ». Les listes de Pline et de Théophraste témoignent que les Romains étaient loin d'être mal partagés. En revenant d'Asie, où la civilisation était si avancée, où les villes du littoral : Lampsaque, Abydos, Pergame, Elée, Cymé, Smyrne, Clazo-

mène, Colophon, Ephèse, Milet, Cnide, Halicarnasse, rivalisaient de zèle pour présenter aux voyageurs de merveilleuses nouveautés, les généraux romains rapportaient avec soin tout ce qui pouvait à son tour décorer la Ville. C'est ainsi que les jardins d'Italie reçurent le pin parasol, si cher à Virgile, le laurier de Cilicie. le buis phrygien, le platane, et le cyprès de l'île de Chypre, puis l'if, l'acanthe, le genévrier, le laurier-rose, le cannellier de Judée et d'Arabie, l'ébénier et le baume de Syrie. La culture de la rose avait ses maniaques : Verres, Héliogabale, Gallien, Pline le Jeune, comme plus tard celle des tulipes de Haarlem, et des orchidées ou des chrysanthèmes de nos jours. On citait les roses de Phasélie, d'Alabanda de Carie, de Préneste, les roses hivernales de Carthagène et les parterres s'enorgueillissaient de leurs violettes, des lis, nés du lait d'Héra, des narcisses, anémones, glaïeuls, hyacinthes, etc., toutes fleurs très décoratives.

Tels étaient les agréments des jardins romains; quelque grands qu'ils fussent, ils ne devaient pas suffire à cet éternel curieux que fut Hadrien (i 17-138). On sait ses voyages, si nombreux qu'ils occupèrent quatorze ans sur un règne de vingt et un, à travers la Germanie, la Grèce, la Gaule, l'Espagne, l'Afrique, l'Asie, en Egypte. Quand il revint à Rome, il voulut se construire comme un a album de ses voyages » et il créa de toutes pièces, cette extraordinaire villa de Tivoli où l'on voyait des représentations du Poecile, du Lycée, de l'Académie, de Canope, de la vallée de Tempe. M. Gaston Boissier a eu la bonne fortune de retrouver les traces de celle-ci, et il nous en a laissé une pittoresque description : « Assurément il n'y avait là ni l'Olympe, ni le Pélion, ni l'Ossa, ni ces rochers taillés à

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pic, dont parle Tite-Live, du haut desquels les yeux et rame sont remplis d'une sorte de vertige, ni ces bois séculaires que le regard des hommes ne peut atteindre, et qui donnent à la véritable vallée de Tempe un mélange de grandeur et de grâce qu'admirent tous les voyageurs. La grandeur est fort diminuée, mais la grâce est restée. La petite plaine de sa nature n'était pas sans charme; on 3^ multiplia les ombrages ; on en fit un lieu de promenades agréables, et, comme les allées y étaient fraîches et touffues, qu'on avait grand plaisir à s'y reposer auprès de l'eau sous les grands arbres, et qu'on se rappelait alors les moments heureux qu'on avait passés à parcourir la belle vallée de Thessalie, on se hasarda à lui en donner le nom. Du côté de la ville, en face de la plaine, s'étendaient de grandes terrasses qui se reconnaissent encore, avec des portiques et des bassins de marbre, un vaste exèdre, soutenu par des colonnes et adossé à la Pia\^o d'Oro, dominait toute la vallée ; on descendait de là jusqu'aux parterres par des rampes en pente douce. 11 ne reste de tout cela que des ruines, mais le site encore aujourd'hui est charmant. De vigoureux oliviers ont poussé dans les ointures des pierres. Quand on s'assied, après-midi, sous un de ces grands arbres au tronc noueux, dont les branches affectent des formes bizarres, on a toute une nappe de verdure à ses pieds, en face de soi les clochers élégants de Tivoli et les grands villas modernes avec leurs treilles qui reposent sur des piliers en pierre blanche et ressemblent à des portiques. »

Ce sont là fantaisies impériales, moins belles que coûteuses, et dont l'exemple est unique dans l'histoire. Les jardins des villas romaines, plus modestes, dans un cadre

plus intime, avec leurs parterres, leurs bassins, les belles allées dessinées à profusion, le peuple blanc de colonnes et de statues, la masse imposante des arbres, les formes étranges des ifs, des charmilles, des myrthes, et qui devaient produire, par les soirs d'été, au crépuscule, un effet saisissant, les terrasses, où ces conquérants du monde aimaient à reposer leurs rêves de grandeur, cet ensemble, un peu froid, mais dont la solennité, la gravité même, sont si caractéristiques du peuple romain et tellement adéquates à son tempérament, tout cet ensemble raisonné constituait une belle œuvre.

Il y avait un endroit d'Italie où les patriciens s'étaient ingéniés à accrocher aux flancs des collines les murs de leurs villas : c'était le golfe de Naples, avec ses villages riants, Capri, Stables, Pouzzoles, Pompéi, Herculanum, qui recourbaient sous le clair soleil la ligne blanche de leurs terrasses. Dans une de ses nouvelles, Un procurateur de Judée, Anatole France * a rendu d'exquise façon l'impression enchanteresse que ce. coin de terre merveilleux devait produire dans l'âme des voyageurs : « Aelius Lamia s'assit au bord d'un sentier, sous un térébinthe, et laissa errer sa vue sur le beau paysage. A sa gauche s'étendaient livides et nus les champs Phlégréens jusqu'aux ruines de Cumes. A sa droite, le cap Misène enfonçait son éperon aigu dans la mer Tyrrhénienne. Sous ses pieds, vers l'occident, la riche Baïes, suivant la courbe gracieuse du rivage, étalait ses jardins, ses villas peuplées de statues, ses portiques, ses terrasses de marbre, au bord de la mer bleue où se jouaient les Dauphins. Devant

'Anatole France. L'étui df nacre, p. 5. ■

lui, de l'autre côté du golfe, sur la côte de Campanie, dorée par le soleil déjà bas, brillaient les temples, que couronnaient au loin les lauriers du Pausilippe, et dans les profondeurs de l'horizon riait le Vésuve. »

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