‹ L'art des jardinsChapitre 12 sur 74 · FRANCE. — I T A 1. 1 F . — A 1. 1. 1- M A G N K · texte numérisé non relu

FRANCE. — I T A 1. 1 F . — A 1. 1. 1- M A G N K

désirée ; Alphonse II, roi d'Aragon ne se tient plus de joie depuis que : « par les vergers et les prés, par les feuilles et les fleurs, » au printemps, il a entendu babiller les chanteurs. Bertrand de Born, Bernard de Ventadour riment des aubades où le mot de verger revient à chaque instant ; Arnaut de Carcassonne a entendu un perroquet chanter « dans un verger enclos de mur, à l'ombre d'un laurier feuillu » ; c'est ce perroquet qui introduit Antiphanor, le fils du roi; dans un autre jardin, où il se va coucher « en un lit, tout près d'un laurier ». Dans les joies du gai savoir, Martin de Mons, qui gagna l'églantine en 1436, prend exemple d'un « riche verger, de grande excellence, plein d'arbres fruitiers, avec des fruits de grande saveur,... avec une fontaine... », pour échafauder tout un système politique, assez inattendu après de telles prémisses. Et il ne serait pas difficile de relever maintes descriptions de jardins dans les romans célèbres de Girard de Roussillon, de Jaufre et de Flamenca.

Doués de semblable imagination, les conteurs italiens se plaisaient à encadrer les aventures de leurs héros dans les feuillages des bosquets ; et c'est ainsi que Boccacc, dans la troisième journée du Décaméron, retrace avec complaisance les beautés de la campagne florentine, où sa société de jeunes gens s'était réfugiée : « Après le déjeuner ils entrèrent dans un espèce de parc muré de tous côtés; ils furent tout émerveillés de sa magnificence. L'endroit le plus agréable de ce parc était un grand tapis de verdure émaillé de mille sortes de fleurs ; au milieu de cette espèce de prairie se voyait une fontaine de marbre blanc, décorée de figures d'un travail merveilleux : de la bouche d'une de ces principales figures sortait une eau

abondante, qui, avant de se jeter dans un grand bassin, formait des nappes dont les chutes faisaient un bruit flatteur. Après avoir visité tout le parc, ils allèrent se reposer sur le tapis vert, et firent dresser plusieurs tables autour de la fontaine ; au sortir de table, ils firent de la musique, et s'assirent pour conter des nouvelles. »

Les trouvères n'avaient pas un moindre goût pour les jardins que les écrivains méridionaux. Dans son monumental ouvrage sur La Chevalerie, Léon Gautier, ancien professeur à l'Ecole des Chartes, a trouvé dans les chansons de Gestes un grand nombre de passages où il en est parlé: ainsi dans Aiiberi •

Detors la vile ot planté un vergier...

Li rois Ourit y vait por refroidier.

C'est là que Charlemagne reçoit les ambassadeurs de Marsile :

Le roi Charles est en un grand verger ;

Avec lui sont Roland et Olivier...

Ils sont assis sur des tapis blancs,

Et, pour se divertir, jouent aux tables;

Les plus sages, les plus vieux jouent aux échecs,

Et les bacheliers à l'escrime...

Sous un pin, près d'un églantier,

Est un fauteuil d'or massif :

C'est là qu'est assis le roi qui tient douce France...

Sous les pins rames, près de la fontaine, les héros des Gestes, Guillaume, de la Prise d'Orange, la « gentis dame " de Macaire aimaient à bercer leurs rêves de gloire ou d'amour en entendant les jongleurs vieller devant eux

Vieille chanson de grant antiquité.

FRAXCE. — ITALIK. — AI.LKMAGXE (»1

Ces jardins étaient en dehors des murailles, et on s'y rendait par une fausse poterne, par où avaient coutume de sortir les « suaves » pucelles,

Quant vient el mois de mai por colir la florete.

Plusieurs passages, entre autres dans Elie de Saint-Gilles, témoignent que ces hommes rudes avaient pris plaisir à regarder les jardins d'Orient :

La trovent un vergier qui fu tous ais d'olive,

Et de moût riches arbres qui sont de mainte guisse,

Et H vergiers fu jouenes et H ante florie.

Sos sarmasane avoit un vergié ondoiant

De ciprès, de loriers; moult sont soef flairant.

Li oisel i font joie et demainent lor chant.

Sous ciel n'avoit cière ente qui n'y tust voirement.

Les documents d'archives viennent à l'appui des documents littéraires et les complètent. Dans ses Études sur la condition de la classe agricole et l'état de V agriculture en Normandie au moyen âge, M. Léopold Delisle a eu l'occasion de décrire les jardins de l'archevêque de Rouen, au mont Sainte-Catherine ; la partie principale était un préau ou vaste pelouse, que l'on renouvelait souvent au moyen de mottes de gazon ou de tourbes ; des sièges de repos étaient disposés auprès de ces pelouses ; plusieurs allées de promenades, accompagnées de buis, partageaient le jardin en tous sens. Dans la plupart des jardins d'agrément, il y avait un canal pour l'arrosage, une pièce d'eau, avec des poissons, des cygnes et des canards ; enfin, une volière spéciale abritait des paons , l'oiseau favori du

moyen âge. Le jardin de l'archevêque de Rouen à Gaillon était dessiné sur ce modèle.

Celui de Charles V, à l'Hôtel Saint-Pol, est mentionné fort souvent dans les actes contemporains. Il avait, paraitil, une superficie de dix hectares, vingt arpents. Il devait être, comme les autres jardins décrits par Sauvai, « environné de haies couvertes de treilles enlacées et couchées en manière de losange, qui sont les tonnelles ; et ces tonnelles tenaient par les deux bouts à des pavillons faits de même qu'elles; et non seulement à chaque coin des jardins et des préaux il y avoit des pavillons, mais encore au milieu et même d'autres tonnelles qui les traversaient et les divisaient en compartiments ». Il y avait là un dedalus ou labyrinthe ; les pieux architectes en gravaient sur la pierre des cathédrales, devant le chœur, pour que les fidèles (selon la remarque ingénieuse de Lassus et Darcel, dans leur édition de V Album de Villard de Honnecoiirt), en suivant leurs méandres, comme un chemin de croix de nos jours, pussent accomplir eux aussi un pèlerinage, tandis que leurs compatriotes guerroyaient en Terre-Sainte. Le labyrinthe des jardins procède-t-il, au moyen âge, du même sentiment? Philippart Persant, jardinier de Saint-Pol, qui touchait 60 écus par an, ensemençait les parterres de pourpier, romarins, courges, choux, violiers, marjolaines, giroflées, sauges, fraisiers et lavandes. Charles VI y fit planter à son tour 300 rosiers blancs et rouges. 300 oignons de lis, 300 de flambes (iris), et 8 lauriers, ainsi que des poiriers, pommiers et cerisiers. En 1431, le duc de Bedford, pendant l'occupation anglaise, bouleversa ces jardins, les fit labourer à la charrue, et les planta d'arbres fruitiers et d'ormes .. achetés très cher, et amenés " par eau, au port l'Ecole, avec

la racine... » D"où il appert qu'il y avait sans doute, à côté du jardin de luxe, un fruitier que les gens du moyen âge appelaient aussi : ponianum , virgultatum, et où ils aimaient à se livrer à une fantaisie singulière, qui consistait à greffer les essences les plus dissemblables, comme la vigne sur le cerisier, le néflier sur le cognassier, etc.

Le bon roi René d'Anjou, qui vécut de 1409 à 1480, aimait aussi à reposer sa bonhomie dans de beaux et confortables jardins ; il en avait de fort célèbres à Angers, Beaugé, aux Ponts-de-Cé et surtout à Aix. M. Lecoy de La Marche, qui a consacré un gros livre à notre personnage, dit « qu'on y voyait de petits préaux de gazons, des allées soigneusement ratissées, et des roues, c'est-à-dire des corbeilles ou parterres ronds, bordés de clisses de bois ». Un dossier des Archives nationales contient un mémoire de Desbans, concierge du château, où l'on remarque les articles suivants : <■ X sols pour mote et ouvriers à faire le petit préau du grand jardin — Item 11 sols six deniers pour achat d'une clisse de bois pour habiller la roe du grant jardin — Item. pour six hommes jardrineurs, qui ont esté au dit grant jardin ung jour entier pour couvrir ladite roe de mote. pour lier la vigne et que faloit à lier, nectier les allées du grant et petit jardin, pour paye et despens,- xx sols. »

Ces jardins devinrent vite légendaires, moins toutefois que le Rosengarten de Worms, dont M. Joret donne la description suivante, d'après les minnesingers de la fin du xiiie siècle : « Planté dans une île du Rhin par la fille du roi Kibich, la belle Kriemhild, il avait une lieue de long sur une demi-lieue de large ; un tilleul s'élevait au milieu sous lequel cinq cents nobles dames pouvaient trouver un abri ; des roses éclatantes le remplissaient. Il n'avait pour

le protéger qu'un til symbolique de soie ; mais douze héros en défendaient l'entrée ; quiconque triomphait de l'un d'eux recevait, en récompense de sa vaillance, un

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