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ALLEMAGNE

II existe au même département des manuscrits de la Bibliothèque nationale un recueil bien curieux : Tacuinum sanitatis in medicina, qu'a étudié M. Léopold Delisle dans le Journal des savants '. Ce livre aurait été composé à la fin

riG. 16. TRlZILLli.

(D'après une miniature du ni.inuscrit du Décamerom I P.ibliothèque de l'Arsenali.

du xiv siècle pour la famille véronaise des Cerruti, et serait un manuel d'hygiène, étudiant les produits du règne végétal et animal, et indiquant les propriétés des plantes contre les maladies. Il fournit d'intéressants renseignements sur les vergers; au folio 26 (Sparagus), on peut voir un enclos circulaire, fermé par des claies; ailleurs, des jeunes femmes, assises dans un jardin, et donnant du grain à trois

* Journal da Savants, septembre i8q6.

paons dont un fait la roue; voici une damoiselle respirant le parfum d'un buisson de roses, auprès de son fiancé en costume de chasse; et c'est, dans l'autumpnus, des vendangeurs sous une treille fleurie, cueillant et foulant le raisin. Dans tous ces jardins, les clôtures sont faites de haies à échalas ou de branchettes d'arbres tressées et enroulées autour des montants. Le patron de ces jardiniers est saint Fiacre, dont une miniature de l'Arsenal donne une excellente image : le pieux personnage est debout dans un paysage charmant, non loin de sa cellule, cachée sous les arbres; i,l est vêtu d'une robe blanche, porte à la ceinture une petite scie pour émonder les arbustes, un sac contenant de la graine, et il s'appuie sur une bêche à poignée triangulaire, dont les deux fers sont emboîtés l'un dans l'autre.

Un manuscrit de Boccace*, De casu nobilium virorum, à côté de scènes rustiques, grimpant dans l'encadrement des folios, contient plusieurs figurations de ces belles fontaines gothiques, dont l'ornementation suivait les phases du style, et pour lesquelles le moyen âge manifesta un goût si vif; l'une est à bassin circulaire, couronnée de cloches et de clochetons, et les canaux qu'elle remplit divisent le jardin en parterres égaux. Dans un autre manuscrit de cet ouvrage, aujourd'hui à l'Arsenal, se trouve une fontaine de dessin plus simple, avec un couronnement conique, et répandant l'eau par trois figures grotesques. On peut voir, de la même époque, une belle fontaine, comme il y en avait dans les jardins de luxe, figurée au tableau mystique de l'église Saint-Bavon, Vadoration des

* Bibliothèque nationale. Fr. 6878.

mages, par Hubert et Jan Van Eyck, et une autre enfin, un peu postérieure, dans la Sainte Catherine de Vittore Pisanello, du musée civique de Vérone.

Pour la clôture des jardins, en outre de celles plus haut mentionnées, il y a loisir de s'en faire une idée à voir la curieuse barrière d echalas reliés entre eux, qui s'étend derrière les peupliers, dans cette fresque du couvent de San Marco à Florence, où Fra Angelico de Fiesole a représenté la scène du noli me tangere. La haie est faite de ramures larges, tressées en huit autour des pieux, dans la Vierge et VEnjant Jésus de Martin Schongauer, et de palissades à losanges, envahis de plantes grimpantes, dans une miniature de la Bibliothèque nationale, attribuée à Jean Fouquet, et représentant sainte Anne dans un jardin. Quant aux treilles, le choix est grand; voici celle par carrés et losanges, près de laquelle est assis Boccace, au paradis terrestre, devant Adam et Eve (Bibl. nat. Fr. 6878) ; les tonnelles enguirlandées, sous lesquelles des saints, au tableau de Boccati da Camerino, exposé à la Pinacothèque de Pérouse, adorent, parmi les arbres et les fleurs, la Vierge et l'enfant Jésus; et, pour finir par l'illustrateur des Heures d'Etienne Chevallier, la treille droite qu'il a plaquée contre les murs du château, dans cette cour-jardin, ombragée de petits ormeaux au fût émondé, où il a interprété de façon si pittoresque la mise au tombeau.

Mais il convient d'accorder une attention spéciale à quatre figurations de jardin, d'un mérite hors de pair. C'est d'abord un tableau du musée de Bruxelles, intitulé : La sentence comnnse par l'empereur Othon, et qui est de Thierry Bouts, ou Stuerbouts, dit Thierry de Haarlem, mort en 1475. Au bas du donjon se trouve un enclos, fermé de hautes balus-

tradcs, le long desquelles courent des plates-bandes de fleurs. Le jardin est composé de cinq parterres, disposés

]"IG. 17. — JARDIX DE'CnATIIAU.

(D'après La senlence dcl'cmpcrcur Ollwi, par Stuerboutsi iMusée Je Bruxelles'.

en damier, et plantés d"q,rbustes ; on y descend par trois marches (fig. 17).

Ce sont ensuite deux pag-es de ce Bréviaire Grimani,

auquel le maître de Bruges, Hans Memling, a peut-être

lie. iS.

L'Hortiis concliisiis du hri'iViaihi cRorANi-

collaboré. On ^ oit dans l'une sainte Fiarbe, lisant les Ecritures, en un jardin de château; autour d'elle, est un mur

de briques à trois pans, formant trois côtés d'un carré; l'assise du dessus est gazonnée; et dans l'autre, un hortus conclusus (fig. i8). C'est enfin une miniature exquise d'un manuscrit de l'Arsenal *, qui représente Maugis et la belle Oriande (fig. 19) : « Oriande et Maugis se trouvèrent en

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