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CHAPITRE PREiMIER

ITALIE

Il semble que, pendant de longs siècles, les Italiens ont fermé les yeux, devant les chefs-d'œuvre de l'antiquité, qui se dressaient sur les places, dans leurs demeures, parmi le fouillis de leurs collections- L'historien doit attendre jusqu'à la fin du xui'^ siècle pour reconnaître une première Renaissance, au moment où Dante, Pétrarque et Boccace recherchent les vieux manuscrits, s'intéressent à la vie païenne, et inclinent les intelligences vers ces lointaines civilisations. Au xv'- siècle, la gravure en taille douce inventée par Maso Finiguerra, le's impressions d'Aide Manuce à Venise, les écrits d'Erasme, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Ange Politien, de Jean Lascaris, le discours sur Tite-Live de Machiavel, les œuvres de Guichardin, Bembo, l'Arioste et du Tasse font apprécier le charme des lettres anciennes. Brunelleschi restaure l'architecture romaine ; Donatello, Bramante, Benvenuto Cellini s'inspirent de l'art grec et romain ; et les maîtres peintres donnent à leurs personnages le contour, comme le sourire des divinités mythologiques. Une atmosphère d'antiquité, pénètre dans les ateliers, parmi les bibliothèques et les musées. L'àme même est devenue antique, et la vie. Sous l'influence de tels professeurs, les papes, les grands

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seigneurs du temps, i\lédicis, Doria, Gonzague, Ester Colonna. tant d'autres encore s'efforcèrent de ressuscite, les vieilles mœurs, de s"entourer du cadre qui seyait si bien à la pompe romaine. Ils en vinrent ainsi à se construire de superbes demeures, au milieu de jardins à l'antique, tracés selon le mode impérial. Le jardin des villas italiennes de la Renaissance est en effet le jardin romain, mais adapté, avec intelligence et art, aux conditions nouvelles de l'existence. Il répondait à toutes les aspirations contemporaines.

D'abord il permettait de contenter pleinement ce goût de vie champêtre, que notait déjà Leone Battista Alberti, dans son irattato del governo delLi famiglia, et que Burckhard, avec son ordinaire sagacité, en son ouvrage La civilisation en Italie au temps de la Renaissance, signale comme un des principaux sentiments de cette époque : <' L'amour du grand air était si vif qu'on aimait mieux s'exposer aux hasards de la guerre en vivant en pleine campagne que de rester en sûreté derrière les murs d'une cité. C'est ainsi que le citadin aisé en vint à construire sa villa. C"est encore un souvenir précieux de la Rome antique qui revit, dès que la prospérité matérielle et la culture de lesprit eut fait des progrès suffisants dans le peuple*. »

Ensuite le cadre, antique convenait à ces âmes amoureuses d'antiquité. Le meilleur exemple de cette passion est le Songe de Poliphile, ou Hypnerotomachia Poliphili, écrit par le dominicain Francesco Colonna en 14675 imprimé à N'enise. chez Aide .Manuce, en K}Qq, et illustré de gravures

' Tonit: II. p. 152 .

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sur bois, aux frais de Leonardo Grasso, de \'érone, que Ton a attribuées tour à tour à Benedetto Montagna, à

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