‹ L'art des jardinsChapitre 18 sur 74 · IIG. 24. — UN' COIN DU JARDIN DE CAPRAROLA · texte numérisé non relu

IIG. 24. — UN' COIN DU JARDIN DE CAPRAROLA

Sandro Botticelli, voire même à Raphaël. Le personnage principal est l'amant, qui voit en songe sa maîtresse Polia,

et qui. pour la reconquérir, fait un long voyage à l'ile de

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Cythère, au cours duquel il décrit avec ravissement les mœurs et usages antiques. Les jardins du sanctuaire d'Aphrodite sont construits sur le type des jardins impériaux; on y retrouve, au même degré, le souci d'orner de marbre les parcs, d'y faire courir les eaux en abondance, et de traiter les branches et feuillages comme faisaient autrefois les topiarii. Dans le sommeil de tous les Italiens, au xYi*^ siècle, a passé le rêve de Poliphile.

Au cours de son Voj'-age en Italie, Taine a eu l'occasion de visiter en détail la villa Albani, plus récente, mais bâtie dans des conditions semblables à celles des villas, qui nous occup£nt. Elle « fait justement un paysage comme ceux de Pérelle, et correspond à un état d'esprit dont un homme moderne, surtout un homme du Nord, n'a aucune idée. Les gens d'aujourd'hui sont plus délicats, moins capables de goûter la peinture, plus capables de goûter la musique ; ceux-ci avaient encore des nerfs rudes, et des sens tournés vers le dehors ; ils ne sentaient pas l'âme des objets extérieurs, ils n'en goûtaient que la forme. Les paysages savamment choisis et disposés leur •donnaient la même sensation qu'un appartement haut et ample, solidement bâti et bien décoré : cela leur suffisait, ils n'avaient point de conversation avec un arbre' ».

Les personnages qui ornaient leur vie d'un tel cadre étaient de grands seigneurs, hommes de cour, ou ayant leurs courtisans : « C'est Tart et l'arrangement que pardessus tout ils aiment, aucune liberté n'est laissée à la nature, tout est factice. L'eau ne s'élance qu'en jets et en panaches, elle n'a pour lit que des vasques et des urnes.

' Taine. Voyage en Italie, p. 5 54 et suiv.

Les pelouses sont enfermées dans d'énormes haies de buis plus hautes qu'un homme, épaisses comme des murailles, et formant des triangles géométriques dont toutes les pointes aboutissent à un centre. Sur le devant, s'étend une palissade serrée et alignée de petits cyprès. On monte d'un jardin à l'autre par de larges escaliers de pierre, semblables à ceux de Versailles. Les plates-bandes de fleurs sont enfermées dans de petits cadres de buis ; elles forment des dessins et ressemblent à des tapis bien bordés, régulièrement bariolés de couleurs nuancées. »

C'étaient aussi des antiquaires. « Outre deux galeries et un portique circulaire plein de statues antiques, il y a ici des morceaux de sculpture de toutes sortes répandus dans tout le jardin, cariatides, torses, bustes colossaux, dieux, colonnes surmontées de bustes, urnes, lions, grands vases, socles, débris innombrables, souvent brisés ou mutilés. " C'étaient enfin des Italiens, hommes du Midi. " Le climat convie à cette architecture ; beaucoup de constructions, imitées chez nous pendant nos siècles classiques et absurdes sous notre ciel, sont raisonnables ici, et partant belles... Le jardin et les bâtiments sont excellents pour tenir une cour à ciel ouvert. " Stendhal, dans ses Promenades de Rome, montre aussi qu'il a fort bien compris ce caractère : « Les grands seigneurs, qui firent construire ces belles maisons, ont obtenu la plus belle union des beautés de l'architecture et de celle des arbres. »

Burckhardt, dont le Cicérone offre si grande utilité non seulement aux touristes, mais aussi aux érudits, s'excuse en un certain passage de n'avoir pas étudié la question des jardins d'une façon aussi précise que la peinture et la sculpture, et de ne pouvoir présenter là-

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dessus que des idées peut-être imparfaites. C'est modestie de savant, car il a fort bien discerné les qualités de cette architecture : « L'ensemble a un but précisément opposé au but du jardin dit anglais. Il ne s'agit pas d'imiter artificiellement la nature avec ses hasards; il s'agit de mettre la nature au service des lois de l'art. Quand on rencontre des labyrinthes, des solitudes, des chinoiseries, des huttes de paille, des ruines, des chapelles gothiques, etc.. c'est que l'imitation moderne de l'étranger est intervenue. L'Italien ne comprend ni ne partage (a sentimentalité élégiaque de la nature, dont toutes ces irrégularités sont ou doivent être l'expression. »

Et voici l'essentiel des jardins italiens : « C'est avant tout la distribution panoramique et symétrique, en espaces ayant chacun son caractère déterminé. Le jardin de parade d'abord, avec son cadre de terrasses à balustrade et d'escaliers à rampes, est susceptible du plus riche développement architectonique, à l'aide des terminaisons en hémicycle [teatro] (fig. 35). des gradins, des grottes et des fontaines: d'ordinaire, il reste en liaison étroite avec les bâtiments de la villa. Les parties basses et les vallons sont traités avec style à l'aide de terrasses ; l'eau y suit un cours droit, élargie en bassins, ou ramassée en cascade, dont la chute, parfois pauvre, est motivée par le décor architectonique et mythologique, qui la sauve du ridicule, où serait exposée dans une telle indigence la chute d'eau naturelle d"un jardin anglais. Ou bien c'est un abaissement du sol qui est disposé en forme de cirque (et employé pour tel). Ou bien c'est toute une allée, toute une région réservée à une végétation distincte, non pas cependant au point de pouvoir être confondue avec la campagne

proprement dite ; les pins de la villa Pamfili ne seront jamais pris, par exemple, pour une forêt de pins sauvages. Les allées (toutes rectilignes), et dirigées toutes vers quelque point de vue intéressant, vers des fontaines ou des sculptures, ont ou une simple bordure ou une voûte d'arbres toujours verts : dans le premier cas, ce sont des haies épaisses de cyprès et de lauriers ; dans le second cas, ce sont surtout des chênes. Cette bordure en même temps dissimule les parties de jardin abandonnées à l'économie domestique^ » (fig. 25, 2;, 33, 43).

En résumé, le jardin italien de la Renaissance est inspiré des jardins de la Rome impériale; ils forment, eux et la villa, un cadre à souhait pour leurs propriétaires : grands seigneurs, hommes de cour, antiquaires et italiens. La distribution en est panoramique et symétrique au moyen de terrasses et d'escaliers nombreux ; elle est adéquate à la nature spéciale du site choisi ; les lignes architectoniques commandent les lignes générales des parterres et des bosquets, ainsi que le jeu des eaux ; la ligne droite est de règle : des statues et des marbres, savamment disposés, en rompent Tuniformité, sans la détruire. Les allées conduisent aux points de vue intéressants. Ici, l'art est ajouté à la nature, et non pas la nature à l'art, comme à \'ersailles, par exemple.

Malgré son exagération évidente, une comparaison, que Burckhardt institue entre les deux systèmes est très suggestive : " Les conceptions ici sont tout à fait en grand ; il n'y a pas à nier cependant que, sans le concours de ce qui échappe au calcul, le lointain des montagnes, la vue

' Burckhardt. Ciccrciie, p. 299 et suiv

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de la campagne ou de la ville, la mer même et ses rivages, l'impression serait peut-être lourde et 'pesante. Telle est (à mon avis, du moins), l'impression que produit le jardin de

l^G. 26. L'ANNONCIATION.

(D'après Lorenzo di Credi.)

Versailles, dont les dernières perspectives se perdent dans la plus insignifiante des contrées. La plaine la plus plate, pourvu qu'elle soit dominée par des lignes de montagnes, peut se prêter au jardin à l'italienne, tandis qu'à Versailles les terrasses les plus expressives ne suppléent pas au manque de vue. Le contraste entre la nature libre et l'architecture, qui, de l'extérieur, domine le jardin italien, pourrait bien être une des conditions fondamentales du genre. »

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C'est dans l'reuvre de Lorenzo di Credi que l'on peut trouver les premières images de ce plan grandiose ; cet artiste, né en 145Q, mourut en 153;. contemporain d'Andréa Verocchio, d'Antonio Pollaiuolo, et de Piero délia Franccsca. Son Annonciation des Offices montre, par les baies d'un portique ouvertes sur des perspectives lointaines, un immense parc-jardin, aux allées droites bordées de buissons, des parterres de gazons, un bassin près d'un oratoire, et des masses d'arbres imposantes. Et ce sont aussi de magnifiques jardins qui se voient dans la Vierge et saint Jean, de la même collection, et dans la Vierge adorant l'enfant Jésus, qui est exposée au musée royal de Berlin. Ce décor était cher à Lorenzo. et. au fini dont il le savait rendre, on devine tout le plaisir qu'il y prenait (fig. 26\

Suivant Burckhardt, qui établit la classification suivante des villas italiennes. Bramante est le premier qui ait adopté cette architecture ; son projet primitif pour la grande cour du Vatican comportait un double escalier avec grottes, et des jardins qui s'étendaient par derrière : « plan à lignes architectoniques, en harmonie avec les bâtiments ; un jardin de luxe en contre-bas, et abrité contre le vent avec des parterres de fieurs dessines en figures et des fontaines; le tout entouré et dominé par des terrasses, expressions stylisées de la pente, avec végétation d'arbres toujours verts, surtout des chênes (fig. 27. 'i

La villa d'Esté, à Tivoli, a été bâtie, en 154g. par Hippolyte d'Esté, cardinal de Ferrare. Il en existe une gravure de 1573 par Etienne Dupérac, parisien, dédiée à Catherine de Alédicis, et qui donne sur ce sujet les plus complets renseignements (fig. 28). Le? terrasses de la villa s'éche-

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riG. 2S. — nvoLi. — VUE df, la iontainh. (D'après Pérelle.)

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lonnent sur une pente escarpée, où rebondit le Teverone. Il y avait de longs berceaux à portiques, de petites tonnelles, et des fontaines nombreuses dédiées aux divinités

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