‹ L'art des jardinsChapitre 29 sur 74 · WATTEAU. LE JOUEUR DE FLUTE · texte numérisé non relu

WATTEAU. LE JOUEUR DE FLUTE

il fut condisciple de Mignard, de Lebrun et de Lesueur. Ce n'était sans doute pas sa vocation, puisqu'il préféra recueillir la succession de la charge paternelle, (')n le voit ensuite voyager en Italie, où il traça les jardins des villas Pamphili et Ludovisi, bien reçu et fêté par le pape et les grands seigneurs romains. Anobli, décoré de la croix de Saint-Michel, il avait la faveur du roi et de la cour, où l'on aimait sa bonhomie, ses réparties sans gêne, et ses manières de bon courtisan. 11 mourut en 1700, à l'âge

de quatre-vingt-sept ans, choyé jusqu'à sa dernière heure.

Son œuvre est considérable: on lui doit les parterres du château de \'aux pour le compte du surintendant des finances Fouquet; de Sceaux, pour Colbert; de Chantilly pour le grand Condé, les cascades et le parc de Saint- Cloud. C'est lui qui eut la gloire de tracer le parc immense de \'ersai]les, son chef-d'œuvre, et les jardins du grand Trianon, de Clagny pour .M""' de Montespan, de Marly pour le roi, désireux d'échapper quelques instants à la servitude de Versailles, d'autres encore pour le compte d'Anglais, d'Allemands illustres, comme l'Électeur de Brandebourg, qui lui demandaient ses avis, et le consultaient sans cesse sur les plans que les architectes de leur pays leur soumettaient.

Après Le Nôtre, il convient de citer un jardinier, qui ne fut pas seulement comme lui un architecte, mais aussi un horticulteur. La Quintinie (fig. 64), né à Chabanais. en 1626, avait été destiné par ses parents à la carrière d'avocat. Précepteur d'un fils de M. deTamboureau, il accompagna son élève en Italie, où il eut le loisir d'étudier les jardins célèbres de la Renaissance, et fut, pour ses goûts qu'il ne se gênait pas de manifester, chargé d'embellir le parc de son bienfaiteur. Il y fit merveille au point que sa réputation parvint aux oreilles de Charles II d'Angleterre; mais Louis XIV l'accapara, en le nommant surintendant de ses potagers. Ses occupations fort nombreuses ne l'empêchèrent pas de publier des livres très utiles : Réflexions sur V agriculture. Instructions sur les jardins fruitiers et potagers, avec un traité des orangers, Traité des jardins fruitiers et potagers. Beaucoup d'élèves s'instruisirent aux leçons

CONSIDÉRATIONS GENERALES

de Le Nôtre et de la Quintinie, entre autres Drugé, Desgodets, et surtout Dezallier d'Argenville.

De nombreux graveurs, d'une habileté reconnue, nous ont laissé d'excellentes planches, où revit l'œuvre de

riG. 63. — WATTEAU. — CONVERSATION DANS UN PARC.

(Louvre.)

tous ces horticulteurs. Parmi eux, on peut citer Jean Lepautre, sculpteur, dessinateur et graveur, né à Paris, qui vécut de 1617 à 1682, et fut nommé académicien en 1677. Son principal ouvrage est : Nouveaux desseins de jardins, parterres et fassades, paru chez N. Langlois. Gabriel Pérelle, de Vernon, mort à Paris en 1675, fils de fermier, devenu valet de chambre de M. de La Vieuville, et enfin artiste en renom, grava des paysages de France et d'Italie, et les parcs de Chantilly, Meudon, Chaville et Ver-

sailles. C'est Marie-Michel Blondel, qui a laissé : Profils et ornement de vases, exécute^ en marbre, bronze et plomb, dans les jardins de Versailles, Trianon et Marlv ifig. 58). C'est surtout Israël Silvestre dont les petites planches précises, fines, pittoresques, blondes, sont un vrai régal pour les yeux. Il naquit à Nancy en 1621 ; élève de son oncle Israël Henriet, éditeur de Callot et maitre de dessin de Louis XIII, il devint lui-même professeur du Dauphin: il fit, de 1640 à 1653, un voyage en Italie, d"où il rapporta une technique consommée. Il grava ou dessina plus d"un millier de pièces, entra à l'Académie en 1670. et continua d'éditer les Callot, les La Belle, et ses propres œuvres, gagnant a ce commerce une certaine fortune. Grâce à l'œuvre de ces graveurs, nous pouvons nous faire l'idée la plus précise des jardins contemporains.

D'ailleurs, beaucoup de jardiniers nous en ont laissé par écrit la théorie. Ainsi Pierre Betin composa : Le Jïdelle Jardinier, ou différentes sortes de parterres, tant de plaine broderie que mêlée de pièces à mettre /leurs, pour servir d'instruction à ceux qui se délectent en cet art, nouvellement désigne^ par M'' Pierre Betin. Jardinier. 11 parut à Paris, en 1636, chez Jean Boisseau, enlumineur et laveur de cartes marines, « en risle du Palais, à la fontaine de Jouvance ». Betin conseille, entre autres, de planter dans les bordures, la lavande, la myrre, le romarin, et. dans les compartiments, la marjolaine, le thym, la rue, la sauge et l'hysope.

Jacques Boyceau, intendant des jardins du roi, écrivit un « Traité du jardinage selon les raisons de la nature et de Vart, divisé en trois livres. Ensemble divers desseins de parterres, bosquets et autres ornements servant à l'embellissement des jardins », Paris, van Lochom, 1638, in-folio.

CONSIDERATIONS GENERALES

M. André Pératé en a donné un résumé dans le premier numéro de la Revue de r Histoire de Versailles. Le livre I contient des considérations générales. Il s'agit dans le second de la disposition et ordonnance des jardins et des bosquets qui sont composés d'allées, salles et cabinets en lignes droites et courbes, couverts d'arbres avec ou sans

l-IG. 64. - — PORTRAITS DE LE NOTRE ET DE LA QUINTIMIE.

palissades au pied. Il recommande de ne pas mélanger les essences, à cause de leurs verts différents, mais de les planter en longues bandes parallèles : l'orme, le tilleul et le hêtre, pour les allées, le charme, le hêtre, l'érable, et l'épine blanche dans les palissades ; « les d'esseins qu'en baillons cy, et qu'avons fait planter à Versailles et ailleurs, pourront estre suivis... ».

Le troisième livre traite des parterres : « Les parterres

i86 l'art des jardins

sont les embellissements bas des jardins, qui ont grande grâce, spécialement quand ils sont veus de lieu eslevé ; ils sont faits de bordures de plusieurs arbrisseaux et sont arbrisseaux de couleurs diverses, façonnez de manières différentes, de compartiments, feuillages, passemens, moresques, arabesques, grotesques, guillochés, rosettes, gloires, targes, escussons d'armes, chiffres et devises, ou bien par planches, se rencontrant sur des formes parfaites, ou semblables, dans lesquelles on employé des plantes rares, fleurs et herbages plantez en ordre, ou faisant des pelouses épaisses, d'une ou plusieurs couleurs, en forme de tapis de pied. On employé encore dans les voyes ou dans le champ vuide des sables de couleurs différentes, qui y siéent bien, et quelquefois on peut dans les allées mesmes faire des compartiments et guillochis, laissant

Page 1