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CHAPITRE II

VERSAILLES ET TRIANON

Il est intéressant de suivre, à Versailles même, la lente élaboration des plans qui constituent le jardin français. Cette promenade est rendue facile maintenant par les articles que M. Pierre de Nolhac a consacrés au premier Versailles dans la Galette des Beaux-Arts, et dans la Revue de l'Art ancien et moderne, et dont voici le résumé. 11 conteste d'abord les documents sur lesquels s'appuie Dussieux pour prétendre que Louis XIV ne fit qu'agrandir l'œuvre de Louis Xlll. Les documents graphiques de Pérelle et Silvestre ne sont pas antérieurs a 1667 ; la promenade à Versailles de M"'-' de Scudéry eut lieu dans l'été de 1668 ; on ne peut donc pas en inférer pour déterminer ce qu'était le château de Louis XIII. Ce qu'on sait, c'est qu'en 1626, il y avait un « plant » autour du château, un parc avec de jeunes arbres. Le plan de Gomboust, qui est de 1652, en donne probablement la physionomie. Jacques Boyceau, dont il a déjà été question plus haut, l'auteur du Traité de jardinage selon les raisons de la nature et de Vart, travailla aux jardins ; il fit des parterres de broderie en buis taillé, avec des espaces sablés de diverses couleurs. Son œuvre, en somme, fut assez restreinte, contraire-

ment à l'opinion de Dussieux. Le potager, la ménagerie, lorangerie sont bien postérieurs .

C'est en 1661 que commencèrent les transformations ; le modèle fut le château de \'aux. construit de 1554 à 1661. et qui eût pour architecte. Louis le \'au. André Le Nôtre comme jardinier. Charles Lebrun pour la décoration, et François Francini pour les eaux et cascades. Tous quatre passèrent au service du roi. Un rapport de Colbert montre qu'on dépensa i 500000 livres au parc jusqu'en 1665. De 1662 à 1663, se construisit le grand parterre de broderie devant le château, appuyé par un terrassement en demilune, qui deviendra la rampe de Latone. et une longue allée centrale, qui. allongée plus tard, sera l'allée royale ou tapis vert, aboutissant à un grand bassin " le grand rondeau ■), ou bassin des cygnes, futur bassin d'Apollon. L'ancien jardin du château féodal est destiné à être le fruitier et potager du roi : on y emploie 94 vignerons et jardiniers sous la direction de Le Nôtre. L'orangerie est commencée par Le \'au, en 1003 ; elle contient i 250 orangers confisqués au château de Fouquet, à \'aux-le-\"icomte ; elle sera remplacée, à peu près au même endroit, par l'orangerie de -Mansart. Tous ces détails sont révélés par Petit, agent chargé par Colbert de le renseigner sur tout ce qui se passe, et qui s'acquitte à merveille de sa mission jusqu'en 1669, époque où il est envoyé à Fontainebleau. « Combien ce parc est différent de celui qui nous est resté ! Le parterre de broderie devant le château fera place à des décors successifs, tous d'un dessin plus important que celui que nous apercevons. Les bassins sont encore presque tous sans décoration, sans les groupes d'où jailliront bientôt les célèbres jeux d'eau ; les bosquets sont

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naturellement plus rapprochés du petit château, qu'entourent des pentes plus rapides ; enfin le parterre du midi, placé au-dessus de la première orangerie par Le Vau est quatre fois moins grand que celui qu'on voit aujourd'hui au-dessus de l'orangerie de Mansart. Toutes les lignes du château et de ses abords seront, d'ailleurs, agrandies dans des proportions semblables. »

En 1664, s'amorcent les parterres du nord et du mùdi, à gauche et à droite du grand parterre ; c'est pour le moment un parterre de ga?on, et le jardin à fleurs ou jardin du roi ; dans celui-ci il y avait au centre un bassin rond avec un amour tirant une flèche d'eau par Lerambert, comme en témoigne une estampe de Le Pautre. On fait venir alors des ifs et des pins de Normandie, que l'on garde en pépinière, prêts à être employés ; des ouvriers travaillent au labyrinthe, aux glacières ; on plante une allée dequatre rangs de tilleuls, et, le long du mur bornant le petit parc, une allée de chênes verts. On embellit le parterre à fleurs, que l'on clôt de grilles coupées par treize termes de pierre de Houzeau, et douze de Lerambert ; il y a aussi huit figures de Lerambert et de Philippe Ruyter au grand rondeau.

Les Suisses, en 1665, fouillent le sol sous le parterre de broderie ; on crée un nouveau parterre, qui deviendra le bassin de Latone, et près de l'étang de Clagny se creuse un rondeau, futur bassin du Dragon ; en même temps, douze vases de bronze sont fondus sur l'ordre de Colbert d'après les modèles en cire de Laurent Maguière, Baptiste Tuby et Legendre. Dès 1665, les Franchine ou Francini : François, intendant delà conduite et mouvement des eaux, et Pierre, ingénieur pour le mouvement des eaux

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et fontaines des maisons royales, ménagent les effets d'eau, amenée par les machines de Le Vau aux réservoirs, depuis l'étang de Clagny, et qui fonctionnent aux bassins du Dragon et de l'Ovale (Latone).

En 1667, on élargit l'allée royale en ébranchant les arbres qui la bordent, et de nombreux artistes décorent les fontaines : Gaspard et Balthazar Marsy, Mazeline, Anguier, Lerambert ; et la grotte de Thétis s'achève ; Delaunay en fait les rocailles ; la sculpture est due à Girardon, Renaudin, Gilles, Guérin, Marsy. Le motif est un soleil d'or, imaginé par Perrault, et inondant de ses rayons trois portes en barres de fer peintes en vert. C'est là qu'en 1668 eut lieu la fameuse séance où La Fontaine lut les Amours de Psyché à Boileau, Racine et Molière.

On voit, d'après cet historique du premier Versailles, quelles hésitations présidèrent à la réalisation de cette œuvre colossale, que l'on se figure trop souvent avoir été élaborée d'un seul coup, et achevée sans changements appréciables. Pour lutter contre cette opinion si manifestement fausse, un moyen radical est d'esquisser une histoire des variations du grand parterre. Elle a été faite par M. André Pératé, dans la Revue de l'Histoire de Versailles. A la place où est maintenant le parterre d'eau, Boyceau dessina des plates-bandes en arabesques au nombre de dix, autour d'un petit bassin circulaire, ainsi qu'on voit sur une planche gravée de son livre, intitulée parterre de pelouse du parc de Versailles, comme sur la planche de Gomboust, datée de 1652. En 1664, une gravure de Pérelle et de Poilly montre un parterre de quatre carrés de broderie, accosté à droite et à gauche de massifs d'arbres. En 1664 ou 1665, un plan de La Pointe, fait pour la col-

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lection dite le cabinet du roi, appelle le parterre en question le grand parterre. On y voit alors deux plates-bandes de gazon bordées de buis, devant un bassin circulaire, dominant la demi-lune du petit parc; à gauche est un bosquet. à droite une allée d'arbres.

De 1671 à 1674, « les plates-bandes de gazon et de fleurs cèdent la place à des bassins » ; c'est maintenant le parterre d'eau. Le modèle en a été donné par Anguier, et Tuby. Jacques Gabriel reçoit 13 aoo livres pour la maçonnerie des trois réservoirs. Le roi et Colbert pressent les ouvriers ; le ministre fait lui-même l'expérience des pompes : Louis XIV écrit en marge d'une de ses lettres : « Je suis très ayse de ce que vous me mandez touchant les eaux. Quand toutes les pompes seront achevées, vous ferez une épreuve des huit fontaines que vous avez déjà éprouvées et vous y joindrez les deux dernières du parterre, car elles doivent toujours aller aussy, afin que je règle là-dessus le temps qu'elles devront aller et la grosseur des jets. » Le tout est achevé en 1674 ; il y a un bassin central rond, accosté de quatre bassins qui communiquent avec lui; deux petites pièces d'eau sont de chaque côté. Un grand nombre de statues ont été commandées et payées sur sept années, formant un total de 15 000 livres ; exposées à leur place en plâtre, elles n'ont jamais été sculptées en marbre ; de même a disparu, au bout du parterre d'eau, un globe qui était des-tiné à servir de « cadran au soleil ».

En 1680, les bassins sont enclavés dans un rectangle de gazons et de fleurs ; du buis s'arrondit en boules dans des vases de chaudronneries; il y a aussi des caisses d'orangers ; deux combats de tigre et d'ours, de cerf et dç chien,

par \'an Clève et Raon sont placés dans les cabinets d'animaux, de 1684 à 168;.

Une transformation radicale, de 1683 à 1713, bouleverse le parterre d'eau ; les ordres de Louvois à Le Nôtre et Mansart sont très catégoriques ; on détruit les compartiments de bassins, et on leur substitue deux bassins parallèles, entourés de figures couchées, de fleuves et de rivières par Coysevox, Regnaudin, Tuby, Le Hongre. Raon, Magnier, Legros, fondues par les Keller dès 1683. On y ajoute enfin huit groupes d'enfants du plus gracieux effet. Tels sont les essais successifs tentés avant qu'on arrivât à cette forme définitive, certes supérieure aux autres, chefd'œuvre incontestable, Rien n'égale la beauté de ce parterre, qui est en si heureuse harmonie avec la façade du palais, et la fait encore valoir.

Nous voici arrivés à une époque déjà avancée de la construction, où l'obscurité est bien moins grande que dans les commencements. En 1668, d'après Dussieux, on s'occupe des sculptures du bassin de Latone et du Char d'Apollon. Selon le Mercure Galant de 1 673, les jets d'eau, sous la direction de Francine, fonctionnent au marais, à l'arbre, à la montagne d'eau, au théâtre « où les changements de décoration d'eau sont aussi fréquents que ceux des pièces de machines qui en sont les plus remplies ». Les dates principales sont pour les bassins de Cérès et de Flore, 1672-75 ; le Miroir, 1672 ; le bassin de Bacchus, de 1673 à 1677 ; Tîle royale de 1674 à 1683; Saturne, de 1675 ^ 1679; la fontaine d'Encelade, de 1675-76; de 167g à 1683, le bosquet de l'arc de triomphe, et le bosquet des trois fontaines. La nouvelle orangerie, commencée en 1678, est terminée en 1687; en 1683, la pièce d"eau des Suisses, ainsi que la salle de bal.

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et la Colonnade en 1688. C'est en cette dernière année que le jardin parait avoir été achevé ; les changements, intervenus depuis lors, ne semblent pas avoir détruit les lignes générales du parc.

Louis XIV, qui était fier à si juste titre de ses jardins,

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