VASK DANS LES PARTERRES
2i8 l'art des jardins
ménagerie. » Des canots attendaient sur le grand canal : celui-ci a la forme d'une croix, dont le montant aurait 1560 mètres de long sur 120 de large, et la traverse 1013 mètres de Trianon à la ménagerie. L'extrémité servait de port aux chaloupes, gondoles, galiotes et vaisseaux que des ingénieurs construisirent pour l'usage du roi, et que montaient des gondoliers vénitiens, des timbaliers et des trompettes.
La ménagerie, qui est près du canal, non loin de Trianon fut achevée en 1668 et contenait, vivants ou empaillés, des spécimens d'une foule d'animaux. Elle devint le domaine de l'aimable duchesse de Bourgogne, qui s"y délecta, comme plus tard .Marie-Antoinette à Trianon. Des cours symétriques rayonnaient autour du petit château, et, au delà des grilles, de nombreux jardins avaient été tracés pour l'agrément et l'usage de la maison.
Trianon construit en 1670 pour M°"* de Montespan» était, suivant Saint-Simon « dabord maison de porcelaine à aller faire des collations, agrandie après pour y pouvoir aller coucher, enfin palais de marbre ». Les jardins furent tracés par Le Bouteux, et décorés de vases de faïence fabriqués à Saint-Cloud. et de fontaines de rocailles ; les caisses d'orangers avaient l'aspect de porcelaines, et les bancs étaient blancs et bleus ; ce fut le Trianon de porcelaine. Il y avait une quantité innombrable de fleurs : « on y faisait de perpétuels changements, dit le duc de Luynes, à l'aide d'une quantité prodigieuse de fleurs, toutes dans des pots de grès que l'on enterroit dans les plates bandes, afin de pouvoir les changer non seulement tous les jours, si on vouloit, mais même deux fois le jour, si on le souhaitoit. On m'assura qu'il y avoit eu )us-
VERSAILLES ET TRIANON
qu'à 1.900.000 pots tous à la fois, soit dans les platesbandes, soit dans les magasins. » L'orangerie fut célébrée par Denis en termes dithyrambiques ; on appela Trianon le palais de Flore.
En 1687, ^^ nouveau Trianon, édifié sur les plans de Mansart, lui fut substitué, et les jardins remaniés pour concorder avec sa magnificence. On y tint toujours les fleurs fort en honneur : « dans la saison, dit Piganiol, tout y est parfumé et on n'y respire que violettes, oranges et jasmins. » Dussieux a relevé dans les Comptes des Bâtijueuts plusieurs achats de fleurs alpestres, ou narcisses de Constantinople, de jacin- (D'après un dessin du Cabinet des Estampes.) thes romaines, d'iris de
Perse, de cardinales, de lotus, et de jonquilles provençales. Elles garnissaient de nombreux parterres : le jardin du roi, le bosquet des sources, le jardin des marronniers ; des salles et des fontaines, décorées de statues et de vases, ajoutaient au charme du nouveau palais, que Louis XIV affectionnait beaucoup, et où il donnait des fêtes fort réussies (fig. 83).
Louis XV non plus ne cachait son goût pour cette résidence; un jour même, il se plaignit au maréchal de