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FIG. 84. JARDIN DU CHATEAU DE CLAGNY

(D'après une estampe de Pérelle.)

bosquet de Marly au couchant, le bosquet de Lucienne au levant. 11 y avait de nombreuses pièces d'eau : la cascade,

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où « une rivière tombait de fort haut sur (33 marches ou degrés de marbre, et formoit des nappes d'eau d'une beauté que rien n'égaloit en ce genre », les quatre gerbes. le grand jet, la pièce des cinq jets, entourés de trois belles allées : les allées des ifs, des boules et des portiques. Marly se distinguait de \'ersailles en ce qu'il y avait beaucoup d'ombrages ; on y mangeait : les dames y Travaillaient et même, comme dit Dangeau, « faisoient médianoche et s'y promenoient jusqu'à trois et quatre heures du matin ». Le parc était orné des groupes de Coysevox, et des fameux chevaux de Coustou, qui décorent maintenant l'entrée des Champs-Elysées. Enfin, on s'amusait à la ramasse, à l'escarpolette, au mail et à la roulette, « car le roi veut que rien ne manque ici de tout ce qui peut divertir les courtisans ". Il s'y divertissait surtout luimême.

C'est pour que le duc de Bourgogne ne restât pas trop loin de Marly, que Louis Xl\' lui acheta le château de Meudon, dont le plan avait été dessiné par Philibert Delorme, et qui appartint successivement au cardinal de Lorraine, à Abel Servien. puis à Michel Le Tellier, et à Louvois. Le Nôtre y traça de nouveaux jardins et transforma les anciens selon la mode de Versailles ; il déploya aussi tout son zèle dans la construction d'une orangerie, qui emprunta beaucoup de prix à la situation exceptionnelle du château; ici en effet l'architecte était aidé par la nature, et la vue sur la vallée de la Seine, la hauteur où le palais était perché, les collines avoisinantes qui allaient mourir vers le fleuve, devaient lui rappeler le site pittoresque des villas italiennes, si approprié aux exigences du style régulier.

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Le roi se rendit de même acquéreur du domaine de Saint- Cloud, et il en gratifia son frère, Gaston d'Orléans ; le précédent possesseur avait été « l'illustrissime » archevêque de Paris, Gondi (fig. 85). Plusieurs estampes de Silvestre et Mariette en donnent des vues précises ; la légende de l'une s'exprime ainsi au sujet des cascades : « la partie supérieure, qui est du dessin d'Antoine Le Pautre, a été exécutée longtemps avant celle d'en bas. Jules Hardouin Alansard, qui en a été l'architecte, ayant eu à raccorder son nouvel ouvrage avec l'ancien, a sceu profiter si ingénieusement du peu de pente qui lui restoit que le haut de sa cascade, où il a rangé plusieurs buffets d'eau, semble estre une suite de celle d'au-dessus, quoy qu'elle en soit séparée par une allée. L'une et l'autre sont terminées par une grande pièce d'eau qui laisse un repos qui varie agréablement avec toutes les nappes et les autres jeux qui lui sont opposés (fig. 86) ».

Les travaux avaient commencé en 1660; la première cascade a 35 mètres dans les deux dimensions et s'arrête à une large allée, qui fait terrasse au-dessus de la cascade inférieure. L'eau, jaillissant d'une urne, accostée de deux statues, la Loire et la Seine, retombe sur les gradins, parmi les rocailles, entre des coupes ; des fontaines latérales augmentent encore le débit de leau. La cascade du bas, en forme de fer achevai, comporte deux bassins séparés par des vasques, et un canal d'une centaine de mètres, où se déverse l'eau des deux cascades. Encore maintenant, une fois par mois, les visiteurs et promeneurs peuvent voir fonctionner cette merveille d'hydraulique, qui n'a pas son égale à Versailles même, et qui emprunte au voisinage des hauteurs de Alontretout un caractère si pittoresque.

HG. 88. — SAIXT-CLOUD. —

OAXS Li; PARC.

Les jardins environnants sont l'œuvre de Le Nôtre (fig. 87, 88) ; la disposition du lieu lui a permis d'établir des terrasses, comme en Italie, sans qu il fut besoin de rapporter du terrain et de l'accumuler en chaussée, ou d'ouvrir des orangeries inutiles. Le grand parterre du Trianon de Saint-Cloud comporte une fontaine de ^'énus, au milieu, qu'encadrent des compartiments de broderies, des jets d'eau, et des berceaux de verdure.

Les grands seigneurs partageaient les goûts du roi pour les jardins, et accomplirent, eux aussi, de belles œuvres d'horticulture. Certain même le devança dans cette magnificence; ce fut le dernier surintendant général des finances, Fouquet, qui. voulant donner à sa personne un décor digne de la haute opinion qu'il en avait, appela à son aide Le Nôtre, dont la réputation commençait à se répandre, à la suite de travaux d'aménagements dans les parcs de Saint-Germain et de Fontainebleau- ffig. 8qK Le financier y dépensa une quinzaine de millions en quelques mois, et, grâce à cette somme, énorme pour l'époque, réussit à créer un petit Versailles avant la lettre, et à se faire mettre en prison.

Des gravures d'Aveline, de Pérelle, de Silvestre, et le parc actuel, qui a été l'objet d'une intelligente restauration, permettent de se figurer l'état de ces jardins au xvn*^ siècle. C'est Lebrun qui donna les dessins des vasques et des fontaines ; la cascade, avec ses trois étages de jets d'eau avait grande renommée ; un dessin de N. de Poilly, gravé par Pérelle. témoigne que de la terrasse on jouissait sur le parc d'une superbe perspective.

Le château de Chantilly fut aussi des plus réputés : Charlotte de Montmorency l'avait apporté en dot à Henri II de

Bourbon, père du Grand Condé. Celui-ci s'y retira après ses victoires, et. dès 1643, consacra son temps à l'embellir (fig. 90); il ne s'interrompit que de 1667 à 1676, pour aller guerroyer aux Pays-Bas, pendant la guerre de Hollande, et

lie. 90. — CHANTILLY. — DANS LE PARC.

gagner la bataille de Seneff. Le Nôtre fut mandé à Chantilly en 1663 ; il y vint avec son neveu Desgots, l'architecte Daniel Gitard, La Quintinie, et l'ingénieur de Manse, bien reçu comme à l'habitude, et choyé par le prince, ainsi que le prouve cette lettre, citée par M. Mâcon dans la Revue de l'Art, et adressé par Le Nôtre au Grand Condé en 1582 : « Jamais l'honneur que je receus d'embrasser nostre Saint- Père le Pape, et de baiser sa mulle ne m'a fait tant de bien ny donné tant de joie que je ressenty par la bonté que vous avez eu de me donner le bénéfice que votre

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