‹ L'art des jardinsChapitre 52 sur 74 · IG · texte numérisé non relu

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MOKlONIAINi:. — PONT ET MOULIX Dli \ALLU;Ki;.

(Laborde.i

est partie à la frani^aise, partie à l'anglaise... Dans les premières journées de notre séjour..., le jardin irrégulier, que nous appelions le jardin d'Horace, fut pour nous la merveille de cette habitation féodale. Chacun éprouva un indicible plaisir à s'y égarer jusqu'à ce qu'il en eût bien connu tous les replis et tous les méandres... Mais bientôt ce fut le jardin français qui l'emporta. La majesté de ce grand style finit par s'imposer à nous. Le matin, aux premiers rayons du soleil, ces allées droites, ces perrons à

CONSIDERATIONS GENERALES

balustres, ces rangées de statues avec leur geste immobile, composaient un spectacle empreint de grandeur. Au sortir du labyrinthe des rêves nocturnes et de tant

MOUl-0\TAINi;. TOMBEAU DAXS LE PARC.

(Labordo.)

d'images incohérentes qui traversent le sommeil, notre esprit trouvait un calme délicieux et réparateur dans la contemplation de ce jardin où un bel ordre s'était produit sans faire violence à la nature. Cette impression répétée nous fit comprendre la valeur esthétique des deux sys-

tèmes. Lun intrigue pour quelque temps lïmagination, l'autre élève toujours et agrandît la pensée. »

\''oilà, en vérité, un singulier travers et stérile. Pourquoi vouloir que Sophocle soit plus grand qu"Euripide,

MORl OXIAIXI. . — B0SQCI;T a L KNTR];r DL" l'F.TI r PARC

(Laborde.)

Racine que Corneille, ou réciproquement ? Xe peut-on prendre plaisir à l'un ou à l'autre, sans se poser cette question > Ou le lecteur qui ne prend plaisir qu'à l'un estil absolument obligé d'abaisser l'autre? Le principal est de se plaire où l'on rencontre plaisir. 11 y a des lieux où le

jardin paysager eut produit piteux effet; par exemple la plaine versaillaise, son sol plat, le manque de perspectives pittoresques ne se prêtent d"aucunc façon à ce système d'horticulture; comme le jardin français ne se fut pas accommode de la nature trop accidentée de Méréville, d'Ermenonville ou de Montmorency.

Il arrive aussi, Charles Blanc le constate lui-même, qu'on prend plaisir à celui-ci plutôt qu'à celui-là, selon les circonstances, les dispositions de l'esprit, l'époque même de l'année. \'ersailles, en été, malgré le jeu, d'ailleurs assez rare, des grandes eaux, est un Sahara, sans grand charme ni attrait. Mais l'automne y est merveilleux. Tandis que les massifs rougeoient ou jaunissent, une brume légère envahit les étendues immenses du parc, masque la régularité trop grande, et prête aux gazons, aux statues, aux choses une prenante mélancolie. L'hiver même y a du charme pour les âmes rêveuses, volontiers- solitaires, et qui aiment à s'égarer parmi ses allées bien sablées, et toujours praticables. Dépouillé de ses feuilles, de ses fleurs, des oiseaux, le jardin d'Ermenonville est d'une tristesse sans égale, et inabordable aux plus résolus; mais au printemps, quand les cimes des arbres commencent à verdoyer, à l'été, parmi la fête de la nature, il reprend tout son attrait, parce que la végétation recouvre ses pelouses naguère noirâtres, et les flancs de ses collines, où l'écoulement des eaux produisait des ravages, où le sol dénudé avait un aspect sinistre. Il peut aussi se faire qu'on y cherche tout autre impression qu'à l'accoutumée; tel qui n'aimait \'ersailles qu'à l'automne, viendra y chercher, sous le coup d'événements affligeants, parmi le tumulte des grandes eaux et des foules badaudes, l'oubli

CONSIDERATIONS GFNERALES 295

de son mal ; à moins que dans la tristesse d'un paysage où la nature se meurt, il tienne à s'entourer d'une ambiance concordant à sa peine. La sagesse n'est-elle donc pas de demander aux jardins divers le genre de plaisir ou de consolation qu'ils sont susceptibles d'offrir à un moment précis de l'existence, dans une occurrence muable et changeante comme la vie de l'esprit, sans se préoccuper si l'œuvre de Le Nôtre est supérieure à celle de Kent ou de Laborde>

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