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CHAPITRE II

On a longtemps aussi bataillé sur les origines du jardin anglais. D'aucuns ont cru en retrouver lïdée dans une lettre de Tasse, datée de 1580, alors qu'il était en prison à Ferrare. Il y parle d'un jardin, prétendu irrégulier, planté en Italie par le duc de Savoie, Charles-Emmanuel I«% et dont le poète se serait inspiré dans la description des jardins d'Armide. La trouvaille est plus ingénieuse que solide, et le traducteur semble avoir pour sa part légèrement sollicité les textes.

En veine de poésie, certains ont pensé faire remonter jusqu'à Milton lui-même l'honneur de l'invention; et Ton cite à l'appui de cette opinion la description de l'Eden dans le Paradis perdu. A ce compte, il ne serait pas difficile de trouver des jardins pittoresques dans une foule d'œuvres Imaginatives.

On a parlé aussi de Dufresny, sieur de La Rivière, auteur comique et dessinateur des jardins du roi Louis XI'V'. Son biographe prétend quïl aimait les emplacements irréguliers, et disséminait ici et là dans les parcs des élévations factices. iMais on a remarqué avec juste raison que cette dernière habitude était contraire au principe du jardin

anglais, et que, d'autre part, plusieurs jardins, comme celui de l'abbé Pajot, près de Vincennes, attribués à Dufresny, sont sans conteste Toeuvre de Le Nôtre.

Les chercheurs d'origines se rabattirent alors sur les descriptions de jardins chinois, qui parurent au milieu du xvii'^siècle, et qui, àleuravis, déterminèrent les jardiniers à modifier, et même à changer du tout au tout leur formule. Elles furent publiées à Londres, en 1757, par l'architecte William Chambers, dans son ouvrage : Dessins des édifices, meubles, habits et ustensiles des Chinois. Comment étaient donc les jardins des Chinois? (fig. 122, 123) « La nature est leur modèle, et leur but est de l'imiter dans ses belles irrégularités... Tout le terrain est distribué en une variété, de scènes, et des passages .tournants, ouverts au milieu des bosquets, vous font arriver aux différents points de vue : chacun desquels est indiqué par un siège, un édifice, ou quelque autre objet. La perfection de leurs jardins consiste dans le nombre, la beauté et la diversité de ces scènes. Ils en distinguent trois espèces, auxquelles ils donnent les noms de riantes, d'horribles et d'enchantées. Cette dernière dénomination répond à ce qu'on nomme scène de roman, et nos Chinois se servent de divers édifices pour y exciter la surprise. Quelquefois ils font paseer sous terre une rivière rapide ou un torrent qui, par son bruit tumultueux, frappe Toreille, sans qu'on puisse comprendre d'où il vient. D'autres fois, ils disposent les rocs, les bâtiments et les autres objets qui entrent dans la composition, de manière que le vent, passant au travers des interstices et des concavités, forme des sons étranges. Ils mettent dans ces compositions les espèces les plus extraordinaires d'arbres, de plantes et de fleurs ;

ils y forment des échos artificiels, et ils y tiennent différentes sortes d'oiseaux et d'animaux monstrueux. »

Les scènes d'horreurs sont agrémentées de rocs, de cavernes, de cataractes : « Les arbustes sont difformes et semblent brisés par la violence des tempêtes. Ici on en voit de renversés qui interceptent le cours des torrents et paraissent avoir été emportés par la fureur des eaux ; là on dirait que, frappés de la foudre, ils ont été brûlés et fendus en pièces. Quelques-uns des édifices sont en ruines, d'autres consumés à demi par le feu. De chétives cabanes, dispersées çà et là sur les montagnes, semblent indiquer l'existence et la misère des habitants. A ces scènes, il en succède communément de riantes. Les artistes chinois savent avec quelle force l'âme est affectée par les contrastes, et ils ne manquent jamais de ménager des transitions subites, de frappantes oppositions de formes et d'ombres. Aussi, des vues bornées vous font-ils passer à des perspectives étendues, des objets d'horreur à des scènes agréables, des lacs et des rivières aux plaines, aux coteaux et aux bois. Par un arrangement judicieux, ils distribuent les masses d'ombre et de lumière de telle sorte que la composition parait distincte dans ses parties et frappante en son tout. »

L'eau joue un grand rôle dans ces jardins, qui disparaissent parfois sous sa masse, n'émergeant que par de petites îles boisées, ou abondent en lacs, canaux et rivières. « On imite la nature en diversifiant à son exemple les bords des rivières et des lacs. Tantôt ces bords sont arides et graveleux, tantôt ils sont couverts de bois jusqu'au bord de l'eau ; plats en quelques endroits et ornés de fleurs, dans d'autres, ils se changent en rocs escarpés,

qui forment des cavernes où une partie de l'eau se précipite avec autant de bruit que de violence. Quelquefois, vous voyez des prairies remplies de bétail, ou des champs de riz qui s'avancent dans des lacs et qui laissent entré eux des passages pour des vaisseaux. D'autres fois, ce sont des bosquets, pénétrés en divers endroits par des

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