FIG. 158. CHAMP DES MORTS MULSULMAN
rope; sa tristesse orientale était plus douce et aussi plus grandiose. De grandes solitudes mornes, des collines stcriles, çà et là plantées de cyprès noirs; de loin en loin, à l'ombre de ces arbres immenses, des mottes de terre retournées de la veille, d'antiques bornes funéraires, de bizarres tombes turques, coiffées de tarbouchs et de turbans. Tout au loin, à mes pieds, la Corne d'or, la silhouette familière de Stamboul, et là-bas... E3 oub ! C'était un soir d'été; la terre, l'herbe sèche, tout était tiède, à part ce marbre autour duquel j'avais noué mes bras, qui était resté
frqid; sa base plongeait en terre, et se refroidissait au con-
IIG. 159. PIKIN. DANS I.KS JARDINS DU PAIAIS D l.TJ:
tact de la mort... On entendait au loin les fanfares des troupes qui partaient pour la guerre sainte, ces étranges
fanfares turques, unisson strident et sonore, timbre inconnu à nos cuivres d'Europe, on eût dit le suprême hallali de rislamismeetderOrient, le chant de mort de la grande race de Tchengiz... Une tristesse immense et recueillie planait sur cette terre sacrée de l'Islam ; le soleil couchant dorait les vieux marbres verdâtres des tombes, il promè-
ne 160.
l'i'.KIN. 1)ANS,I.I.S lAKDlNS DU i'AI.AIS D i:Ti;
nait des lueurs roses sur les grands cyprès, sur leurs troncs séculaires, sur leur mélancolique ramure grise. Ce cimetière était comme un gigantesque temple d'Allah ; il en avait le calme mystérieux et portait à la prière. J'y voyais comme à travers un voile funèbre, et toute ma vie passée tourbillonnait dans ma tête avec le vague désordre des rêves ; tous les coins du monde où j'ai vécu et aimé, mes amis, mon frère, des femmes de diverses couleurs que j'ai ado-
rées, et puis, hélas ! le foyer bien-aimé que j"ai déserté pour jamais, l'ombre des vieux tilleuls, et ma vieille mère...
iiG. 161. — CHEMS EMARET. {Le KurdistàH. par Henry Binder.)
Le soleil s'était couché derrière la colline sacrée d'Eyoub, et la nuit d'été descendait transparente sur l'héritage d'Othman... » N'est-ce pas là, à peu près réalisé en tous
ses détails, le rêve d'un amateur de jardin anglais, au xviii^ siècle?
Si Ton ajoute à cette énumération, dans la ville d'Alexandrie d'Egypte, l'allée d'acacias et de sycomores du canal Mahmoudieh, la place Ezbekieh, le parc de Nubar-Pacha; puis le palais de Buitenzorg.à Batavia, le jardin botanique de Calcutta, Pétropolis, sanatorium de Rio-de-Janeiro, au Brésil, le-parc national des Etats-Unis, Yosemiti en Californie, Sydney d'Australie,. Port-Elisabeth en Afrique Australe, les jardins du Palais d'été à Pékin (fig. 159, 160), et de quelques maisons de thé de Chine ou du Japon, ceux de Mossoul et du Kurdistan (fig. 161), on aura mentionné les principaux parmi les magnifiques jardins d'à présent, à l'étranger.
lie. 162.