‹ L'art des jardinsChapitre 7 sur 74 · MONNAIE DE CORCYRK, JARDIN D ALCINOOS · texte numérisé non relu

MONNAIE DE CORCYRK, JARDIN D ALCINOOS

immense espace, op/axo;, entouré d'une barrière ou ^pw?, £t comprenaient trois parties, arrpsées par les fontaines : le verger, la vigne, aXtor,, et les planches de légumes, -o-xiit.:. Tel est aussi le jardin de Laërte, près d'Ithaque. Celui de Calypso, dans l'île d'Ogygie, en pleine mer Ionienne, était par contre un jardin d'agrément, comme il convient à une immortelle : « L'intérieur de la vaste grotte est tapissé d'une vigne aux jeunes rameaux, chargés de grappes de raisins. Quatre fontaines disposées en ordre laissent échapper une eau limpide... Autour s'élève une verte forêt d'ormes, de peupliers et de cyprès embaumés où font leur nid des oiseaux au vol rapide. La douce odeur des cèdres et des ;uias fendus et embrasés se

' Vov. Georges Lafaye. Article Hortiis cité dans la Bibliographie.

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répand au loin et parfume l'île entière. Alentour est une molle prairie où fleurissent Tache et la violette. Ce riant séjour charmerait les sens mêmes des dieux. »

Il y avait également les bois sacrés, comme celui que rencontrent Ulysse et Eumée, quand « ils parcourent râpre sentier ; déjà ils approchent de la ville, et touchent à la riante fontaine où les citoyens-viennent puiser une eau limpide ; jadis cgnstruite par Ithaque, Nérite et Polyctor, Un bois sacré de peupliers noirs, dont ses eaux entretiennent la fraîcheur, l'entoure d'un cercle régulier. Les cascades glacées tombent du haut d'une roche au pied de l'autel des nymphes où les passants offrent leurs sacrifices ».

D'ailleurs, comme si ces hommes frustes de la période homérique éprouvaient souvent le besoin de se récréer de leurs labeurs immenses en regardant un peu de verdure, ils plantaient partout des arbres; tantôt « dans l'intérieur des cours s'élevait un florissant olivier, verdoyant et plein de sève, aussi gros qu'une colonne » ; tantôt « à l'extrémité du port se dressait un olivier touffu, dont l'ombrage cachait une grotte délicieuse w;

Cette simplicité rustique toutefois s'effaça peu à peu. puis disparut sous l'influence étrangère. Les colonisations grecques, en Asie-Mineure, à Cymé, Ephèse, Alilet, Halicarnasse, sur les rivages du Pont-Euxin, dans cette Egypte, si fermée jusqu'alors, où Psammélik leur consentit cependant la station de Naucratis sur la bouche Bolbitine du Nil, les guerres médiques, et les relations incessantes entre l'Orient et l'Occident, dont la retraite des Dix Mille est l'épisode le plus caractéristique, amenèrent dans les mœurs de notables changements. On se mit, à partir du vï« siècle, à tracer de véritables jardins

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d'agrément, comme les paradis des rois perses, les jardins suspendus de Babylone, et les parterres d'Fgypte. Non pas cependant que les Grecs aient jamais visé au même luxe ; l'horticulture, chez eux, est bien loin d'avoir atteint le niveau des autres arts. Dans son Essai sur les Jardins, Bacon explique cette anomalie en disant que « les hommes arrivent à construire de splendides édifices avant de réussir à faire de beaux jardins, comme si cette dernière oeuvre exprimait un degré supérieur de perfeciio.n ". 11 faudrait plutôt attribuer, selon Mangin, à cette anomalie des causes tenant à l'exiguïté territoriale des cités, à leur régime démocratique, où il n'y avait pas de place pour les. palais fastueux des rois, et enfin à l'insuffisance de leurs ressources matérielles.

Pourtant il importe de ne rien exagérer en ce sens ; la Grèce historique a eu de beaux jardins : sacrés, publics, ou particuliers. Autour des temples se trouvaient en général des bois et parterres consacrés à la divinité du lieu. Les dieux, favorables au jardinage, étaient surtout Aphrodite î'JxapTTOî, avOî'.x, î'jxt,7:o'.ç, tîpoxTj'Ktî ou £v y.xÀajJLoi;, révérée à Athènes, dans son parc de Tlllissos où son image par Alcamène s'élevait parmi les lauriers roses, et aussi à Samos, à Cyrène et dans son sanctuaire de Paphos, à Chypre; c'étaient encore Dionysos, Artémis, à qui Xénophon bâtit un temple à Scillonte, près d'Olympie, les Grâces ou Karites, les Saisons, Flore, Pomone et Vertumne,

Les poètes décrivent ces jardins avec complaisance; l'émotion de Sophocle, en cet Œdipe à Colone, qui lui tenait tant à cœur, puisque l'action se passait au bourg natal, sur la route de la sainte Eleusis, près du bois d'oliviers, revit dans la noble traduction de Leconte de l'isle : " Le narcisse

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aux belles grappes, couronne antique des grandes déesses, y fleurit toujours sous la rosée ouranienne, et le safran brillant d'or. Les sources du Képhisos ne cessent point d"errer par la plaine, et fécondent, intarrissables, du cours de leurs eaux limpides, le sein fertile de la terre nourricière. Et ni les chœurs des Muses n'abandonnent ce lieu, ni Aphrodite aux rêves d'or. » Ion. d'Euripide, invoque ainsi le laurier sacré : " Mens, nouvel ornement de la terre, superbe laurier, viens me prêter ton ministère pour effacer les souillures de ce sol révéré ! O rameaux cueillis près du temple, dans les jardins du Dieu, en ce lieu, où entretenue par la céleste rosée, une source éternelle arrose la chevelure sacrée du myrte ! » Et le chœur des Oiseaux d'Aristophane n'a pas de plus grand plaisir que de butiner « dans le jardin des Grâces », et de cueillir « sur les buissons de myrte la baie blanche et virginale ». Autour de la demeure de Hadès, aux Champs-Elysées, se trouvait un bois sacré de ce genre : Les justes, dit Pindare, dans la deuxième Olympique, sont reçus « dans l'île des Bienheureux, que caressent les brises de l'Océan, et où rayonnent des fleurs d'or, les unes qui naissent de la terre, sur les plus beaux des arbres, les autres au sein de l'onde: et ils tressent des couronnes et des guirlandes, qu'ils enlacent autour de leurs bras » ; et ils errent (Premier Tlirène) « dans des prairies émaillées de roses éclatantes, sous des bosquets chargés d'encens et de pommes d'or ».

C'est le jardin public des morts pour l'éternité ; Athènes en créa sur son territoire à l'usage éphémère des vivants. Le parc d'Académos, un terrain immense, sec et aride, avait été légué à la ville pour y faire un gymnase. Pendant son archontat. Simon, fils de Miltiade fvers 460 av. J-C.\

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