I.A GRF.CK
l'améliora, y planta des allées de peupliers, d'ormeaux et de platanes, le dota de fontaines, et d'un vélodrome. A l'extrémité, ornée d'un autel consacré aux Muses, était l'Académie, le jardin de Platon. Sous ces beaux ombrages, non loin du Céphise, en vue de l'Acropole et du Parthénon, le philosophe promena la poésie de ses dialogues, comme ce personnage des Nuées, que le Juste invite à descendre « à l'Académie, pour courir sous les oliviers sacrés, la tête ceinte de roseau blanc... jouissant de son loisir, et respirant le parfum de l'if et des pousses nouvelles du peuplier, heureux de voir le printemps renaître, heureux d'écouter le doux bruissement du platane et de l'orme ».
Au quartier opposé, prés de la route de Marathon, du mont Lycabette et de l'illissos, s'étendait un autre jardin public, le Lycée, ainsi appelé parce qu'il avoisinait le temple d'Apollon Lucaios, destructeur de loups. L'orateur L^jcni'gnt y avait fait des plantations d'arbres ; Théophraste et Démétrios de Phalère y construisirent un musée. C'est là q'u'Aristote, revenu de la cour de Philippe, avait coutume de se promener avec ses disciples, et de leur donner, ainsi qu'à la foule, son double enseignement : ésotériqueet exotérique. Les deux plus grandes écoles philosophiques de l'antiquité, l'école académique et l'école péripatéticienne naquirent donc et se développèrent dans des jardins, où la nature leur offrait d'elle-même les matériaux de leurs spéculations métaphysiques. En cet ordre d'idées, on peut citer encore l'Epidaphné d'Antioche sur l'Oronte. et le Paneion d'Alexandrie.
On demandait aux jardins privés d'autres inspirations ; la plupart étaient des jardins d'agrément : " Dans ces belles îles de marbre, dit Taine, qui constellent l'azur
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de la mer Egée, on trouvait çà et là un bois sacré, des cyprès, des lauriers, des palmiers, un bouquet de verdures élégantes, des vignes éparses sur les coteaux rocailleux, de beaux fruits dans les jardins, quelques petites moissons dans un creux ou sur une pente ; mais il y avait plus pour les yeux et la délicatesse des sens que pour l'estomac et les besoins positifs du corps. » Les Thalysies de Démocriie enseignent les plaisirs qu'on y cherchait : « Nous nous couchâmes en des lits épais de lentisques odorants et de pampres récemment coupés. Un grand nombre de peupliers et d'ormes se berçaient au-dessus de nos têtes, non loin de l'onde sacrée, qui s'écoulait, en murmurant, de l'antre des nymphes. Et dans les rameaux touffus, les cigales, brûlées par le soleil, chantaient à. se fatiguer, et la vfrte grenouille criait au loin, sous les épais buissons épineux. Les alouettes et les chardonnerets chantaient; la tourterelle gémissait et les abeilles fauves bourdonnaient autour des fontaines. De toutes parts flottait l'odeur d'un riche été, mêlée à celle de l'automne. A nos pieds et à nos côtés, roulaient en foule les poires et les pommes ; et les branches, chargées de prunes, se courbaient jusqu'à terre. »
Ces jardins, surtout à partir du V siècle', comprenaient un parterre ou S'JTTo;, formé de plates-bandes, ou -ïv.xr.-rro?, -oa-Tia, et d'allées : -fj'.-TL-o-, opouo;, -apaopoj/o;. 11 y avait des cyprès, peupliers, saules, ormeaux, de la vigne, des bassins ou puits d'arrosage, des pavillons; il y avait surtout des fleurs. Tout concourait à en favoriser la culture : le goût inné des Grecs pour ce qui est beau, la manie
'Pour les jardins gréco-romains u'i partir du ii'' siècle, vov. plus loin : Rome. ■ •
d'exotisme, peu à peu envahissante, les nécessités mêmes du culte. Les guirlandes et les couronnes de fleurs participaient à toutes les cérémonies : à la naissance, aux fiançailles, au mariage, à la mort, aux Eleusinies, aux grandes dionysies, aux processions panathcnaïques qui se déroulaient autour du Parthénon. Comme dans nos villes modernes, il y avait un marché aux fleurs, à Athènes, au Céramique ; la cité de Pallas se glorifiait de cette appellation poétique : o brillante cité aux couronnes de violettes. que les dithyrambes de Pindare lui accordent en maints endroits. Thèbes en Béotie, Cléone et Sycione en Argolide. Phères deThessalie, Antioche, Syracuse, Alexandrie, Cnide faisaient un véritable commerce de fleurs. On citait partout les jardins de roses, qui fleurissaient au pied du mont Bermios, en Macédoine. Et les poètes de l'anthologie écrivaient des ouvrages aussi diaprés que les riches plaines du Céphise ou du lac Copaïs : « Dès qu'elles furent arrivées dans les prés en fleurs, dit Moskos, elles se réjouirent chacune de la fleur qui lui plaisait le plus. L'une cueilUt le narcisse odorant, l'autre l'hyacinthe, l'autre la violette, l'autre le serpolet ; et la parure des prairies printanières couvrait la terre. D'autres luttaient à qui couperait la chevelure parfumée du jaune souci; et leur reine était au milieu d'elles, cueillant de ses mains la splendeur de la rose pourprée, et telle qu'Aphroditâ au milieu des Kharites. »