BOILEAU
Enfermée à la clef, ou menée avec lui.
(Molière.)
Si quelque liljre écrit enlre leurs mains s'égare.
(Victor Hugo.)
L'an suivant, elle mil son nid en plus haut lieu.
(La Fontaine.)
C'est tout à fait illogique. Parmi les hiatus que je viens de citer, il y en a d'agréables et il y en a de déplaisants; mais la consonne muette interposée n'est pour rien dans cet agrément ou cette déplaisance.
Rien, d'ailleurs, ne montre mieux l'absurdité de l'intervention de l'œil en pareille matière que les moyens employés par les poètes pour éviter, soidisant, certains hiatus. Tel mot se termine-t-il par une voyelle et veut-on quand même le placer devant une voyelle? Qu'à cela ne tienne! On y ajou-
tera une consonne élrangère à son orthographe ordinaire, et le tour sera joué :
Le rocher vif et nud enclôt de toutes parts... écrira Lamartine.
Cest hideux, Satan nud et ses ailes roussies... écrira Victor Hugo,
Poin^quoi ce d ? C'est afin de pouvoir dire, comme je ne sais quel personnage de comédie : — Je tourne la loi, donc^ je la respecte.
Et il y a pire. Je vous ai cité, au précédent chapitre, ce vers de La Fontaine sur l'inquiétude :
Des lieux où l'on la porte, hôtesse passagère.
Il n'a pas osé dire : « Des lieux où on la porte... », ce qui eût été cent fois plus musical et plus nalui'ol loLit ensemhle. Et ailleurs :
Une vache était là : Ton l'appelle, elle vient,
au lieu de : " Une vache était là, on l'appelle... » Et ce la-lpn-la est tout simplement abominable .
Enfin, parce que l'œil n'y perçoit pas deux voyelles consécutives, mais distingue entre elles une consonne, la tradition permet de placer un mot commençant par une voyelle après ce qu'on a justement appelé une voyelle nasale : an, in, on, un, oin, aim... môme quand cette rencontre es(, de toutes les rencontres possibles, la plus odieuse à l'oreille : ^
Pourquoi d'un an entier l'avons-nous différée ?
(Racine.)
... Les clianoine.s à table Immolent trente mets à leur faim indomptable.