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COMMENT NAIT LA UIME

Par illumination ou par recherche? Par instinct ou par volonté? Ou ces deux sources se mêlent-elles dans l'intelligence et la sensibilité du poète?

Prenons, d'abord, les opinions extrêmes. « Volonté )), dit Boileau; « illumination », dit Banville. Et ces réponses si différentes ne marquent point

seulement une conception différente du rôle de la rime, mais de la poésie elle-même.

Boileau, d'abord, en quelques vers de son Art Poétique. J'en souligne les traits essentiels :

Quelque sujet qu'on traite, ou plaisant ou sulilime, Que toujours le bon sens s'accorde avec la rimie : L'un l'autre vainement ils semblent se haïr ; La rime est une esclave et ne doit qu'obéir. Lorsqu'à la bien chercher, d'abord, on s'évertue. L'esprit, à la trouver, aisément s'habitue. Au joug de la raison sans peine elle fléchit, Et, loin de la gêner, la sert et l'enrichit.

Ainsi donc, pour Boileau, un poème est, avant tout, une conception raisonnable, qu'on ordonne, bien entendu, avec une parfaite logique, la logique étant encore un produit de la raison; après quoi, on met la chose en vers, on orne le vers d'une rime qui le « sert et l'enrichit », et cela, d'abord, en « s'évertuant », en suant même, — « en vain, pour la chercher, je travaille et je sue », dit-il ailleurs, — jusqu'à ce que, l'habitude aidant, on arrive à rimer avec plus d'aisance et moins de transpiration, à la façon de Molière, à qui il écrit naïvement, dans sa seconde satire:

Enseignc-nioi, Molière, où tu trouves la rime.

On dirait, qua.nd tu veux, qu'elle te vient chercher.

On le dirail, oui; mais, au fond, il n'en croit rien, ce n'est là qu'une apparence; et il est convaincu que, comme les autres, Molière cherche sa rime, - moins péniblement que Boileau, voilà tout.

Ne nous étonnons pas trop de ces idées sur la

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rime volontaire, dans la bouche d'un homme qui, n'étant que fort peu poète, devenait parfois, à force de patience entêtée, un excellent rimeur. Et ne nous dissimulons pas, non plus, que ce devait être, au fond, la théorie, sinon la pratique, des grands poètes de son temps, c'est-à-dire d'un siècle qui avait perdu le sens de la poésie lyrique et dont les seuls maîtres étaient, à l'exception de La Fontaine, des poètes de théâtre. La raison, et même le raisonnement jouent, en effet, le plus grand rôle dans la conception et l'ordonnance d'une tragédie ou d'une comédie; il est donc naturel que l'exécution fasse une assez large part à la volonté consciente. Seulement, Corneille, Racine, Molière avaient le génie qui manquait à l'honnête Despréaux, et l'inspiration allégeait souvent et supprimait parfois, chez eux, cet effort de la volonté.

Pas toujours. Et c'est tant pis pour leurs rimes, car, lorsqu'ils retombent à ce que j'appellerai la traduction en vers de leurs idées conçues en prose, un très petit nombre de mots suffisants à exprimer des notions purement raisonnables, ils n'emploient plus, pour écrire, qu'un vocabulaire très restreint, d'où résulte un appauvrissement du nombre des rimes, qui va jusqu'à la pénurie.

Ce n'est pas tout: du petit nombre des mots employés à la rime, résulte, nécessairement, une grande monotonie dans le son des finales des vers; à chaque instant, les mêmes sonorités y reparaissent, et, en général, très sourdes, car les mots qui ne forment point image, les mots abstraits.

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sont, la plupart du temps, dénués de tout éclat pour l'oreille. Lisez à haute voix, par exemple, dans Andromaque, ce bout de dialogue où, en quatorze vers, Racine a ramené huit fois des rimes en é:

Pyrrhus

Et le puis-je, madaane ? Ah ! que vous nie gênez ! Comment lui rendre un cœur que vous me retenez? Je sais que, de mes vœux, on lui promit l'empire ; Je sais que, pour régner, elle vint dans lEpire. Le sort vous y voulut l'un et l'autre amener, Vous, pour porter des fers, elle, pour en donner. Cependant, ai-je pris quelque soin de lui plaire ? Et ne dirait-on pas, en voyant, au contraire. Vos charmes tout-puissants, et les siens dédaignés, Qu'elle est ici captive et que vous y régnez ? Ah ! qu'un seul des soupirs que mon cœur vous envoie. S'il s'échappait vers elle, y porterait de joie !

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