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DERNIÈRES CONSIDÉRATIONS SUR LA RIME

Vous connaissez, maintenant, les deux conceptions opposées de la rime : la rime raisonnée et volontaire, la rime imaginative et inspirée. Et, tout en sachant bien que les vrais poètes les ont toujours conciliées d'instinct, vous ne vous étonnerez pas que les théoriciens de la première conception n'aient pas porté, sur la rime, le même jugement que les théoriciens de la seconde.

Ceux de la première assurent qu'elle est une gêne; ceux de la seconde affirment qu'elle est une aide. Oui a raison? Ces derniers, « Pour ce qui est de la gêne que la rime impose, assure-t-on, rien de plus saugrenu qu'une pareille idée », écrit Catulle Mondes dans son Rapport sur le Mouvement Poétique Français. Et « saugrenu » ne me semble pas un mot trop fort.

Entendons-nous, pourtant : la rime est une gêne — et plût au ciel qu'elle fût plus qu'une gêne, un obstacle ! — pour les vains rimeurs qui se croient destinés à la poésie et que cet embarras seul devrait avertir suffisamment qu'ils se trompent sur leur vocation véritable. Elle est une gêne encore — et

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J'ajoute encore : Dieu merci! — pour les vrais poètes eux-mêmes, lorsque, ne se sentant pas soulevés et brûlés par l'inspiration, ils sont coupables de vouloir, aux heures où leur pensée est tiède et lourde, l'associer malgré tout au rythme et à la rime. Car la poésie n'est et ne doit être, selon la belle parole de Shelley, que ce le souvenir des meilleurs et des plus heureux moments des meilleurs et des plus heureux esprits de ce monde. »

Mais quand, pour ces esprits-là, ces moments-là ont sonné, alors, loin que la rime, ou une autre quelconque des lois de la prosodie, leur soit une gêne, voici qu'elle leur est devenue une aide, une aide à ce point délicieuse et puissante qu'elle leur en paraît à eux-mêmes comme surnaturelle, et qu'ils se demanderont presque, lorsque, après avoir librement plané dans la lumière, ils seront retombés au terre à terre et à l'obscurité de la vie médiocre, si c'est bien à eux qu'une telle faveur a pu être un instant donnée.

Et savez-vous pourquoi la rime est une aide ? Retenez bien ceci : c'est qu'elle est une discipline, et que toute discipline, préalablement acceptée, est, à la fois, un renfort et une délivrance. Quand donc avez-vous senti vos pas libres et forts ? Etait-ce quand vous erriez au hasard entre les arbres d'un bois ou entre les pierres d'une lande, sans autre loi que votre caprice ? Non, c'est quand vous avez pris la grand'route élue, et qu'une fanfare sonnée à votre oreille, ou une allègre chanson montée à vos lèvres, a soudain, comme par magie, allégé, affermi, délivré votre marche en la rythmant.

Nous allons voir, tout à Theure, .la rime agir ainsi dans l'imagination du poète. Mais, puisqu'on a dit que la rime était une gêne, cherchons d'abord qui l'a pu prétendre, et sous quels prétextes.

Bien entendu, ce ne pouvaient être des poètes et ce devaient être, fatalement, des théoriciens de la rime-esclave, de la rime purement rationnelle, selon le cœur de Boileau.

Voici ce que dit la Poétique de Port-Royal :

<( La rime étant une gêne, quoique très agréable et très nécessaire pour la beauté du vers, il vaut mieux y être un peu libre, pour favoriser un beau sens, que trop scrupuleux. »

Et voici ce que dit Fénelon dans la Lettre à M. Dacier sur les Occupations de V Académie :

« Je n'ai garde de vouloir abolir les rimes; sans elles, notre versification tomberait... Mais je croirais qu'il serait à propos de mettre nos poètes un peu plus au large sur les rimes, pour leur donner le moyen d'être plus exacts sur le sens et sur l'harmonie. En relâchant un peu sur la rime, on rendrait la raison plus parfaite; on viserait avec plus de facilité au beau, au grand, au simple, au facile... »

Autant de mots, autant d'erreurs. Du reste, en laissant de côté l'auteur anonyme du traité de Port- Royal, — celui, peut-être, qui avait commis les vers du Jardin des Racines Grecques, — si vous voulez, pour Fénelon, mesurer la valeur du témoignage à l'autorité du témoin, lisez tout simplement

VOde qu'on a retrouvée dans ses papiers et qui termine l'édition posthume et définitive de Télémaque: c'est à ruiner, irrémédiablement, la légende sur le chant du cygne, fût-il le cygne de Cambrai luimême! Au reste, dans la susdite Lettre à M. Dacier, au chapitre dont j'ai extrait quelques lignes et qui est consacré au projet de poétique Irançaise, dont il voudrait que se chargeât l'Académie, nous le voyons citer avec abondance et commenter, avec une grâce exquise, d'ailleurs, des hexamètres de Virgile, dont il est certain qu'il a le sens le plus délicat; mais il se garde bien de citer un seul vers français à l'appui de ses critiques, se contentant de dénigrer, sans la moindre preuve, notre prosodie, dont il est clair qu'il parle comme un aveugle-né ferait des couleurs!

La fondamentale absurdité dans laquelle il se complaît, après iPort-Royal et après Boileau, c'est de croire qu'il peut y avoir, chez le vrai poète, chez le poète inspiré, — le seul qui compte, — désaccord entre la raison et la rime; c'est de s'imaginer que le rôle du poète consiste à négocier péniblement entre elles des mariages de convenance, tandis qu'en réalité la raison et la rime sont à ce point mutuellement attirées qu'on ne saurait distinguer quelle est celle des deux qui a fait le premier pas vers l'autre, et qu'on a même pu dire que parfois, chez Victor Hugo, notamment, l'idée avait procédé de la rime et non la rime de l'idée. Non: même chez A'ictor Hugo, l'idée essentielle préside toujours, dans cette demi-inconscience qu'est l'inspiration géniale, à la création de la rime; mais celle-ci ne vient pas seu-

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lement servir l'idée directrice: elle vient l'achever, la confirmer, l'amplifier, la fortifier d'idées accessoires suggérées par les images, qui ont été elles mêmes suggérées par les rimes; si bien que l'on peut dire que la rime, à son tour, est devenue créatrice de raison et génératrice de pensée.

Voici un exemple. Je le prends, à dessein, dans l'un des poèmes les plus contestés de Victor Hugo, l'un de ceux où il semble s'être le plus abandonné à la suggestion verbale, dans l'Ane. C'est le passage où le poète développe — sur le ton ironique el familier — cette pensée que tout novateur, appor tant à la routine humaine « quelque nouveauté sainte ayant l'odeur des cieux », — inventeur ou sociologue, philosophe ou découvreur de mondes, — est prédestiné à l'incompréhension ou à la persécution de ses contemporains. Et vous allez voir les rimes — d'une plénitude et d'une rareté extraordinaires, et, cependant, si naturelles à leur place, qu'elles paraissent, à la fois, les plus aisées et les plus nécessaires du monde, — être beaucoup plus que les servantes de la pensée, mais quelque chose comme le ferment, actif et libre, sans lequel la pensée n'aurait point évolué jusqu'à son terme.

— Malheur, dit le poète, à tous ces hommes, dont il a déjà cité quelques noms, et dont il va citer quelques-uns encore:

Malheur ! Papin en France ou Galilée à Rome, Quel que soit le prodige, hélas ! quel que soit l'homme, Quel que soit le IJienfait, quel que soit l'ouvrier, Qu'il se nomme Jackson, qu'il se nomme Fourier, Malheur ! huée ! affronts, et. clameurs triomphantes !

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Cela fait, il va ranger en deux catégories les adversaires du grand homme: ceux, les croyants, qui le dénoncent au nom d'un dogme, — d'où la belle rime de sycophantes^ par laquelle ce premier développement sera enchaîné au suivant, — et ceux, les douleurs, qui le raillent au nom d'un bon sens étroit dont la médiocre portée ne saurait pourtant l'atteindre, — et, ici, le nom de Voltaire devait apparaître à la rime:

Tous se jettent sur lui : les uns, les sycophantes, Au nom des livres saints, védas ou rituels ; Les autres, les douteurs, bourreaux spirituels, Parfois railleurs profonds, comme Swift et Voltaire, Au nom du vieux bon sens, bouche pleine de terre.

(( Bouche pleine de terre... » Oh! l'admirable définition amenée par une image, amenée ell'emême par la rime !

On vous l'assomme avec maint argument plombé. Là,. par Christ plus Moïse, ici par A plus B.

La rime n'est pas seulement piquante: après une forte et plaisante image, elle amène le résumé, en un seul vers, des deux façons d'assommer le novateur. Puis le poète va nous faire entendre, sur le ton approprié que donne la rime cavernes et balivernes, comment parlent, au nom du sens commun, ceux qui assomment de la première façon, par la raillerie :

Que veut ce songe-creux ? et de quelles cavernes Sort-il pour nous conter de telles balivernes ? Avoir du temps passé jeté le vieux bâton, Quel crime ! — S'appeler Gutenberg ou FuKon,

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Quel cynisme ! — Aller seul ! Taudace est fabuleuse ! Si c"est Plarnel, Cardan, Saint-Simon ou Deleuze, Pour en avoir raison l'éclat de rire est là.

Mais il n'y a pas que les moqués au nom du bon sens, il y a les torturés et les brûlés au nom du dogme; une rime lumineuse a surgi dans l'imagination du poète : Campanella ; et alors, changeant de ton, il continue:

Si c"est Jordan Bruno, si c'est Campanella Qui, le premier, a dit : « Les soleils sont sans nombre » , Qu'il se sauve ; sinon, demain, le bûcher sombre Leur mettra la fumée et la nuit dans les yeux...

(( Le bûcher sombre. » La rime pourrait être commune; non, "elle est redevenue forte et neuve, car le poète n'a vu, d'abord, sur ce bûcher, que la fumée qui aveuglera le martyr... Mais, à présent, ce sont les étincelles qu'il aperçoit: une comparaison s'étajDlit aussitôt, dans son esprit, entre leurs tourbillons infimes et les innombrables constellations de l'univers infini; de cette comparaison jaillit une rime: envieux, et par cette rime, qui nous fait passer du monde physique au monde moral, s'achève, en plein sublime, la personnification, déjà commencée au vers précédent, de ces étincelles envieuses des étoiles:

Et l'affreux tourbillon des braises, envieux, Ghâtiera ce rêveur du tourbillon des astres !

Ce vers, si logiquement amené par la rime précédente, est d'une magnificence extraordinaire. Mais n'oublions pas (|iie c'est le bon âne Patience, dont les oreilles se sont alioiitiées dyns les biblio-

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thèques, (|iii parle ici au bonhomme Kanf, indulgent philosophe, et qu'il ne peut, sans invraisemblance, se maintenir toujours à cette hauteur. Il lui faudra, néanmoins, retomber dans son pré sur une bonne rime. Médicastres en serait une, riche entre toutes; mais comment l'amènera-t-il? Sera-ce par quelque gambade sentant son tour de force d'âne savant? Point. Ce sera par l'abandon pur et simple au cours normal de sa pensée. Rappelez-vous Thomas Diafoirus qui, comme le dit M. Diafoirus, son père, (( s'attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et jamais n'a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de son siècle touchant la circulation du sang, et autres opinions de môme farine ». La circulation du sang, c'est Harvey qui l'a démontrée; notre àne continuera donc te ut naturellement:

Harvey mourra, moqué de tous les médicaslres,

pour achever ainsi sa période:

Kind raillera Kepler ; et tous les culs-de-ploml) Ferreront cet oiseau de l'Océan, Colomb.

Que dites-vous de ce dernier accouplement de mots à la rime, aussi riche de sens qu'inattendu? de ce mot composé, culs-de-plomb, aux trois syllabes sourdes, pesantes, ridicules, vulgaires, et qui, placé là en vedette, peint et flétrit d'un seul trait les grotesques et féroces adversaires du navigateur? Puis de ce mot Colomb, qui, détaché par une virgule des dix premières syllabes de l'alexandrin, s'envole, comme un grand albatros ouvrant tout à

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coup ses ailes, ou s'élance vers la pleine mer, comme la caravelle même du navigateur, dont on aurait, d'un coup de hache, coupé l'amarre?

Et surtout, que dites-vous, à présent, de la prétendue gêne causée par la rime et de la nécessité prétendue qu'il y a de « se relâcher sur la rime pour rendre la raison plus parfaite »?

Quant aux terribles et non moins imaginaires conséquences de cette gêne, c'est à peine si j'ai besoin de les réfuter: la cause cessant, l'effet cesse, comme dit l'adage. Et vous m'en voudriez si je cherchais à vous démontrer « qu'on vise avec plus de facilité au beau, au grand... », par le moyen des mauvaises rimes que par le moyen des bonnes. Vous savez tous qu'il n'existe pas, dans la poésie française, un seul chef-d'œuvre qui soit mal rimé; qu'un poète tel que Racine lui-même, écrit, nous l'avons vu, des vers de mirliton, dénués ^e grandeur, dénués de beauté, dès qu'il s'abandonne aux rimes indigentes; que le siècle le plus pauvre de poésie, le dix-huitième siècle, a été aussi le plus pauvre de rimes; que le splendide épanouissement de la poésie lyrique, au dix-neuvième siècle, a été celui de la remise en honneur de la rime rare, — de la rime riche.

Fénelon ajoute qu'on viserait avec plus de facilité « au simple, au facile ».

« Au simple? » Mais c'est sous le régime de la rime pauvre qu'on a vu naître le goût de la périphrase, du mot ampoulé, du terme impropre, et (ju'on a vu disparaître tout naturel, donc, toute simplicité de notre poésie.

« Au facile? » Mais la rime pauvre ou banale donne l'impression du lâché, non du lacile. Dès que nous nous disons: « Pourquoi ces rimes et non pas d'autres », l'impression de facilité n'existe plus, parce qu'elle n'est donnée, en poésie comme dans tous les arts, que lorsqu'on perçoit l'aisance dans la discipline, c'est-à-dire dans la difficulté apparente. Trouvez-vous faciles ces vers de Jean-Baptiste Rousseau sur la calomnie?

... Quel ravage affreux N'excite point ce monstre ténébreux, A qui l'Envie, au regard homicide, Met dans la main son flambeau parricide, etc..

Non, vous les trouvez abominablement lâchés, voilà tout. Mais en connaissez-vous de plus faciles. de plus aisés, de plus cursifs, que ceux-ci d'Alfred de Musset, au début de Don Paez ?

Je n'ai jamais aimé, pour ma part, ces bégueules Qui n'osent point aller au Prado toutes seules. Qu'une duègne toujours, de quartier en quartier. Talonne, comme fait sa mule un muletier ; Qui s'usent, à prier, les genoux et la lèvre, Se courbant sur le grès, plus pâles dans leur fièvre, Qu'un homme qui, pieds nus, marche sur un serpent. Ou qu'un faux monnayeur au mom.ent qu'on le pend. Certes, ces femmes-là, pour mener cette vie, Pûi'tent un cœur châtré de toute noble envie ; Elles n'ont pas de sang et pas d'entrailles. — JNlais, Sur ma tête et mes os, frère, je vous promets Qu'elles valent encor quatre fois mieux que. celles • Dont le temps se dépense en intrigues nouvelles. Celles-là sont au bal, courent les rendez-vous, Savent, dans un manchon, cacher un billet doux, Serrer un ruban noir sur un beau flanc qui ploie.

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Jeter, d'un balcon d'or, une écliclle de soie, Suivre Tinibroglio de ces amours mignons, Poussés en une nuit comme des champignons ; Si charmanlos, d'ailleurs ! aimant en enragées Les moustaches, les chiens, la valse et les dragées.

(Poésies Nouvelles.)

Ces vers semblent faciles jusqu'à Fimperlinence, et voyez, pourlanl, — sans parler de la savante hardiesse des coupes, — quelle plénitude et quelle nouveauté dans les rimes!

Fénelon écrit encore, dans la même Lettre, — et, ici, sa remarque mérite quelque considération:

« Souvent la rime qu'un poète va chercher bien loin, le réduit à allonger et à faire languir son discours ; il lui faut deux ou trois vers postiches pour en amener une dont il a besoin. »

Cela devait arriver fatalement, en effet, aux faux poètes qui allaient « chercher bien loin » leurs rimes, au lieu de les attendre ; et je ne m'y arrêterais pas si, pour une raison opposée, — un excès d'imagination de la rime — ce défaut d'allongement inutile ne se présentait chez les poètes véritables, incités (luelquefois à prolonger, à surcharger l'exposition de leur thème, parce que de nouvelles rimes, surgissant dans l'esprit, leur suggèrent des variations nouvelles de ce thème, — ou tentés, au contraire, de s'en écarter, à cette même sjDllicitation des mots consonants.

Ni les uns ni les autres ne sont dans cet état d'haïhicination lucide en (juoi j'ai dit ([ue consistait l'ins- |tiration, et (jui est un étal d'écjuilibre entre l'in-

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conscient et le conscient. Les premiers ont trop de lucidité: ils peinent froidement, à l'état de veille. Les seconds sont trop hallucinés, et, comme à l'approche du sommeil, ils laissent, sans assez de contrôle, presque automatiquement, les idées s'asso'cier en eux par l'effet des associations sonores. Mais ces derniers, du moins, et ceux-là seuls, sont des poètes; c'est pourquoi les torts en question — torts des rimeurs, non de la rime, — ne sont ni très fréquents ni très redoutables.

Mais je ne veux pas plus longtemps mettre en présence ceux qui demandent la rime relâchée et ceux qui exigent la rime forte. J'aime mieux les montrer à l'œuvre et vous faire juges. Puisque les citalions sont « les lumières du discours » — lumina orationis — ■ comme dit Cicéron, je ne saurais mieux terminer cette longue étude de la rime que par deux citations, topiques, ce me semble, et qui, pour éclairer la matière, seront plus lumineuses que toutes les théories. Et vous comparerez d'autant mieux les ressources des deux systèmes, que les deux auteurs ont traité, chacun avec le sien, le même sujet. Ce sont deux chants funèbres sur la mort d'un poète.

Le premier est de l'un des plus distingués esprits de l'école symboliste, M. Francis Viélé-Griffm, né à Norfolk (Virginie), Etats-Unis, de souche gaélique. Le poème est écrit en strophes formées de ces lignes inégales improprement nommées « vers libres », par lesquels le poète s'efforce d'effacer Iniilc symétrie rythmique; et il est orné, à la fin de

ces lignes ou vers, de mots dont l'auteur s'ingénie à rendre la consonance aussi vague ou aussi distante que possible:

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