‹ L'art des versChapitre 21 sur 43 · THRÈNE POUR STÉPHANE MALLARMÉ · texte numérisé non relu

THRÈNE POUR STÉPHANE MALLARMÉ

Si Ton te disait : « Maître !

Le jour se lève ; ,

Voici une aube encore, la même pâle ;

Maître, j'ai ouvert la fenêtre,

L'aurore s'en vient encor du seuil oriental,

Le jour va naître ! »

Je croirais t'entendre dire : « Je rêve. »

Si l'on te disait : <( Maître, nous sommes là,

Vivajits et forts,

Comme ce soir d'hier, devant ta porte ;

Nous sommes venus en riant, nous sommes là,

Guettant le sourire et l'étreinte forte ».

On nous répondrait : « Le maître est mort, n

Des fleurs de ma terrasse,

Des fleurs comme au feuillet d'un livre,

Des fleurs, pourquoi ?

Voici un peu de nous, la chanson basse

Qui tourne et tombe

Comme ces feuilles-ci tombent et tournoient.

Voici la honte et la colère de vivre

Et de parler des mots — contre ta tombe.

Mais, lorsque Théophile Gautier était mort, Victor Hugo avait chanté, sur un rythme solide, aux fortes rimes, des vers, dont voici quelques-uns:

Je te salue au seuil sévère du tombeau ! Va chercher le vrai, toi qui sus trouver le beau. MoiTÉe l'âpre escalier. Du haut des sombres marches, Du hoir pont de l'abîme on entrevoit les arches ; Va ! meurs ! la dernière heure est le dernier degré !

DE LA EXME 189

Pars, aigle, tu vas voir des gouffres à ton gré ;

Tu vas voir l'absolu, le réel, le sublime ;

Tu vas sentir le vent céleste de la cime

Et l'éblouissement du prodige éternel.

Ton Olympe, tu vas le voir du haut du ciel ;

Tu vas, du haut du vrai, voir l'humaine chimère,

Même celle de Job, même celle d'Homère,

Ame, et du haut de Dieu tu vas voir Jéhovah !

Monte ! esprit ! grandis, plane, ouvre tes ailes, va !...

(Toute la Lyre.) Gloire à la rime!

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