‹ L'art des versChapitre 8 sur 43 · ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DU VERS · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS DU VERS

jours celles qui ont le plus de durée. Les syllabes toniques, par rapport aux syllabes atones (celles sur lesquelles la voix glisse au lieu de les Irapperj, ne sont donc pas comparables aux longues, en face des brèves: il ne s'agit plus de la durée, il s'agit de Vinteiisiié différente du son des syllabes.

Mais si vous n'avez pas présente à la mémoire cette musique, dont je ne vous ai parlé que parce ciu'elle suit exactement la distinction des syllabes de ce texte en toniques et en atones, fiez-vous a la façon dont je les ai différenciées les unes des autres, et lisez seulement ces vers en appuyant davantage sur les syllabes soulignées. Que constaterez-vous? Un plaisir de l'oreille qui ne sera pas, seulement, celui donné par la longueur égale des vers (tous de huit syllabes), et celui procuré par le triple retour de la rime dans chaque strophe, mais un autre encore: celui qui résulte du balancement des syllabes accentuées, alternant avec les syllabes non accentuées.

Passons, maintenant, à notre langue. Toutes les fois que nous parlons, il arrive que, sans y penser, nous appuyons plus fortement sur certaines syllabes, plus faiblement sur certaines autres. Estce au hasard et par caprice individuel? Non; et si l'on y regarde d'un peu près, on s'aperçoit aussitôt que l'on obéit, d'instinct, à une loi, qui est à la fois très rigoureuse et très simple, et qui se peut formuler en deux articles:

1° Dans les mots de plusieurs syllabes, l'accent tonique, c'est-à-dire le son de voix le plus intense.

do L AUT DES VERS

tombe toujuuis sur la dernière, quand elle n'est pas formée avec un e muet (espoir, nous viendrons/, et sur V avant-dernière, lorsque c'est avec un e muet que la dernière est formée (espérance, ils vienment).

2° Quant aux monosyllabes, — et notamment ceux qui, comme les articles, les pronoms, les prépositions, les temps des verbes auxiliaires, n'ont qu'une valeur purement grammaticale, — ils gardent ou perdent l'accent tonique, selon les cas, en se fondant, pour ainsi dire, au point de vue de la prononciation, avec le mot qu'ils précèdent ou avec celui qu'ils suivent. Ainsi dans: nous sommes, il viendra, la lumière, le soleil, il est parfi, les monosyllabes nous, il, la, le, est n'ont pas d'accent tonique parce quils forment comme la première syllabe d'un mot composé. Mais ces mêmes monosyllabes reprendront leur accent quand je dirai: y sommes-nous? — Vient-i/? — Nous l'aimons tel qu'il est, — amenez-/e, — parce qu'ils forment alors comme une syllabe finale.

Eh bien, c'est de l'obéissance instinctive à cette loi, d'une simplicité si grande, que naît le rythme du langage. En voulez-vous la preuve? Prenons une phrase dont la cadence vous semble, dès le premier abord, flatteuse à l'oreille, celle-ci, par exemple, des Maximes de La Rochefoucauld: « Le soleil, ni la mort ne se peuvent regarder fixement ». Et essayez un peu de la prononcer en égalisant toutes les syllabes, sans porter plus fortement la voix sur les unes que sur les autres: « Le so-lcil-ni-

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