Pelletan
conte la vie décousue^ qui poétise le vice pour le vice^ le vice naïf d'abord^ expérimenté ensuite^ et puis le roman scandaleux, où le scandale explique tout le succès et tient lieu de talent. » « Et sur la scène^ vous dirai-je avec le même auteur, est-ce que vous n'avez pas tout épuisé en fait de débauche et de luxure? Non, sous ce rapport^ il ne nous reste plus de curiosités à vendre : la page de l'impossible est tournée. Pour peu que l'on continue^ on ne mettra bientôt plus sur les planches que des exhibitions babyloniennes de tableaux vivants. » Chose qu'on croirait à peine, il a fallu que la Jeunesse elle-même^ la jeunesse, d'ordinaire si ardente aux curiosités lubriques/ élevât contre ces exhibitions scandaleuses sa protestation indignée : (c Nous pensions^ disaient ces jeunes gens au noble cœur^ nous pensions qu'il était toujours temps de protester , même par nos sifflets^ contre ce genre malsain qui envahit nos théâtres; et nous demandions quels attraits pouvaient avoir nonseulement pour des esprits cultivés^ mais pour des esprits sensés^ ces contorsions ridicules^ ces hurlements qui n'ont rien d'humain^ et surtout ces représentations obscènes. Grâce à de teUes pièces^ les exhibitions les plus scandaleuses se sont emparées de la scène. Hier elle nous montrait ses nudités savantes; aujour-
d'hui elle nous parle son argof : encore un peu et nous n'aurons rien à envier à la corruption des grandes époques de décadence. » Ainsi parlaient des jeunes gens en mars 1866 ; et un journal peu susceptible d'exagération ascétique^ le moins clérical des journaux, ajoutait : c( Cette lettre fait justice d'un système qui tend à déshonorer la scène française et à en faire la risée de Fétranger. On dit quïl faut servir le public selon son goût : allons donc ! ce sont vos spectacles obscènes qui font la dépravation du goût public K »
Telle apparaît cette orgie littéraire dénoncée par les profanes et les libres penseurs eux-mêmes. Or^ vous essayeriez en vain de vous le dissimuler, les dégradations de Fart suivent inévitablement et dans toutes les sphères ces dégradations de la littérature. Une sorte d'impulsion irrésistible entraîne la masse des artistes vers ces hardiesses, ces audaces, ces licences, ces débauches applaudies dans les drames et les romans du jour. Et lorsque, pour comble de scandale et de malheur, la fortune vient à couronner au sein de ses triomphes cette littérature échevelée, pareille à une courtisane enrichie par ses débauches ; oh ! c'est alors que la contagion devient inévitable et le fléau universel. Le