‹ L'art devant le christianisme, (conferences de Notre-Dame, 1867);Chapitre 14 sur 19 · Opinion nationale · texte numérisé non relu

Opinion nationale

scandale fortuné et Timmoralité enrichie passent du roman sur la scène^ de la scène dans l'atelier de Tartiste ; et de là^ si vous ne savez les arrêter^ ils viendront jusqu'en ces expositions qui ont la légitime prétention de nous élever au spectacle des grandes choses^ montrer à touS; comme une immense tentation, comment on fait sa fortune en outrageant la pudeur^ comment on monte à la gloire en abdiquant la vertu, comment le scandale peut tenir lieu de génie, et comment la médiocrité, grâce aux complicités de la luxure, prime la supériorité et emporte sa royale couronne !

Après cela, que les hommes de lettres intéressés aux triomphes de la littérature immorale osent encore nier sur nos mœurs et nos arts Tinfluence dégradante de leurs œuvres; qu'ils viennent accuser de sévérité injuste la critique impartiale; qu'ils viennent dans des apologies de leurs livres plus immorales encore que leurs livres eux-mêmes, dire et redire que « l'œuvre de littérature et d'art est toujours innocente et qu'elle n'a d'autre résultat que d'exprimer devant le public le tempérament de l'auteur. » Est-ce que de telles apologies peuvent rien contre le témoignage universel de la conscience honnête? 0 démolisseurs publics de nos innocences et de nos vertus, quoi? vous

osez nous dire, en vous lavant les mains des souillures infligées aux âmes par vos impuretés littéraires : « Changez vos mœurs, et nous changerons nos œuvres!» Et moi je vous dis : Changez vos œuvres et vous changerez nos mœurs : mettez la pureté dans vos livres, et vous la ferez passer peu à peu dans nos âmes ; et cette pureté dans les âmes produira, peu à peu, dans les arts la véritable beauté.

Savez-vous, Messieurs, ce qui dans ces dépravations de la littérature contemporaine porte aux mœurs et aux arts une atteinte encore plus profonde? C'est qu'en outrageant directement les mœurs par les triomphes de l'immoralité, elle tend à pervertir par les erreurs qu'elle popularise la conscience elle-même ; c'est qu'elle anéantit la dernière majesté qui reste aux peuples comme aux individus au sein même de leurs plus grandes chutes, le sens moral; c'est enfiïi qu'à l'orgie littéraire se joint, pour nous mieux ravaler, le cynisme littéraire. Quand on embrasse d'un regard attentif l'ensemble de notre monde littéraire, on dirait une conspiration universelle contre la conscience humainë.

> C'est ici, il faut bien l'avouer, le trait saillant de notre littérature antichrétienne ou extra-chrétienne ; et c'est l'un des plus tristes symptômes de notre temps. Chaque

siècle produit, hélas! pour le malheur des hommes, son contingent d'œuvres immorales. Les époques même les moins dépravées voient croître, dans une certaine mesure, aux rayons de leur soleil, cette triste moisson. Il semble qu'il y a toujours et partout une somme de dépravation qui couve au fond de Thumanité, et qui a besoin de trouver une issue pour éclater à la surface; et vous ne parcourrez pas une seule littérature, sans y respirer, çà et là, ce je ne sais quoi de fétide qui s'exhale, même à travers les fleurs, de cet éternel fond de la corruption humaine.

Mais, Messieurs, autre chose est de créer des œuvres imn^orales, autre chose est de tuer la moralité; autre chose est de blesser la conscience, autre chose est de la détruire; autre chose est de braver le remords par des œuvres ou par des lectures provocantes, autre chose est de le supprimer. Ah! sans doute, dérouler pendant de longues heures, devant les imaginations ardentes, des turpitudes auxquelles une vertu vulgaire ne peut même pas songer, c'est un mal, un mal profond déjà; mais légitimer la [honte, absoudre le scandale, justifier le crime, le crime qui se nomme ici l'adultère, là l'inceste, ailleurs l'assassinat, l'assassinat qui tue le rival, l'amante ou l'épouse, ou bien l'assassinat qui se tue

lui-même par une lâcheté et un crime suprême : voilà ce qui porte à la morale d'abord et à Tart ensuite de mortelles blessures. Eh bien^ j'ai quelque honte de le dire^ la littérature contemporaine^ et en particulier la littérature du drame et du roman^ est tombée jusquelà. A travers des péripéties où Ton marche avec dégoût de honte en honte^ et souvent de crime en crime, on rencontre, avec un étonnement plein de tristesse, des apologies pour toutes les hontes et des absolutions pour tous les crimes. Des dramaturges et des romanciers qui, en face des quelques rares condescendances de la casuistique chrétienne, prendraient peut-être les attitudes les plus scandalisées, ne rougissent pas d'étendre sur tous les crimes, sur toutes les débauches, sur toutes les cruautés et quelquefois sur toutes les scélératesses, le voile doré de leurs morales nouvelles. Ils proclament volontiers que les vices corrompent les arts; mais une chose leur échappe, c'est que leur littérature inocule le vice en pervertissant la conscience, et par là dépose dans les âmes les germes toujours féconds des corruptions artistiques. Pour ne signaler ici qu'une de leurs principales aberrations, vous les entendez proclamer, avec un calme qui donne le froid au^cœur, la prédestination fatale de certaines natures aux grandes déprava-

tions et aux grands crimes^ et par là préparer une excuse toujours prête et toujours valable pour tout justifier, même la scélératesse.

Choisissons, entre mille, dans une production récente, un exemple de ces absolutions octroyées au crime par la fatalité. Ecoutez : « Le vice a aussi son innocence et sa naïveté. Il est des êtres prédestinés pour le mal ; ils en ont Tinstinct et le besoin, et ils Faccomplissent sans en avoir ni la préméditation ni la conscience... Le serpent donne la mort, et le lotus rend fou. Cet animal et cette fleur savent-ils ce qu'ils font? Non. nature le veut ainsi. Leur mission est de détruire et ils détruisent : pourquoi? Dieu le sait. Certaines âmes sont douées comme eux de ce privilège fatal. » Ainsi, comme le serpent, vous donnez la mort parce que c'est votre besoin et votre mission de la donner 1 Quelle morale de Caraïbes et de Hottentols, prêchée en pleine civilisation par des lettrés se proclamant les porte-enseigne de la civilisation ! Est-il étonnant, après cela, d'entendre un homme que la vengeance vient de pousser à un assassinat où Thorreur de la cruauté se complique des horreurs de la volupté, Tâme encore pleine de sa double souillure, s'applaudir lui-même avec un calme cynique d'avoir reconquis sa

paix par la puissance de son crime. Il faut citer encore^ car ici^ en vérité^, le vrai pourrait ne plus être vraisemblable. C'est deux fois horrible; mais il faut qu'on n'ignore pas ce que nous savons supporter, tolérer, et trop souvent applaudir !

(( La nature^ dans un mouvement irrésistible,, meurtrier^ m'a délivré tout à coup du démon qui m'obsédait. Le crime m'a exorcisé, calmé^ assaini. Je stiis rentré immédiatement après dans cet équilibre dont la physiologie fait la base de la morale... Quand je m'examine^ et quand je me juge^ je me trouve absolument innocent, . . J'ai été sauvé par l'assassinat. J'aurais mieux aimé être sauvé d'une autre manière; cela n'était pas, sans douie^ dans mon pouvoir... Peut-être le crime était-il dans ma destinée. Je subis la fatalité héréditaire. Dès lors ce n'est plus moi qui ai commis ce meurtre^ c'est l'être mystérieux que je porte en moi; c'est mon père, c'est l'înconnul... »

De quoi s'agit-il? Messieurs^ d'un mélange inouï de volupté et de cruauté^ d'une scène de honte qui échappe à la description, se terminant par un coup de poignard. Et pas un mot de l'auteur, pour infliger et à cette morale et à ce crime le stigmate d'une flétrissure deux fois méritée; pas un mot^ pour soulever contre l'horrible

la légitime horreur de Tâme : Tassassiii s'applaudissant de Fassassinat^ et Tauteur donnant à ce crime sans remords et à cette apologie sans pudeur la complicité de son silence : Ah ! Messieurs^ cela n'est plus seulement l'immoralité, cela doit se nommer le cynisme de la littérature !

Pour achever avec ses propres perversions la décadence artistique^ il ne manquait plus qu'une chose à notre littérature déjà deux fois pervertie : c'était de tomber et de faire tomber Fart avec elle-même dans la hont^ de la spéculation et dans Topprobre du métier.

Nous disions naguère que Toubli de soi est dans les œuvres d'art la condition des inspirations sincères et des exécutions splendides. La préoccupation du moi tend à tuer Fart en essence; elle en dévore les germes les plus divins, elle en iFerme les sources les plus fécondes; et cela^ alors même que Fartiste ne se recherche que dans ce qui est réputé plus noble dans Fhomme, Fambition^ la renommée, la gloire même. Qu'est-ce donc^ lorsque Fartiste se cherche dans ce qu'il y a de plus essentiellement inférieur, Fargent^ For^ la richesse^ le bien-être? Qu'est-ce, lorsque l'art, c'est-à-dire Fexpression du beau, n'a plus d'autre ambition que d'à-

boutir à Tutile, et d'y aboutir, le plus souvent, par le sacrifice de ce qu'il y a de plus beau?

Eh bien! Messieurs, nous voudrions en vain voiler devant l'étranger ce déshonneur national : la pensée au milieu de nous est exploitée comme un vil métal. Le vrai, le beau et le bien valent comme le chiffre et se pèsent au poids de Tor. J'entends autour de moi retentir une langue que nos pères ne connaissaient pas. J'entends parler d'entreprise littéraire, de mercantilisme littéraire, d'agiotage littéraire. La littérature devient comme une Californie où se précipitent les cupidités lettrées, cherchant en tous sens le métal immaculé qu'ils nomment religieusement le rédempteur de la misère! Quel spectacle dégradant! Voyez autour de vous ces lettrés qui écrivent, écrivent, écrivent, l'un le roman, l'autre le feuilleton, un troisième le drame, un quatrième la chronique, un cinquième ses impressions, un sixième ses rêves, un septième ses souvenirs, son histoire, sa vie, ses mémoires!... Que cherchent et cette prose et cette poésie? Où vont ces romans et ces feuilletons, ces drames et ces chroniques, ces impressions et ces histoires? A la Californie de la littérature moderne. Ils disent qu'ils poursuivent le beau sous des formes nouvelles. Le beau! Allons donc! Us se soucient

bien de cela : pour eux^ le beau c'est rutile, c'est-à-dire ce qui rapporte. Vous croyez que ces hommes suivent rimpulsion de l'idée^ l'inspiration du génie^ le souffle de Tâme, l'entraînement du cœur? Point du tout. Regardez bien ; le financier est derrière eux : voilàle Dieu qui inspire et gouverne leur parole. Il dit : écrivez ceci, et ils l'écrivent ; démolissez cet homme, et ils le démolissent; propagez ce mensonge, et ils le propagent. Sous le règne de la cupidité, la littérature tombe là : dans le trafic. Dans l'homme de lettres, je ne vois plus que l'homme d'affaires; dans l'homme de l'art, l^homme^ù commerce. Le talent se produit, non plus par la puissance de réaliser le beau, mais par l'habilité à spéculer le profit; et le génie lui-même tombe jusqu'au plus ravalé de tous les métiers, le métier de faire de l'or !

Et pour accroître avec le mercantilisme de la littérature la décadence de l'art, il y a ce que des auteurs ont justement nommé d'un nom que vous me pardonnerez de redire dans cette chaire : il y a la coterie, la coterie vénale et despotique de la littérature régnante. Des coteries littéraires! il en est pour écraser le talent hon^nête, humble, chaste et chrétien ; il en est pour désespérer le génie lui-même impuissant à vaincre la coali-

tion de ces vénalités complices. Des coteries littéraires ! il en est pour pousser à la gloire ou à la fortune les mé-diocrités audacieuses^ insolentes^ libertines; il en est surtout pour faire autour des pauvretés littéraires et artistiques enfantées par rantichristianisme un fracas immense^ et pour ourdir autour des grandes œuvres la conspiration du silence. Ah! la coterie littéraire^ c'està-dire la société d'admiration mutuelle et d'exploitation commune^, sous la raison sociale : mensonge, égoïsme et vénalitéj, comment vous la peindre dans sa vérité^' c'est-à-dire dans sa laideur naïve? Écoutez. Cléophile et Chrysophile ont fait un pacte fraternel; l'un des deux a dit à l'autre : c< Pousse-moi^ et je te pousserai; dis que je suis un Virgile, et je dirai que tu es un Homère.» Voilà l'image abrégée de la coterie littéraire. Qu'ils soient deux ou qu'ils soient cent^ c'est toujours la même chose. Vous n'êtes, pas du cénacle où se décident les grands succès : malheur à vous ! Vous serez vaincu par la coterie triomphante.

Pour gouverner cet empire de la bohème dorée^ il y a la royauté des parvenus et des enrichis. Comme les monarques ils ont une cour^ et dans cette cour des valets à leur livrée^ faisant métier et profit de proclamer oracle tout ce qui tombe de leur plume^ et chef-d'œuvre

de génie tout ce qui sort de leur tête. Leur fortune littéraire est faite; ils sont passés princes de la littérature moderne; désormais ils ne peuvent plus être médiocres. Ils touchent du bout de leur doigt leur front olympique^ et il en sort des créations et des chefs-d'œuvre achevés, comme Minerve sortait toute belle et tout armée du cerveau de Jupiter; et la coterie s'écrie : miracle!... Que dis-je? Ces rois de la littérature quelquefois n'ont pas encore parlé^ mais on sait qu'ils vont parler; l'œuvre n'a pas encore paru^ mais on sait qu'elle va paraître : et déjà elle est proclamée un chef-d'œuvre du grand génie.

Et quand ils le voudront,, ils se riront à ce point de la stupidité humaine; ils prendront sous leur haut patronage une vulgarité littéraire, premier essai d'un échappé de collège : ils y jetteront avec trois gouttes de leur encre l'illustration de leur signature; et le peuple demain^ grâce au fracas calculé de la coterie bruyante et applaudissante, s'extasiera devant cette ébauche de bachelier, comme devant la plus belle œuvre du maître î

Et pour assurer ces succès deux fois et trois fois honteux qui humilient ensemble la littérature, l'art et l'humanité, vous savez les puissances qu'on invoque : entre touteS;, ces quatre choses, qu'un critique justement

illustre * a bien nommées « les quatre grandes puissances de la littérature contemporaine^ à savoir : l'Annonce, rAffiche, la Prime et la Réclame. » Et par elles et avec elles, les ignobles industries et les inventions les plus sordides conspirent dans Tombre ou au soleil contre Fhonneur de la littérature et la majesté de Tart. . . . Ouij Messieurs, la marchandise littéraire exploitée, vendue et achetée, altérée et falsifiée, comme ne Test pas même la plus vulgaire denrée mise au service de nos infimes besoins : oui, tous ces mets littéraires offerts à nos goûts dépravés et réputés si délicats, soumis à plus de ruses et de falsifications mercantiles que les aliments préparés pour vos tables par les habiletés et les roueries du petit commerce î Et voilà pourtant où nous en sommes arrivés !,.. De tous côtés des hommes pesant la pensée au poids de Tor, vendant, comme aux enchères, au plus offrant, enveloppées de paroles vénales, des idées et des opinions, des attaques ou des défenses, des blâmes ou des éloges, et adjugeant aux artistes la défaite ou la victoire, Fhumiliation ou la gloire ! . . .

0 dégradation, ô dégradation de la littérature, entraînant fatalement, comme la ruine entraîne la ruine, la 1. De Pontmartiii.

dégradation de l'art ! Oh ! qui viendra^ le fouet à la main^ chasser du sanctuaire des lettres ces vendeurs et ces acheteurs deThumaine pensée ? Qui viendra balayer le temple de Tart de ces immondices accumulées par rimmoralité^ le cynisme et l'agiotage de la littérature pervertissante? Qui saura flageller d'une indignation intrépide toutes ces laideurs et toutes ces dépravations littéraireS;, qui en abaissant et déshonorant la dignité de l'artj abaissent et déshonorent l'humanité elle-même? 0 vous qui portez avec dignité et indépendance votre nom de critiques^ ah ! que Dieu vous donne de comprendre ici la grandeur de votre rôle et la puissance de votre ministère ! Soyez^ devant les vrais chefs-d'œuvre^ du moins devant les choses vraiment belles^ soyez comme les artistes eux-mêmes^ saintement passionnés pour l'éternelle beauté. Montez par l'amour de celte beauté infinie jusqu'à l'impartialité absolue de la justice et de la sainteté. Que dans les créations de l'art^ votre regard découvre et pénètre tout ce qui est vrai ; qu'il sache distinguer jusque dans son obscurité le génie qui demain, grâce à vous, resplendira au soleil de la publicité'^ que votre cœur aime et embrasse tout ce qui est beau, et que votre voix, fidèle interprète du génie créateur redise et chante avec ses œuvres tout ce qui est

harmonieux ; et à force d'enthousiasme sincère^ en face de la vraie beauté^ vous arriverez jusqu'à Timpartialité souveraine. ^

Mais si Fabject vient et dit : c( Je suis le sublime ; » si le vice s'étale dans sa littérature effrontée en vous disant : a Je suis la vertu ; » si le faux se pare de ses sophismes, et vous dit dans un luxe menteur: « Je suis le vrai; » si le laid enfin^ oui, le laid lui-même, se drapant dans sa laideur, ose dire en se posant devant vous : « Regardez-moi, je suis le beau : » Oh î alors, je vous en prie, au nom de Fart et de la littérature, au nom de leur dignité et de la nôtre, au nom de notre progrès et de notre civilisation, laissez, laissez tomber sur ces tentatives barbares des trésors de courageuse indignation et de généreuse colère ; flagellez, flagellez ! et pour la plus grande gloire de la vérité, de la vertu et de Fart lui-même, chassez du temple de la beauté ces profanateurs de la beauté

Artistes, littérateurs, princes de Fart ou de la littérature contemporaine, ah ! ne . dites pas, pour excuser les abus de Fart et !es prévarications de votre génie, ne dites pas que le torrent du siècle vous emporte, que ses aspirations vous dominent, que ses dépravations vous commandent, et que force vous est de jeter à des

goûts dépravés raliment qu'ils vous demandent ! Mais pourquoi donc existez-vous? pourquoi portez-vous ce beau nom qui vous oblige devant les hommes^ si c/est uniquement pour suivre les courants de dépravations qui emportent l'humanité ? Ah ! si vous n'avez d'autre but que de précipiter notre chute^ laissez-nous ; nous n'avons que faire de vos œuvres pour nous pousser à Fabîme ; le poids de nos erreurs et de nos mœurs^ hélas ! nous y entraîne assez par lui-même.

Et nous^ Messieurs^ qui ne sommes pas des artistes^ ah! n^oublions pas que nous avons^ nous aussi ^ en face des prévarications du génie de l'art^ notre part de légitime responsabilité. N'oublions pas que les er= reurs que nous professons^ les mœurs que nous pratiquons et la littérature que nous encourageons^ forment autour de nos artistes une atmosphère trois fois viciée; qu'elles les pénètrent^ les envahissent^ les enveloppent, et deviennent presque^ malgré eux^ les inspiratrices de toutes les aberrations de leur génie et de toutes les perversions de leur art; n'oublions pas^ enfm^ que ce qu'ils ont surtout la tentation de peindre^ ce qui s'empreint dans leur imagination ardente^ ce qui sollicite comme une séduction^ et le jour et la nuit, leur nature vibrante;, c'est le modèle vivant que nous leur

offrons chaque jour et que nous sommes nous-mêmes, avec nos vices ou nos vertus^ avec nos grandeurs ou nos bassesses. Aux artistes de travailler à relever par leurs œuvres le niveau de nos doctrines, de nos mœurs et de nos lettres ; oui, mais à nous de relever^ par nos littératures^ nos mœurs et nos doctrines^ le regard, ridéal, rinspiration, Fœuvre des artistes, et^ avec tout cela^ le niveau de nos arts menacés de descendre de chute en chute jusqu'à cette extrême décadence qui se X nomme le réalisme.

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