‹ L'art devant le christianisme, (conferences de Notre-Dame, 1867);Chapitre 17 sur 19 · SIXIEME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

SIXIEME CONFÉRENCE

Monseigneur,

Après avoir montré la nature et le but de Tart^ après avoir indiqué les rapports intimes qui existent d'un côté entre Thomme et Tartiste^ de Fautre entre l'artiste et son siècle^ nous avons signalé- dans notre dernière conférence, comme résultat des causes de décadence révélées dans la précédente, cet effrayant phénomène qui se produit aujourd'hui dans le monde artistique, le réalisme, réalisme considéré en lui-même et dans son essence est l'antagonisme de l'art, il en est la négation la plus absolue. Envisagé dans ses conséquences, le réalisme est un fléau pour les intelligences, pour les mœurs, pour la société, pour la civilisation, pour luimême enfin.

Ainsi^ nous avons montré dans les deux dernières conférences pour Fart contemporain les causes de destruction et les symptômes de la mort. Aujourd'hui, nous allons dire la parole de vie et de résurrection. Nous allons essayer de résumer dans une condensation substantielle et dans une synthèse abrégée^ Faction directe que le christianisme exerce sur Félévation et sur le vrai progrès de Fart.

Messieurs, si un moment vous aviez pu vous étonner de voir porté dans cette chaire un sujet presque inusité dans la prédication chrétienne^ vous pouvez voir maintenant comment il rentre dans la sphère de notre apostolat, et fait une partie intégrante de notre sujet général^ \q progrès par le christianisme. Je me dis pour mon compte^ et yous vous direz avec moi, que plus Fadversaire, cr'est-à-dire Fantichristianisme^ travaille sous nos yeux à tout séculariser^ plus de notre côté nous devons travailler à tout christianiser; et je sais. Monseigneur^ que c'est la pensée de votre haute intelligence, et la sollicitude de votre zèle pastoral, de nous voir montrer au siècle, du haut de cette grande chaire, comment le christianisme, dans son inépuisable et divine énergie, a la puissance de tout élever et de tout féconder, les mœurs, la société, la famille, la philosophie, la

science, Téconomie^ et Tart lui-même^ cette face brillante de notre humanité.

D'ailleurs^ si j'avais pu hésiter un instant sur l'opportunité d'un tel sujet, il m'aurait suffi, pour dissiper mes doutes, d'entendre les étranges paroles qui naguère encore retentissaient au milieu de nous comme une ironie sacrilège jetée, au nom de l'art, à la face du christianisme : «Le parfait chrétien aimera l'abjection, c( et il sera le contempteur et Vennemi de la beauté, « Le chrétien ne tiendra ni à bien peindre, ni à bien c( sculpter, ni à bien dessiner; il confond l'art, cette « grande volupté de l'âme, avec le plaisir vulgaire. » Et ils n'ont pas craint d'ajouter que le christianisme est avec l'art dans un antagonisme absolu, parce (( qu'il a substitué à la beauté idéale du corps humain « la maigre image d'un supplicié tiraillé par quatre (( clous ^ ))

Ainsi des apôtres nouveaux interprètent devant nous la doctrine apostolique : et c'est à peine si quelques rares protestations s'élèvent pour confondre de tels mensonges! Montrons aujourd'hui que le christianisme, j'entends non le christianisme diminué, le christianisme mutilé, le christianisme iconoclaste, mais (e vrai

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