‹ L'art devant le christianisme, (conferences de Notre-Dame, 1867);Chapitre 3 sur 19 · Victor de Laprade · texte numérisé non relu

Victor de Laprade

ment et de sa main la lumière de cet idéal qui brillait tout à rheure si éclatant et si pur dans le ciel de sa pensée.

Ah î je le comprends : si les arts sont impuissants à rendre même toute la nature et toute la réalité; si, comme nous venons de le dire tout à l'heure^ la parole^ la couleur, le son, le ciseau, le pinceau, tous les organes les plus souples et les plus ingénieux de Fart, ne peuvent ni reproduire tous les spectacles, ni redire tous les chants de la création ; qu'est-ce donc, lorsqu'il s'agit de peindre, de retracer, de reproduire, d'exprimer Tidéal ou du moins' une image de lui? Qu'est-ce donc, quand l'artiste essaye de faire cette image aussi belle dans son œuvre qu'elle est belle en lui-même? Un écrivain qui a le grand sens de l'art a dit : « Ce qu'il y a de plus (' beau et de plus divin dans le cœur de l'homme n'en (( sort jamais ; entre ce qu'on sent et ce qu'on exprime, (( iLy a la même différence qu'entre l'âme humaine et « les vingt-quatre lettres de l'alphabet*. » — Ce que l'écrivain dit ici de la parole exprimant l'âme humaine, on peut le dire de tout artiste essayant d'exprimer l'idéal qui le séduit, le charme et l'attire. Ah ! c'est qu'entre Tidéal qu'ail poursuit et les instruments dont

Page 1