DES PIÈCES PRIMITIVES
Il y a trois formes classiques dans la composition primitive. Elles sont sinon distinctes au sens strict du mot, du moins très accusées, visibles par conséquent.
La primitive, genre psaumes, antiennes syllabiques ou peu ornées, et pièces similaires. La mélodie se décompose en notes par syllabes ; très rarement un groupe de 2 ou 3 sons vient rompre la simplicité générale de l'œuvre.
Ce principe syllabique a engendré, par un lent travail, tout l'Art subséquent.
En effet, cette nécessité de déclamation syllabique du texte prose, se perpétuera au milieu des transformations de la mélodie première au point de s'imposer dans la mélodie pure des vocalises, alors même qu'il n'y a plus syllabe du texte à exprimer.
La notation neumatique en fait foi par l'homogénéité de son système.
En passant, disons un mot de la question si controversée du rythme des hymnes !
Deux hymnes seulement sont notées neumatiquement dans le manuscrit de Saint-Gall. Elles sont écrites en prose musicale, une syllabe par
l'art dit GRÉGORIEN 3l
groupe, sans s'occuper de la quantité prosodique. Le sens mélodique de la musique suit mot à mot, le sens du texte, en respectant les vers tels qu'ils sont; mais c'est de la prose musicale comme le reste. Je ne sais ce qui en est au juste des autres hymnes; quant à présent, je constate seulement un fait dans Saint-Gall et je le fais connaître tel qu'il est.
La seconde forme est ce que j'appellerai \di forme grégorienne pure. L'introït en est le type parfait, c'est une antienne fleurie. Dans ces pièces chaque syllabe est exprimée primitivement par un groupe simple; la note isolée exprimant une S3dlabe est rare; deux ou trois groupes pour une même syllabe, rares également.
S'ils existent, c'est par nécessité de concordances rythmiques, pour l'équilibre de la phrase; l'inspiration, commençant à se développer, aura brisé momentanément le moule de la déclamation syllabique, — de principe dans cette sorce de pièces, — faute de syllabes en quantité suffisante. Il y a des exemples innombrables à en donner.
Retenons ce fait: -l'inspiration aura brisé le moule de la déclamation syllabique ! La mélodie tend à se développer, seule, par syllabes musicales, deux ou trois temps de suite; elle tentera peu à peu de se libérer des entraves du texte pour être plus elle-même, et exprimer l'au-delà de ce texte, c'est-à-dire les sentiments qu'il fait naître.
Cet état nouveau se traduit dans la troisième forme d'art ou forme musicale pure «graduels, Alléluias etc., pièces à vocalises.»
Dans celle-ci, la mélodie coule à pleins bords, ce qui ne signifie pas qu'elle soit toujours géniale. Le texte est le sujet qui sert de thème idéal. La musique le traduit de même. Il n'est plus question de syllabes littéraires, accentuées ou non, entraînant création de syllabes musicales- juxtaposées, et suivant ses inflexions oratoires ; c'est de la musique pour le plaisir d'en écrire, mais c^est toujours de la prose musicale !
Si, par la pensée, nous revoyons l'ensemble de ces transformations, nous serons obligés de conclure à un enseignement classique certain, obligatoire même ; le principe de la composition de chacune des pièces est trop rigoureusement observé pour qu'il en puisse être autrement.
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