MODE DE FORMATION DES GROUPES
A bien considérer l'alphabet neumatique, il ne se compose que de deux lettres, le «purichim et la virga ».
Ces deux signes servent à créer toutes les autres combinaisons. Ils n'indiquent par eux-mêmes aucune différence de durée d'émission^ mais seulement une élévation des sons à émettre, l'un par rapport à l'autre.
Supposons trois notes dont la seconde est plus élevée que les deux autres, par exemple : ut mi ré.
Ut et ré seront représentés par des pimctiim mi par une virga. Voilà la base.
Ex
Une mélodie syllabique — c'est-à-dire celle dans laquelle chaque syllabe du texte est exprimée par une seule note — peut se contenter d'un système aussi rudimentaire, mais un chant expressif exige d'autres moyens dans la représentation graphique de ses mille inflexions.
Dès lors, une syllabe étant exprimée par deux, trois, quatre notes, et plus quelquefois, ces deux éléments fondamentaux se combinent ensemble et prennent une forme conventionnelle, qui les rend aisément lisibles.
Ce que nous appelons signes-racùies, sont les deux seules combinaisons possibles des deux éléments fondamentaux.
Leur union ne peut avoir que deux aspects.
Punctum 4- virga = podatus (voy. tableau 11*^ ry. P) Virga -f- punctum = clivis (vo3\ tableau VU" ry 1°)
Un groupe de plusieurs notes, sauf le cas de deux notes unissonnantes, consécutives, ne peut commencer que par un de ces mouvements mélodiques ascendants ou descendants.
Il est clair que tous les groupes qui commencent par un mouvement ascendant peuvent être classés comme dérivés du podatus, et tous ceux qui commencent par un mouvement descendant, comme dérivés de la clivis.
Donc deux grandes familles.
Leurs dérivés directs, indirects et sous-dérivés forment, à leur tour, trois combinaisons nouvelles dans chacune d'elles.
Pour le Podatus, mouvement ascendant de deux notes, (tableau 11° ut-mi par exemple), le dérivé direct est le Scandicus, mouvement ascendant de trois, quatre,., notes, (tableau IIP ut mi fa, ut mi fa sol)] le dérivé indirect est le Torculus, dessin mélodique en V à l'envers, ci = A (tableau IV° td-mi-ut par exemple); le sous-dérivé est le Torculus resupinus, dérivé du précédent, c'est-à-dire dessin en \ avec virga post-adjointe, indiquant une note terminant le groupe en remontant (tableau VP ttt mi ut »iii >^ ré). Dans ces combinaisons le podatus-racine est donc toujours initial du groupe mélodique nouveau, ainsi formé.
Pour la clivis, mêmes observations, mais tous les mouvements sont inverses. Ce sont deux notes descendantes (tableau VIP, w^'-w/ par exemple).
Le dérivé direct est le climacus qui sous-entend trois, quatre notes descendantes (tableau VHP, mi ré ut si par exemple).
Le dérivé indirect est le porrectus, dessin mélodique en V (tableau IX°, ;;// /// mi par exemple).
Le sous-dérivé est le porrectus resupinus, dérivé du précédent^ c'està-dire dessin en V plus une note post- adjointe, terminant le groupe en descendant (tableau IX°, mi ut mi ;|i#» > ré).
La classification générale ainsi présentée, paraît être la plus logique, après minutieux essais de toutes autres. On la saisit dès la première explication, simplicité qui constitue une présomption en sa faveur.
Si Ton suit, en effet, la ligne horizontale d'un rythme donné, P, IP etc.. on voit, en partant de la note isolée, les groupes se former peu à peu
depuis le plus simple jusqu'au plus compliqué, en conservant toujours, à travers ces modifications par additions, la nuance propre ou le rythme spécial de sa classe. Si l'on suit, au contraire, la ligne verticale en partant du vy. 1" jusqu'au ry. X°, on voit le inême groupe dans toutes ses modifications de nuance ou de rythme, telles que nous les avons exposées page i8, pour une seule note.
Enfin, si l'on a bien compris tout ce qui précède, la traduction sera aisée à faire dans bien des cas.
Prenant, d'une part, la notation neumatique de Saint-Gall et celle d'Einsiedeln qui la complète, — pour ne parler que des deux manuscrits reproduits en entier dans les volumes I et IV de la Paléographie, — prenant, d'autre part, soit l'édition notée bénédictine de Solesmes, soit l'édition notée rémocambraisienne de Lecoffre, — et plutôt les deux comme contrôle et complément l'une de l'autre, — on aura d'un coté, les neumes avec leur nuances romaniennes, de l'autre, la tiote probable d'une version primitive.
Respectant alors les groupements de notes selon les neumes, selon leurs rythmes et nuances propres, et appliquant les notes des deux versions citées, sous les groupes neumes, nous obtiendrons une reconstitution approximative du chant ancien. Je dis approximative, parce que ces versions ne donnent pas toutes les notes exprimées par les neumes et qu'il faut la connaissance des formules et des tonalités anciennes pour combler les vides de la mélodie.
Autre difficulté à résoudre! Il arrive fréquemment que les groupes neumes sont très rapprochés les uns des autres, et qu'alors, certains d'entre eux, écrits en éléments fondamentaux isolés mais accolés, ne présentent pas à l'œil, une séparation bien nette. Il pourra se faire que le traducteur hésite à attribuer tel élément à tel groupe plutôt qu'à tel autre. C'est par la recherche des concordances rythmiques que la difficulté sera levée le plus souvent.
Il ne faut pas enfin se dissimuler qu'il est nécessaire d'avoir pratiqué de longs mois les neumes, et saisi l'esprit du chant primitif dans ses formules usuelles, pour éviter l'écueil. Mais, jamais il ne faudra s'appu^^er sur les deux notations citées plus haut pour résoudre l'énigme, les groupes étant retaillés, à tort et à travers, dans ces notations.
C'est pourquoi, je n'ai pas reculé devant le travail énorme, d'écrire un ouvrage complet — et prêt à paraître — contenant l'explication, un à un.
l'art di: GRÉGORIEN 23
d'environ trois cents* des signes les plus usuels pris parmi les Sgo portés dans les lo tableaux partiels des pages lo/ii.
Puis, passant à l'Art lui-même, dans sa forme idéale, je le révèle dans tous ses détails, — ce que je ne puis faire ici que très superficiellement, — comblant ainsi l'abîme que comme compositeur, je souffrais, devoir toujours béant dans notre science musicale. La filière des transformations successives de l'art que nous cultivons, n'a plus désormais de solution de continuité, depuis l'antiquité grecque la plus reculée jusqu'à l'heure présente.
On ne peut enfin admettre que la restauration actuelle, bénédictine, puisqu'il faut la nommer, nous ait révélé l'Art primitif de l'Eglise, cultivé avec succès du IIP au X^ siècle.
Sept cents ans sont une durée bien longue pour un état stationnaire d'une culture artistique vraiment trop primitive^ et si réellement telle était la vraie musique de l'Eglise, on est en droit de se demander quel intérêt artistique nous pourrions trouver à la remettre en honneur^.
^ Les 90 autres se comprenant par analogie.
2 Les P. Bénédictins ne nous disent-ils pas que c'est une ébauche de chanlXW Triste aveu, en vérité. Mais il n'en est rien. L'ébauche de chant est leur chant, <i eux, mais non le chant primitif des n\anuscrits neumés ; et c'est uniquement parce qu'ils n'ont pas découvert celui-ci, qu'ils nous imposent le leur, en le qualifiant du seul nom qui lui convienne!