‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 100 sur 343 · Boysse, Le Théâtre des Jésuites, Paris · texte numérisé non relu

Boysse, Le Théâtre des Jésuites, Paris

3. Higal, Le Théâtre français avant la période classique, \\!\. Liste des pièces, en français, jouées dans des collèges.

les personnages dans chaque pièce an delà du nécessaire : de la sorte, les élèves étaient plus nombreux qui prenaient une part active à la fête. C'est ainsi, sans étalage de propbs dogmatiques, mais au contraire en capitulant sur plusieurs points et en le reconnaissant loyalement, que Palmyreno nous fait sa profession de foi. Par là, au seuil même de sa carrière d'auteur dramatique, nous surprenons chez lui un sens de 1 actualité qui l'empêche de s'obstiner dans des errements désormais impossibles.

Pour ses débuts, il composa trois comédies : la Comœdia Lohenin, représentée le 1 3 janvier lo/iG; la Comœdia Sigonia et la Comœdia Octavia, dont il ne nous a pas fait connaître la date exacte, mais qui ont certainement été représentées à Valencia. Toutes trois ont été réunies par l'auteur, en i5GG, dans un volume intitulé : Troisième et dernière partie de la Rhétorique, mais elles ne s y trouvent qu'à l'état de fragments, de longueur et d'importance inégale.

La Comœdia Lobenia y figure pour mémoire, sous les espèces d'un prologue, sans aucun rapport avec la pièce elle-même; on y voit les Trois Muses, Calliope, Melpomène et Clio, célébrei", avec la collaboration d'Amphion et de la Renommée,. les louanges de \alencia, qui est devenue un second Parnasse, fréquenté par d'incomparables poètes, tels que Jeronimo Fal- C(jn, Oliver, Antonio de la Jardina et bien d'autres, parmi lesquels Palmyreno attire les regards jDar sa mine lugubre et sa triste apparence {mœstus ac sordidatus).

La Comœdia Sigonia nous est connue par des morceaux plus étendus, empruntés non aux préliminaires de la pièce, mais à la pièce elle-même. C'est l'histoire d'un parvenu, Libanius, qui, par le commerce maritime, s'est constitué rapidement une énorme fortune. Autour de lui deux intrigues gravitent, l'une relative à une enfant perdue, 1 autre à une rivalité amoureuse. Libanius avait une fille qui a disparu ; à sa place, après un laps de temps considérable, deux se sont présentées : laquelle est la légitime ? D'autre part, à cause de ses richesses, plusieurs pères de famille souhaiteraient l'avoir pour gendre; en parîiculier,

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ïhéopompe se réjouirait que sa tille Xaiitlila se mariât avec lui, mais Xanlhia est courtisée déjà par Pontanus, quelle aime, et par Cléanthe, qu'elle n'aime pas. Lequel des trois finira par l épouser? Si les spectateurs de la. Comœdia SIgonia ont eu, à coup sûr, la solution de cette double énigme, les trop courts extraits que nous en possédons nous laissent finalement dans l'ignorance.

Après les aventures du parvenu, les frasques du fils de famille : c'est le sujet de la Comredin Ocfavia. Chremylus, dont la vieillesse s'aggrave d'avarice, est marié avec la jeune et brillante Marcella, qui ne lui cache pas qu'elle l'a épousé uniquement pour son argent. Le fils né de cette union mal assortie, Rapitius, ne saurait faire que des sottises : grâce à la complicité de son précepteur, il noue par correspondance une intrigue amoureuse avec Octavia, auprès de laquelle il trouve bon accueil. Bientôt il enlève la jeune fille, au cours d'une fête que les fermiers et ouvriers agricoles aux gages de la famille viennent chaque année, aux calendes de janvier, donner dans la demeure des parents d'Octavia. Rapitius, déguisé et masqué à llnstar de tous ces braves paysans, pénètre à leur suite jusqu auprès de sa belle, et tandis que les danses rustiques se déroulent, il s'esquive avec elle. Ce rapt est bientôt puni par lemprisonnement du coupable. Son père consulte en vain un astrologue portugais : nul ne sait l'avenir réservé au jeune homme.

Ces trois comédies, Lohenia, Ocfavia et Sigonia, trouvèrentelles bon accueil auprès du public!^ Palmyreno n avait pas coutume de garder pour lui seul ses élucubratlons; si donc, pour une fois, il a imprimé de simples fragments, s'il n'a jamais livré au public ses pièces //* extenso, contrairement à ses promesses*, il est permis de croire que cette réserve lui a été imposée par 1 échec qu elles avaient subi. Dans la préface de la

I. Il l'avait promis au moment même où il publiait les fras^ments : « Fra»meuta aii(|uot ex comœdiis Palmyreni, quibus leclor molestarum praeceplionum tœdium discutiel : dum autor ipse eas emendal et seorsum in hicem edendas curât. » (73).

Comcpdia Lohenla^ il n'a point caché qu'il s'était heurté dans ses tentatives dramatiques à un auditoire unanimement hostile, et cette hostilité devait d autant moins désarmer qu'elle s en prenait non seulement aux comédies, mais à Palmyreno lui-même et à ses menées. 11 ne plia pas devant la tempête. On avait heau traiter les cicéroniens de (( luthériens ou de fous" », il n'en demeura pas moins cicéronien avec d autant plus de ferveur que l'introduction de l'étude de Cicéion dans le Sludi valencien paraît avoir été due à son initiative : luimême en a revendiqué Ihonneur^. La cabale avait beau épier toutes les occasions de lui jouer un mauvais tour, il ne s en mêla pas moins à toutes les discussions, à toutes les querelles, disant son mot avec franchise sans souci de ses adversaires, dont il a probablement exagéré la férocité. Il comptait, pour résister aux coups les plus rudes, d'abord sur le zèle exemplaire avec lequel il s'acquittait de son métier, arrivant le premier à l'Université, même au plus fort de l'hiver, et donnant à lui seul plus de leçons que tous ses collègues réunis". Il comptait aussi et surtout sur la protection que le Conseil de la cité, qui l'avait fait venir de Saragosse à ^ alencia, semble lui avoir toujours conservée.

Cette faveur des magistrats municipaux, il la payait de services empressés, travaillant, par exemple, en 1572, à apaiser le mécontentement que le Conseil avait provoqué par l'interdiction de dicter aux élèves des leçons que ceux-ci apprenaient par cœur, cultivant leur mémoire mais non leur juge-

1. P. 82 : (( ... Credo reprehensores esse, quibiis liuius [Falmyreni] comœtliae non probantur. — CALLIOPE. Ciir eos non interficil'.'' — RUMOR. Hui, vis ut oniries cives interficialV — CALL. Vœ illi qui sibi urbem omuem animis infestam inimicamque cognovit ! »

2. Dialogo de co/no han de imilar a Cicet'on, co/nponer con facilidad, para despues hablar Latin de Repente. (Saragosse. 1070; 2e édition, A'alencia, 1578) : « ... Hoy a los Ciceronianos llanian Luiheranos, o locos. » Les interlocuteurs du Dialogue sont I^almyreno lui-même et son fils Arsenio.

3. Cf. Fusier, I, 869. Du culte de latrie, que Palmyreno rendait à Cicéron, on peut juger par les nombreux opuscules qu'il a consacrés à l'orateur ron)ain. • 1. iNfenéndez y Pelayo, Bibliograjia hispano-latina chisira, 762 sq.

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