Cf. Auforis praefatio in seqiientem Fahellam
3. Dans l'île de Majorque, qui dépendait, comme Valencia et Barcelone, de l'ancienne Couronne d'Araa^on, Jaime Romanyâ fit représenter, en 1062, sur la place publique, devant huit mille spectacteurs, une comédie latine intitulée Gastrimarrjns. Cf. un art. de José-Maria Ouadrado dans La Palma, i84o,
l'évasion. Dans la fortH qui les abrite et où ils se défendent vaillamment contre un dénonciateur, ils retrouvent, par un hasard miraculeux, le frère et la sœur d'Alberto, qui étaient venus au secours de leur aîné. Ceux-ci sont porteurs de messages signés par les rois et princes de France et d'Italie pour réclamer Alberto. Le roi de Danemark consent que le sort des fugitifs soit réglé par un combat de leurs tenants : la victoire des étrangers permet à Albert d éj^ouser celle qu'il aime, cette -Enaria qu'il a enlevée, et de revendiquer pour lui la couronne de Danemark. Dénouement prévu et assez gauchement amené, qui clôt sur une impression optimiste la pièce et la carrière dramatique de Palmyreno.
Nous ne savons à peu près rien sur les conditions dans lesquelles les quatre comédies de notre auteur ont été représentées. En dehors de ceci qu'elles ont été mises à la scène à l'intérieur de l'Université par des étudiants transformés en acteurs devant un auditoire de choix, l'on ne peut rien afïirmer. De leur texte, il serait téméraire de conclure qu'une décoration était aménagée sur les tréteaux; dans la Sigonia coniœdi'a , les interlocuteurs déclarent qu'ils sont maintenant arrivés à la maison de Théopompe, qu ils vont se cacher dans un appentis et que, de là, ils verront un autre personnage monter l'escalier à vive allure*; mais s'ils annoncent que la maison de Théopompe est sous leuis yeux , cette annonce peut avoir pour objet de suppléer auprès des spectateurs à l'absence d'un décor approprié, tout aussi bien que d'attirer sur lui leur attention; quant à l'escalier, il s'agissait peut-être tout sim-
t. Sigonia comœdia, 112 : « MANARDVS. V'entum est in œdes Theopompi, conscendainus. — MONTANUS. ... Sed adest lacobus de Forliuio, recipianius nos in pergulam proximam, ridebimus suavissime, conteniphunini quani céleri H'radu scalas illas leuior aura superet. »
204 LAUT DRAMATIQUE A VALEXCIV.
plement de celui conduisant à la plate-forme scénique. En sorte que ni ce passage, ni aucun autre ne nous tirent d'incertitude.
Sur le fond même des comédies, plus de précision nous est possible. Non qu'elles méritent une étude minutieuse; comme œuvres d'art, elles ne supportent pas lexamen. Mais elles gardent la double marque de leur origine : universitaire et valencienne, et ceci vaut d être retenu.
Elles sentent le collège, mais elles ne le doivent pas à leur sujet, — qui n'est jamais emprunté aux épisodes de la vie universitaire, — elles le doivent à la langue dans laquelle elles sont écrites et, plus encore, aux habiletés de « fort en thème » dont leur latin est émaillé. \ isiblement, à une époque où bien des gens écrivaient en latin, Palmyreno s est piqué au jeu, et s'il étend son vocabulaire et sa syntaxe bien au delà de l'usage cicéronien, il n'en cherche pas moins des effets de style. Il en tire quelques-uns d'un choix heureux et abondant de citations dont la plupart sont empruntées à Cicéron et à Virgile, comme de juste, mais dont quelques-unes viennent d'Ennius et de Varron, amsi qu d a soin de le faire remarquer. Ailleurs, docile aux préceptes de la rhétorique plutôt qu aux suggestions de sa mémoire, il insère dans les tiiades de ses personnages, au détriment de la vraisemblance, des narrations faites selon la meilleure formule : « Le jeune homme studieux, déclarait-il dans la préface de la Comœdia Octavia, trouvera ici des exemples d'invention et délocution » ; autrement dit, il y verra strictement appliquées les règles dont ses maîtres lui ont dévoilé les arcanes. Ce n'est point par hasard que Palmyreno a publié ses œuvres dramatiques comme annexes à des traités de rhétorique : il les avait parées de toutes les grâces, aujourd'hui flétries, que l'on cultivait alors dans les collèges. Disposition des matières, gentillesse de l'expression, tout y est ajusté au canon de la beauté classique: il n'est pas jusqu'aux badinages qui ne trahissent le rhéteur émérite, tel cet étrange jeu de l'écho auquel il s'est livré à deux reprises, chacune des phrases prononcées étant combinée de telle sorte que la syl-
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labe finale, répétée en écho, lui serve de réplique ^ Il se dégage de là une impression d'artifice et comme un parfum scolastique. Les cahiers de bonnes expressions, les recettes des phraséologies ou des stylistiques exerçaient leurs ravages chez les maîtres comme chez les élèves. Qu'après cela, Palmyreno se soit permis quelques phrases, quelques scènes un peu libres pour notre goût, — qu'il ait risqué des plaisanteries d'un goût qui n'est même pas douteux, comme de traiter de « fille de cuié » une jeune personne de naissance incertaine"^, — ce n'est pas seulement parce que le latin dans les mots brave l'honnêteté, c'est aussi parce qu'en ce temps-là on était moins scrupuleux ou peut-être moins hypocrite que nous sur le chapitre de la bienséance. Les pièces n'en restent pas moins essentiellement universitaires, écrites par un pi'ofesseur pour ses étudiants.
L'Université, au seizième siècle, avait déjà ouvert ses fenêtres très largement sur la vie contemporaine. A Valencia, en particulier, le caractère municipal du Studi gênerai l'associait à la grandeur et à la décadence de la cité, plus intimement que n'étaient liées à la fortune d'Alcalâ ou d'Oviedo les fondations somptueuses, mais artificielles et extérieures, d un Cisneros ou d'un Fernand de Yaldés. Rien d'étonnant, dans ces conditions , à ce que l'œuvre dramatique de Palmyreno se soit nourrie d'actualité. Non qu'il ait voulu porter à la scène l'évé-
1. De cette plaisanterie laborieuse, on trouvera un exemple dans le prologue de la Fahella ^Eaaria (en castillan) ou dans la Como^dia Octcwia, 127-128, (en latin et en grec!). Faut-il rappeler que la poésie espagnole en général, et le théâtre en particulier, ont abusé de ce jeu? A Valencia même, Tàrrega, dans sa comedia El Prado de Valencia, a écrit une scène en écho (B. A. E., XLllI), mais il avait l'excuse que sur les bords du Turia, à l'endroit où la scène est censée se dérouler, l'écho existait réellement, parce que les sons émis dans la direction du fleuve étaient renvoyés par le pont placé en travers; il visait seulement à rappeler dans sa pièce une curiosité naturelle, {|ue ses compatriotes connaissaient bien. Tout autre est le cas de Pedro Calderôn, qui, dans sa jolie comedia Ni Anior se libra de arnor, a gâché à la fin du deuxième acte, par une scène en échos, toute la fantaisie, charmante et ailée, de ce qui précède.
2. Sigonia comœdia, io5. « Ho, ho, ho, audite, ego dicam uobis unam veritatem. Vos estis spuriœ, et mater uestra meretrix, et pater uester prœsbiter. »
L ART 1)H\M\H(JUK A VALENCIA.
iieiiieiil (lu jour, l'aventure de la veille, le scandale du lendemain : les traits essentiels de ses intrigues ont été tracés avec les seules ressources de son imagination ou de sa mémoire. Mais, dans le détail, les allusions abondent. Allusions à des personnages connus : si la plupart de ses héros sont affublés de noms à la romaine, quelcpies-uns portent des noms empruntés à l'usage valencien , tel ce Jacobus de Forlivio, type de médecin évidemment croqué sur le vif, irrespectueux des traditions de l'Ecole, sceptique et volontiers cynique; tel encore Zârate, le comptable de la prison, ou un ceilain Capdeguayta*. Allusions à la topographie valencienne : il sent bien que ses comédies intéresseront d'autant plus qu'elles évoqueront des paysages familiers; a-t-il donc quelque duel à raconter, il en placera le terrain ad lacum (ippelkitum laygua de en Bonanat ^ ; et ainsi pour tout le reste. Allusions aux bouleversements sociaux que les grandes explorations géographiques ont provoqués : Libanius, le parvenu enrichi, a fait fortune « dans les îles récemment découvertes », et le D' Forlivio, visitant une dame, lui souhaite « un gendre bien riche, retour des Indes »•'. Allusions enfin — et ce sont les plus nombreuses — aux coutumes valencienncs : cris des marchands dans la rue : comprau alcaraula, nia(af<i.lur/a, moslalla; complainte d'un mendiant qui se prétend sourd-muet : Eya, comeria si lenid que; recettes de cuisine indigène, tel ce cuzcurii de (ives, qui nous révèle que les vieux chrétiens méprisaient la religion mais non les condiments des Arabes. On n'en finirait pas d'extraire de ces comédies de Palmyreno ce que son esprit, toujours à l'affût, y a entassé de détails piquants. Aussi bien la plupart d'entre eux perdent pour nous de leur ^intérêt par l'impossibilité de les commenter. Ils suffisent à attester que rien, pas même une mince cloison, n'isolait l'Université de la cité.
1. Forlivio dans la Sigonia coinœdia ; Zarate et Capdeguayla daus la Fahella /Enaria.