Boysse, op. cit., 3i
2. « Les parescia que por el ^■ran frio [el Dinamarca] era inhabitable, y que los Romanos hauian hecho un g-ran niilagro, en llegar al cabo de Scagen que es en la parte occidental (jue llamamos lurlandt y los eslrangeros llaman Cimbrica Chersonesus... »
SOUS une parure mi-latine, mi-espagnole un vêtement coupé à la mode du pays. Serait-ce qu'elles ont brusquement rompu avec leur passé:' \ullenient; il est arrivé, au contraire, qu'à ressusciter le théâtre latin par des imitations plus ou moins libres, cei-lairies ressemblances se sont révélées entre lui et le théâtre espagnol qui n'étaient point dues au simple hasard. Cherchez, à la libre allure de la comedia, à ses personnages habituels depuis le galdn jusqu au gracioso, à ses intrigues plus soucieuses d'imprévu que de vraisemblance, au jeu varié de ses rythmes, cherchez à tout cela des précédents ou des modèles, et n est-ce point chez Plante ou chez Térence que vous les trouverez? L inspiration et l'intérêt dilîèrent : l'avènement d une civilisation nouvelle, une longue tradition de christianisme et de chevalerie ne se sont point interposés vainement entre la Rome des comiques latins et l'Espagne du Phénix des Esprits. Mais la technique de leur art, les recours auxquels se confie l'homme du métier, la forme sinon la matière dramatique, ce sont autant de points qui marquent un contact et peutêtre une ressemblance entre les pièces latines et les espagnoles. Aussi Palmyreno, remontant en plein seizième siècle jusqu'à deux cents ans avant Jésus-Christ, ne s'éloignait pas sensiblement de cette comedia qui était autour de lui en voie d'élaboration ; bien plutôt, il la ramenait à son départ, à son modèle lointain. Au moment où le théâtre national de l'Espagne, ayant enfin reconnu sa nature et fixé sa norme, allait s'élancer vers un avenir glorieux, il était bon, il était salutaire que par la voie discrète des représentations universitaires il se retrempât à sa soui'ce. Que ce retour en arrière ait abouti à des œuvres bâtardes comme la Fahella .^narla, latine encore par son enveloppe, espagnole déjà par sa structure, c est un inconvénient dont nul au seizième siècle n'a songé à se pleindre et dont au contraire Palmyreno a tiré vanité.
Voyez, en elTet, la clairvoyance avec laquelle Palmyreno s'est rendu compte de la signification de son œuvre nouvelle. Il l'a baptisée Fahella et non plus Coniœdiu, pour la distinguer des précédentes ; il déclare qu'elle n'est a ni une comedia ni
LE PSEUDO-CLVSSICISME. 27 I
une farce, mais un passc-lemps ' w. Plus clairement encore, dans une note placée à la suite de sa pièce, il va au-devant des critiques et il déclare : <( Que le lecteur bienveillant ne me reproche pas d avoir violé les lois de la comédie : pour plaire à la foule j'ai imité les farces espagnoles et non l'art sérieux de Térence"-. »
Ce changement de méthode ce n'est pas lui qui l'a voulu, c est l'opinion publique qui le lui a imposé : par là, son exemple éclaire les tendances de cette époque. Les propres étudiants du Studi avaient été séduits par le genre nouveau, ils désertaient les salles de cours, ils gaspillaient les subsides paternels pour voir représenter des farces^, et le professeur témoin de ces tendances nouvelles a compris qu'il serait vain de les contrecarrer. Traître en apparence à son passé, à sa culture archiclassique, aux chefs-d'œuvre vénérés de l'antiquité, il s'est mis à l'école de ces histrions sans foi ni loi qui donnaient dans des cours empuanties des spectacles bizarres peut-être et mal réglés, mais gros de toutes les promesses d'un art nouveau. L'humaniste s'est fait auteur à la mode. Il a immolé en sa personne les traditions du genre classique aux prémices du théâtre national.
Cette immolation annonce le moment où les vagissements de la comedia, enfin débarrassée de ses langes, vont devenir des chants de triomphe. Rien ne montre mieux que le cas de Palmyreno avec quelle vigueur contagieuse 1 art proprement espagnol, celui dont la comedia de Lope de Vega est devenu le type parfait, se développait à Valencia dans la seconde moitié du seizième siècle. Incertain de son avenir, il gagne toutes les sympathies, échaulFe les cervelles, vide les salles de cours, force les enceintes que l'on s'attendait à trouver le plus résis-
1. Prologue de la Fabella .Enavia : a ... esto que ni es Comedia ni Farsa, sino entretenimiento. »
2. « Ne mihi vitio vertat benignus lector non seruatas esse Comœdiœ leges, quandoquidem Farsas Hispanicas, non Terenlii grauitatem in gratiam vulgi imitatus sum. »
3. Fabella yEnaria : « Digo os que los estudianles de todas facultades de.van los iiciones por oyr las farsas, y no se acuerdau que estan fuera de sus patrias gastando diueio dcbalde. »
27a L ART DRAMATIQUE A VAt.KXCIA.
tantes, celle par exemple de l'Université, et avec l'espièglerie de l'enfance, il va jeter la cape et Fépée par-dessus la toge d'un professeur vénérable. Sa gentille allure provoque, sans coup férir, des capitulations spontanées : c est un triomphe univereel. La comedia absorbera et assimilera tout ce qui ne sera pas elle. Son règne est sur le point d'advenir et c'est un joli païadoxe, digne des humanistes du bon temps, que cette fusion du théâtre latin et universitaire avec un type nouveau de drame, à la fois espagnol et humain, qui semble à première vue aux antipodes du drame antique et qui en est par plusieurs côtés le légitime héritier.
]\e concluez pas que le théâtre humaniste a disparu à Valencia sans laisser de traces. Il a sauvegardé, malgré toutes ses capitulations, une tradition qui allait être recueillie. Même au moment où il en négligeait l'observance, il s'était toujours recommandé des règles classiques; il en avait vanté l'excellence, rappelé les dispositions essentielles. Par l'enseignement dogmatique de ses maîtres aussi bien que par ses divertissements scéniques, l'Université a maintenu à Valencia le culte des chefs-d'œuvre de l'antiquité; elle a proposé des modèles qui n'étaient point seulement Plante le bouffon ou le discret Térence, mais Sénèque le tragique et les protagonistes de la dramaturgie grecque. Il s'est trouvé que certains néophytes, Virués par exemple et Rey de Artieda, ont voulu reprendre à leur compte et appliquer au grand jour les préceptes jusque-là enfermés dans les écoles : de là est sortie une tentative pour créer en espagnol un théâtre conforme aux canons de la beauté antique.
D'un mot. A alencia, dans la seconde moitié du seizième siècle, a vu la ruine ou plus exactement la transformation du théâtre pseudo-classique sous la forme latine et comique, sa renaissance sous la forme espagnole et tragique. C'est cette renaissance, d'ailleurs éphémère, que nous allons maintenant étudier.