I. Parna.so es/xinol, VI, 3i
« Fues publicando yo, (jue recitaba Salcedo no comedias aniorosas, Noclurnas asechanzas de mancebos, Y libres liviandades de mozuelas, Cosas que son acetas en el vulgo ;
LE l'SIiLDO-CL.VSSICISME. Q-Q
de la vie humaine comme sur la conclusion qui se dégage du spectacle d'une tragédie. C'est probablement pour lendie la leçon plus frappante que nos auteurs ont multiplié dans leius intrigues les péripéties sanglantes, les meurtres froidement conçus, implacablement perpétrés et les ralTinements de cette cruauté qui épouvantait, à deux siècles de distance, le sensible Moratîn rédigeant ses « Origines du théâtre espagnol ». Leurs pièces ne s achèvent pas sans que des fleuves de sang coulent. Quelques-uns même n attendent pas au dénouement pour secouer les nerfs du public; ils provoquent, dès les premiers actes, quelque bon assassinat qui le mette en goût pour le massacre final. \ irués s'est assuré, sur ce point, une supériorité incontestable. Il multiplie les morts pour nous apprendre à vivre, et celte prétention est commune à toute l'école pseudoclassique.
La leçon sera d'autant plus frappante que ces catastrophes frajîperont de plus nobles personnages. Argensola remarque, dans le prologue de son Alejandra, que la tragédie est née des infortunes princières, imcida de desr/racias de los prineipes. Il faudra bien, aux premiers rôles, donnei' un entourage plébéien, mais on évitera de le recruter parmi des manœuvies attachés à la glèbe ou à leur métier, tels les laboureurs de Lope de Rueda ou les marchands de Timoneda; on admettra de préférence les bandits, qui sont l'élite de la pègre, les bergers, qui forment, en littérature, une sorte daristociatie, et les gens de maison, si utiles auprès des grands dans l'emploi de confidents. Alais rien n'est plus capable d'ennoblir la fable tragique que les allégories, les fantômes ou les dieux de la mythologie païenne. Aussi, Cueva et Cervantes en ont-ils tiré gi'and
Siuo (jue de coturnos ;ulornaclo, En lugar de las hurlas, os conlaba Misérables Tragedias y sucesos, Desenoafïos de vicios, cosa fuerle, .
Y dura de tragar a quien los sigue :
Vosotros, por no ser amigos de esto, Venis â ver los trâgicos lamenlos,
Y la frasrilidad de vuestra vida. »
280 LAUT DRAMATIQUE A VALENCIA.
parti. Némésis, Morphée, Diane, \énus, le fleuve Bétis d'une part; l'Espagne, la Guerre, la Faim, la Maladie, le fleuve Duero d'autre part, voilà les figures qui peuplent V Infaniador de l'un, la Numancia de l'autre ^ C est surtout dans l'histoire qu'on ira chercher les héros : histoire vraie ou fausse, chronique ou légende, il n'importe. L'essentiel, c'est qu'une longue tradition ou une renommée éclatante les ait accrédités. Ainsi ils seront vrais, ou du moins les spectateurs croiront à leur vérité, et l'auteur prendra soin de ne rien écrire qui aille contre cette croyance. L'histoire est le fondement de la tragédie"- : ce sont les propres paroles de Cueva. Libre à la comédie d'inventer de toutes pièces ses fables et ses personnages; défense lui est faite par le législateur du Parnasse sévillan , qui blâme du même coup ses propres « comédies », d'usurper un seul nom historique^. La tragédie reçoit le monopole d'emprunter aux tables de la renommée ses héros et ses intrigues : ce sera pour ceux-là une garantie de noblesse, pour celles-ci une garantie d'authenticité.
Le style devra être digne de tels garants. Il abandonnera définitivement la prose pour la poésie. Le vers, pour devenir tragique, empruntera à l'épopée des accents relevés, et au lyrisme une harmonie pleine de douceur^. Tous les genres nobles concourront à en accroître le prestige, comme si la tragédie, oubliée ou inconnue naguère, prétendait maintenant réduire à l'état de vasselage la poésie entière. A son service on mettra les épithètes et les rimes ingénieuses; le vers, lorsqu'il ne sera pas suelto ou blanc, comme il est arrivé souvent dans ces tentatives pseudo-classiques, se terminera de manière que le son soit à la fois une caresse pour l'oreille et une surprise
1. Il y a aussi beaucoup de persoonai^es alléi^-oriqucs (la Républiffue, la Discorde, l'Envie, l'Ambihcn) dans la traiçédie de (iabriel Lasso de la Veu^a, Tragedia de la riiijnn de Constandnoplu, cabeza del iinperio Griego, par Mahometo Soliman, gran lurco.
2. « La Istoria en que se funda la Traçedia. » Cueva, Exernplar poélico, III, V. 712.