‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 108 sur 343 · Juan de la Cueva, Exeinplar poélico, III, v · texte numérisé non relu

Juan de la Cueva, Exeinplar poélico, III, v

« Con Epitetos adornar procura Tus versos, que al Poeta hermosean i al Orador ofenden la escritura. »

282 L VHT DRAMVTIOLE A VALE.NCIA.

naîtie leur originalité : elles apportaient une variété encore inconnue de 1 art dramatique; elles ont donné, en leur temps, la sensation de la nouveauté, — sensation que nous n éprouvons plus, car nous y retrouvons de vieilles connaissances qui nous sont familières depuis Sénèque.

Y a-t-il donc eu, à cette date de i58o. une action directe de la tragédie antique sur la tragédie moderne? Il ne le semble pas. Pareille influence n'aurait pu s exercer que par des traductions, puisqu en fait, rares étaient les personnes capables de lire dans le texte original sinon les tragédies latines (qui n'étaient elles-mêmes que des copies), du moins les modèles grecs. Or, très peu de tragédies ont été traduites en espagnol au seizième siècle, et ces traductions se placent généralement avant i58o, dans la première moitié du seizième siècle. G est le cas pour 1 « Electre » de Sophocle, que Pérez de Oliva publia àBurgos, en i528, sous le titre de La venganza de Agamenon, et pour quelques-uns des chefs-d'œuvre d Euiipide, que le même Pérez de Oliva, puis Boscan, mirent en prose castillanne, sans qu'il soit certain que l'imprimerie ait divulgué immédiatement ces versions. En somme, l'ère des traductions a coïncidé avec lère des grands humanistes, les Alonso de ^aldés, les Alvar Gomez, les Euis ^ ives, les Juan de Vergara, les Nunez de Guzmân, dont l'activité s'est surtout manifestée avant i55o. Ges humanistes de la première génération étudiaient l'antiquité pour elle-même, sans mêler au culte qu'ils lui rendaient aucune préoccupation d'en tirer parti; ils cherchent à la comprendre, non à la copier*. La génération suivante voulut

I. On trouvera la Veganza (sic) de Agamenon, et la Hériiba triste, traduites, l'une de Sophocle, l'aufre d'Euripide, par Pérez de Oliva, au t. VI du Purnaso espcmol, 191 et 261. — H y a mie cdit. de la Vengança de Agamenon datée de Burgos i528, et une réimpression datée de 1580 et augmentée de Héciiba triste. Sur Boscàn, traducteur d'Euripide, cf. Antologîa de poetas liricos caslellanos , XIII, i54-i56. Pedro Simon de Abril a traduit la Médée d'Euripide, mais cette traduction, quoicjue antérieure, ne sendile pas avoir été imprimée avant loyg, à Barcelone, trop tard par conséquent pour entrer ici en ligne de compte. Cf. Pellicer, Ensaijo de una bihliolhccci de /os tradtictores,

LE PSEUDO-CXASSICISME. 3^3

exploiter à son profit la veine antique : avec Herrera, la poésie lyrique fouille TEcriture, Pindare, Horace, pour leur dérober (les images, des stiophes, des inspirations. Ercilla et les poètes épiques pillent les épaves d'Homère, de Virgile et de Lucain ; ils s y approvisionnent de tous les ingrédients nécessaires à l'épopée. Les poètes dramatiques enfin dépouillent les tragiques grecs, mais surtout Sénèque, qui leur était plus accessible.

Ils le font d ailleurs avec désinvolture et sans aucune recheiclie d'exactitude, avec un sans-gêne auprès duquel les traductions ou adaptations dos humanistes sont des merveilles de fidélité. Comparez les deux traductions élaborées avant i533 (il mourut cette anné-là) par Hernân Pérez de Oliva avec n'importe laquelle des tragédies pseudo-classiques qui virent le jour cinquante années plus tard, et le changement dans la méthode apparaîtra avec évidence. Certes, à examiner de près La ven- (janza de Agamenon et la Hécuha triste, on s'aperçoit que Sophocle et Euripide sortent de cette version passablement maltraités. Les passions et le langage sont accommodés à l'usage moderne; quelques personnages disparaissent, d'autres surgisseiit que rien ne faisait prévoir. Mais pourtant l'inspiration, l'intrigue, le caractère des protagonistes n'ont reçu aucune atteinte grave ; l'esprit, sinon la lettre, a été sauvegardé.

iNos poètes tragiques de i58o n'ont plus le même respect. C'est un fait digne de remarque : sur les trois dizaines de tragédies à l'antique qu'ils nous ont laissées, il n'y en a pas une seule qui puisse être qualifiée de traduction ni même d adaptation. L'un d'eux, Jean de la Cueva, a écrit une épître entière pour flageller les poètes qui s'abaissent dans leurs œuvres à des traductions ou à des imitations'. Bien mieux, à quelques exceptions près, ils n'ont pas même emprunté le sujet de leurs pièces, à défaut du développement, à l'antiquité grecque ou latine. Lorsque le français Baïf, s'abandonnant au transport sacré des Bacchantes, voulut sacrifier sur l'autel de la Tragédie

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