Alcahali, it^i
l\. Sur les jongleurs au quinzième siècle, cf. Alcahali, i34, i4'- Tous les documents déclarent qu'ils allaient sonan dans la procession, mais on ne dit pas qu'ils allaient canton, et cela suffit pour démontrer qu'ils ne furent jamais des acteurs.
5. Carb., 28, n. Le document parle, d'une part, de « aquells qui anauen en lo9 entramesos », d'autre part, « dels jui^lars qui anauen en la dila processo ».
couvents valenciens, dont le concours, au moins durant le quinzième siècle, était acquis d'avance aux fêtes du Corpus. Malgré leur inexpérience, on n'attendit point longtemps pour organiser de véritables représentations. Du jour où des figurants eurent pris sur les entramesos la place des statues, ils ne tardèrent point à user de la parole et du geste, c'est-à-dire à se changer en acteurs. Cette transformation, que nous avons vu s'annoncer lors des fêtes royales de l^^^, était déjà consommée vers i425. A ce moment, on commença à couvrir et à tendre d'étoffes trois points précis du parcours que suivait la procession : la place de la Seu, la rue des Cortes, le Marché en face l'étal des marchands de riz ^ Ces abris improvisés n'avaient d'autre objet que de fournir aux entramesos Toccas'ion d'une halte, aux acteurs l'occasion d'une parade. On aménageait en vue d'un spectacle, sinon des locaux, du moins des emplacements propices, parce que désormais la procession comportait effectivement des représentations. Recrutement d'acteurs, création de reposoirs en des points bien choisis, et par suite organisation de spectacles proprement dits, ce sont nouveautés qui vont de pair dans les annales de la Fête- Dieu.
Ces représentations intercalées sur le parcours de la procession eurent le sort commun à toutes les nouveautés : on en abusa. La durée de la cérémonie se trouva allongée d'autant, et le cortège en vint bientôt à ne regagner la cathédrale que vers trois ou quatre heures de l'après-midi. Force fut de réagir par des mesures énergiques : en 1/^44, on enjoignit à tous ceux qui devaient prendre part à la fête de se trouver dans la Seu avant sept heures du matin; la messe commença à cette heure matinale, et aussitôt qu'elle fut terminée, la pro-
I. Il est déjà question, en 1428, de couvrir la rue des Cortes; en 1428, « de fer cobrir lo mercat » et d' « cmpaliar lo front de la sala » (Carboneres, 3o, n,). En i43i, on étend et complète l'opération (Carboneres, 29, n.). En 1432, les maisons riveraines des emplacements choisis contribuent à la dépense, sans doute parce qu'elles en tiraient un bénéfice, par exemple de louer les fenêtres aux curieux (Carboneres, 39, n. 2.).
l8 L ART DRAMATÎQUF. A VALËNCÎA.
cession s'ébranla (( sans attendre davantage et sans qu'on fît dans la Seu aucune représentation, car à cela, nous affirme un document de lépoque, on perdait la plus grande partie du temps ' y) .
Peut-être, malgré l'opinion de quelques esprits maussades, ce temps que Ion consacrait aux représentations, n'était-il pas du temps perdu. En tout cas, l'importance, chaque année plus grande, accordée dans une fête religieuse aux manifestations théâtrales ne provenait pas d'un caprice personnel et passager des organisateurs, mais d'un progrès lent et méthodique. Et ce proo^rès lui-même n'est devenu décisif que j^ar une série de circonstances exceptionnelles et purement profanes : je veux parler des fêtes que Valencia a organisées, notamment en 1^02 et en if\iS, pour recevoir dignement la visite de ses souverains. A la fin du quatorzième siècle et au commencement du quinzième, une étrange confusion s'est produite à Valencia entre les réceptions de personnages royaux et les cérémonies de la Fête-Dieu. Comme on ne concevait rien de plus somptueux que la procession du Corpus, et que d'ailleurs, matériel et personnel étant préparés de longue date, les délais d'organisation se trouvaient abrégés d'autant, on s'empressait à chaque occasion solennelle de mettre en branle la longue théorie des enlramesos, des musiciens, des figurants, même lorsque le caractère religieux des accessoires et de la figuration s'accordait mal avec le prétexte de celte exhibition. On en était quitte, tout en gardant les mêmes dispositions d'ensemble, pour substituer des symboles laïques aux pieuses commémorations de la Fête-Dieu, comme il arriva par exemple en i4i3, où l'on mêla étrangement le profane et le sacré dans le choix des alléo-ories"-. Peut-être ce mélange n'allait-il point sans quel-