Carboneres, 22, n
2. Cf. Milâ, 243 et 244- Alcahali, XXIX, n. 4- Comme il y a divergence entre les auteurs qui ont parlé de la réception faite à Fernand le*" (Milâ en vient à se contredire lui-même), voici les dates exactes d'après un index ancien, retrouvé aux archives de la ville de Valencia. Le i4 décembre 1^12, on décida de recevoir le roi Fernand avec des enlramesos. Le 18 janvier i4i3, on décida d'en construire trois : la Devise du Roi, les Sept Chaises, les Sept Ages. Le
ques inconvénients; mais ils étaient largement compensés par les bénéfices que 1 art scénique en retira. Le stimulant qu'apportait la présence de personnages royaux, l'empressement à produire devant eux des créations inédites, furent l'oiigine des innovations les plus importantes : c'est en l'honneur d'une princesse du sang qu'on construisit poui- la première fois un entrâmes: c'est en l'honneur de Fernand I" qu'on distribua pour la première fois, entre plusieurs spécialistes, l'organisation d'un vrai spectacle. Au total, le théâtre religieux dans son enfance, paice qu'il était la seule forme connue de théâtre, a vagabondé parfois hors de son domaine propre; mais l'école buissonnière fut pour lui la plus instructive des écoles : c'est pour avoir voulu fêter à la fois le Roi du ciel et les rois de la terre qu'il a trouvé sa forme et reconnu sa naluie. Cette bonne fortune lui échut à Valencia vers i^sS.
A partir de ce moment, le développement du théâtre religieux à A alencia ne comporte plus de transformation essentielle. Le mode selon lequel la pompe de la Fête-Dieu devait se dérouler, était désormais fixé, h' entrâmes ou roca en resta l'élément essentiel. Ce qui changea, ce fut seulement le nombre et l'importance des roques. Elles devinrent bientôt si nombreuses que le simple entretien en parut onéreux pour les finances publiques, et on chercha à en diminuer le coût; une convention, conclue le 23 juillet 1^28, abaissait à un prix forfaitaire et annuel de 200 florins le taux de réparations évaluées auparavant à 3oo florins par an. Un moyen de prévenir
25 janvier i4i3, on résolut d'en ajouter un de plus, représentant la vision de saint Dominique et de saint François avec les trois lances annonçant la fin du monde. Ce spectacle charma le roi au point que pour les fêtes de son couronnement, qui eut lieu à Saragosse le 7 janvier i^'^» il fit établir des entramesos à la mode valencienne et emprunta même à la cité de Valencia une partie du matériel.
20 L ART DRAMATIQUE A VaLEXCÎA.
les dégradations et, par suite, les dépenses, c'était de procurer aux roque», dans l'intervalle d'une procession à l'autre, un abri convenable; à cet effet, on entreprit en 1^35 la construction d'une maison, désignée sous le nom de Casa de les Roques, qu'il fallut agrandir dès i/i4i, sans doute parce que le nombre des roques allait toujours croissant, et qui fut définitivement terminée en i447 *• Elle fut comme l'officine où se préparaient les manifestations du tbéàtre religieux à Valencia, ou, si l'on préfère une comparaison plus appropriée, elle fut en quelque sorte les coulisses d'un édifice théâtral qui n'existait pas encore. Les roques qu'elle renfermait devaient présenter, au moins quelques-unes d'entre elles, des proportions imposantes. Déjà, en i/i33, les Augustins en construisirent une, si peu maniable que, pour lui faire suivre le parcours de la procession, il en coûta lo florins de transport^. Aussi substitua-t-on aux bras humains la traction animale, telle qu'on la pratiquait encore en pareille occurrence à la fin du dix-neuvième siècle, pour la plus grande gloire des garçons meuniers, dont la corporation fournissait par privilège la cavalerie de la procession. Ce matériel, de plus en plus important, ne se perfectionnait pas sans que les représentations, dont il était l'instrument, prissent, elles aussi, une importance plus considérable; les intermèdes dramatiques, qui avaient été à l'origine des épisodes sans grande portée, acquirent leur valeur propre le jour où, en i5i5, on scinda en deux parts les cérémonies extérieures de la Fête-Dieu : le matin, promenade des roques et spectacle; procession l'après-midi^. Le divorce entre le culte et le théâtre, qui se préparait depuis plus d'un siècle, était dès lors consommé.
Antérieurement, dans une circonstance exceptionnelle, cérémonie religieuse et fête dramatique avaient été célébrées non seulement à des heures, mais à des dates différentes. L'infante Jeanne, reine de Sicile, sœur du roi Fernand d'Aragon, arri-