Cf. le passage cité supra, 247, n. i
D autre part, puisqu'ils avaient instauré dans leur patrie la pompe et la dignité de Tart tragique, n'auraient-ils point pu tenter d'en faire l'application au tliéàlre religieux? D un côté et de l'autre il y a une égale majesté, une égale aspiration vers ce qui rehausse la vie humaine, lui donne son prix et ses sanctions. Un Airués. un Argensola, qui se piquaient d'être des moralistes jusque sur les planches, auraient distribué leur vertueux enseignement sous les auspices de 1 histoire sacrée aussi^ bien et peut-être mieux que par les artifices d une intrigue profane. Les préceptes d'Aristote ne les enchaînaient point d'assez près pour qu'ils fussent gênés d aborder un domaine inconnu de son temps. Ils avaient, pour les encourager, l'exemple de quelques devanciers : Vasco Diaz Tanco de Fregenal avait écrit, peu après i5oo, trois tragédies tirées de l'Ecriture, un Absalôn, un Arncin, un Sadl y Jonafds^ ; Micael de Carvajal avait fait jouer, vers 1620, la Tragedia llamada Josefîna, et Mal-Lara lui-même avait repris, vers le milieu du siècle, le sujet déjà traité d'Absalôn. Ces précédents ne servirent de rien. Ce sont les Jésuites qui semblent, dans la seconde moitié du seizième siècle, avoir acquis le monopole des tragédies sacrées, et ils les représentent en latin à l'ombre des collèges et des cathédrales. Voyez, par exemple, la tragédie de Saul furens (i554), composée par le Père Dionisio Yâzquez, la a Transmigration de Babylone » (i56i), chef-d'œuvre du Père Alonso de Heredia. et toute la série des tragédies à la fois catholiques et universitaires qui sont écloses à Palencia au même moment^. N'auraiton point pu laïciser sinon l'inspiration, du moins la langue et l'appareil de ces pièces.^ Pourquoi n'a-l-on pas tenté sur les modèles légués par l'antiquité une tragédie sacrée.^ Comédie à la Térence, tragédie de sujet chrétien, ce sont deux terrains où nos poètes pseudo-classiques ne se sont pas aventurés. La raison en est claire : à l'époque ori ils. écrivaient, pièces religieuses et comiques abondaient sur tous les points de la pénin-