Gaspar Gil Polo, La Diana Enamorada, MadritI
2. Cf. Disc, epist. y epigr. de Artem, fol. (j2r., le sonnet intitulé : El estado de Arlemidoro. Artemidoro était le surnom poétique de Arlieda :
« La quai [Juno] comigo siempre fue auarienta,
De entrafïas cortas, pessimas y malas.
Palas me honrô con borlas y ginela,
Y diome moderado nombre y fama
Entre la gente armigera y discreta.
Venus ni me dexo dormir en cama,
Ni el niîîo despuntô por mi sacla,
Ni supe loque el mundo plazer llama. »
3. l'ubliée dans les Discursos, epist. (i6o5), et réimprimée notamment dans la B. k. E., XLH, 53y.
39^ L ART DBAMATIOIE A VALENCIA.
sujet qu elle traite ni la date où elle a été composée, n ont le moindre rapport avec Los Amantes. Elle en constituerait plutôt la critique. L'Epître, d'ailleurs, mérite sa réputation : c'est une œuvre facile, joliment versifiée, riche en traits malicieux, en anecdotes piquantes, et où ne manque même pas une pointe de paradoxe. Artieda, par exemple, y affirme doctoralement que la comédie el 1 économie domestique se proposent le même objet, qui est d'organiser la famille sur la base de la morale. Ne nous y laissons pas prendre : lEpître traite uniquement de la moralité au théâtre, et par « théâtre » elle entend les comédiens encore plus que les comédies, le spectacle des coulisses autant que celui représenté sur la scène. Quand d'aventure Artieda pose une question de doctrine littéraire, — et il ne s'y résout qu'incidemment et sans jamais édifier une théorie en forme, — il se réfère manifestement à un art dramatique très différent de celui des Amanics: les noms même qu'il cite, ceux de Târrega, d'Aguilar, de Lope de Vega nous reportent à une époque postérieure de dix années au moins à la date de sa tragédie.
C'est ailleurs qu'il faut chercher les véritables théories d'Artieda, notamment dans sa dédicace à D. Tomâs de Yilanova. La première partie de cette épître dédlcatoire est un discours en vers sur le poème dramatique, un des mieux informés, des plus fermes aussi que ce temps-là ait produits. Le fond en est une antithèse entre le théâtre antique et le théâtre moderne, (( theatruin odierimm », comme l'écrit Artieda, qui a pris soin d'imprimer, en marge de ses vers, des sommaires en langue latine. Nous voilà déjà avertis que si notre auteur prend son point de départ chez les Anciens, il ne se résigne pas pour cela à les suivre exclusivement.
Son indépendance n est pas un ell'et de 1 ignorance. Il a étudié consciencieusement le théâtre antique, aussi bien dans son organisation matérielle que dans ses chefs-d'œuvre. Il a lu Sénèque le Tragique, dont il cite la Médée. Il a lu aussi, soit dans le texte, soit dans une traduction latine, des tragédies grecques, notamment \Ajax de Sophocle; la preuve en est
dans ces deux vers des A manies^ où, se souvenant d'une des scènes les plus palliéliques de la pièce antique, il nous représente la course errante d'Ajax en proie à la folie. D'autre part, ses pérégrinations l'aNaient conduit plus d'une fois à la prochaine Sagonte. Il avait rêvé parmi les ruines du théâtre roniain, aux flancs de l'acropole d oii les yeux se divertissent à travers les haies de cactus au contraste de la mer si hleue et de la huerld aux reflets d'émeraude ; dans son rêve, il avait peuplé cette scène déserte d'acteurs haussés sur des cothurnes : (( theatrum, scena, socci, cothuinus », ainsi résume-t-il, dans ses notes marginales, le thème de ses réflexions. Par suite, les pièces antiques ne sont pas à ses yeux purement livresques; il en retrouve sur place l'appareil scénique, et il croit les voir revivre. Trois traits surtout lui paraissent les caractéiiser : l'emploi des chœurs, la noblesse des personnages et des situations, la recherche de la vérité ou du moins de la vraisemblance"^. Arlieda , personnellement, ne trouve pas grand chose à y reprendre. Mais il fait réflexion que tout se modifie, même les vieux usages. L Espagne a maintenant atteint sa majorité — eslâ en sa edad rohiista. — Sa langue et sa puissance militaire